Lot n° 332

MARIE-THÉRÈSE-CHARLOTTE DE FRANCE (1778-1851) « Madame Royale », fille de Louis XVI et Marie-Antoinette, duchesse d’Angoulême — Manuscrit autographe, Zaïre

Estimation : 2000 - 3000 €
Adjudication : 5 000 €
Description
cahier de 16 pages in-fol. (grosse tache d’encre sur la 1ère page). Rare manuscrit de Madame Royale à la prison du Temple.
Ce texte très dense est la copie du premier et du second acte de Zaïre, la célèbre tragédie de Voltaire (1732) ; l’action se situe au temps de Saint Louis. Les longues tirades d’amour de la prisonnière « Zayre » et du prince Fatime ont fait rêver cette princesse de 15 ans au prince charmant qui la délivrerait. La tragédie contient en effet des allusions en rapport direct avec la triste captivité de la princesse qui, comme Lusignan « gémit dans un cachot, privé de lumière, Oublié de l’Asie et de l’Europe entière ». Elle dut retrouver un sens bien profond à certains vers : « Ne soupirez-vous plus pour cette liberté ? [...] Le reste de la terre, anéanti pour moi, M’abandonne au sultan qui nous tient sous sa loi [...] Prisonnière en ces lieux »... Nérestan espère « ramener Zayre à cette heureuse cour, Où Louis des Vertus a fixé le séjour »... Et Châtillon évoque « ces jours de sang et de calamités Où je vis sous le joug de nos barbares maîtres Tomber ces murs sacrés conquis par nos ancêtre »... Lusignan s’écrie : « Hélas de cette cour j’ai vu jadis la gloire. [...] Mais à revoir Paris je ne dois plus prétendre »... Et il dit à Zaïre : « Ma fille [...] songe au sang qui coule dans tes veines : C’est le sang de vingt Rois […] C’est le sang des martyrs »…
C’est l’un des rares manuscrits écrits par la princesse dans son cachot, avec le mémoire sur sa captivité (dont le fac-similé fut publié en 1956) et l’émouvante demande qu’elle fait de rejoindre sa mère à la Conciergerie.
Les personnes qui ont pu visiter le Temple entre le départ de la princesse et la démolition de la prison, purent lire ces mots gravés à la pointe d’une aiguille, sur le papier de l’antichambre de la fille de Louis XVI : « je désire Zaïre, Alzire, Amenaïde ». Alcide de Beauchesne relate que Gomin, gardien du Temple, le lendemain de la mort du Dauphin, monta chez la princesse :« elle écrivait, elle avait un livre ouvert sous les yeux ; ce livre c’était un volume du théâtre de Voltaire, et ce qu’elle copiait, c’était la tragédie de Zaïre. Je possède les deux premiers actes de cette tragédie écrits, sous les verrous du Temple, de la main de la jeune Marie-Thérèse ».
On joint une L.A.S. de Jeanne Madeleine Antoinette Lafontaine veuve Gomin, Pontoise 2 juin 1841, à Alcide de Beauchesne, lui léguant divers manuscrits et pièces de vers « composées par Madame dans la tour du temple », et des « cheveux du Roi, de la Reine, de Madame Royale et de Louis XVII », le priant de « conserver ce legs comme un souvenir de mon excellent mari » (2 p. in-4, adresse).
Plus un portrait gravé en médaillon de Madame Royale (Londres 1797, Cadel & Davies).
Provenance : Alcide de Beauchesne.
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