Lot n° 445

DAUDET Alphonse (1840-1897). L.A.S. «Alphonse Daudet», [1877], à Philippe GILLE ; 3 pages et demie in-8 d'une petite écriture serrée. Au sujet de son roman Le Nabab. Des exemplaires du livre se vendent «chez certains libraires [...]...

Estimation : 500 - 700
Adjudication : 200 €
Description
agrémentés d'une clé comme au temps de La Bruyère. L'auteur désavoue absolument les interprétations de son oeuvre. [...] La vérité c'est qu'à part le Nabab et le duc de Mora, tous les personnages du livre sont faits avec des morceaux de personnalités différentes». La presse anglaise l'accuse d'avoir fait Jenkins avec le docteur Oliffe, et d'avoir trainé dans la boue divers personnages, M. de Lesseps en tête. A Paris, certains se vantent sans raison d'être dans son livre, «entre autres un gros Turcaret, bien connu du boulevard, le derrière encore chaud d'une longue station sur les bancs de la Correctionnelle». Cardailhac, le directeur de théâtre n'est pas Carvalho ; il fera une note pour Cardailhac comme il en a fait une «pour calmer les susceptibilités du bey de Tunis. Voyezvous le maugrabin gêné au fond de sa régence par un roman Parisien. Plusieurs journalistes se sont reconnus dans le journaliste Moëssard» ; et il reçoit quantité de lettres de plaintes, «et les lettres anonymes, et les menaces, sans parler des explications tout à fait sérieuses. Ah ! le roman moderne est difficile à écrire ; il est vrai que, si le mien n'avait pas eu de succès, je n'aurais pas eu autant d'histoires. Heureusement pour moi qu'au milieu de ces criailleries, la Critique parisienne a été de mon côté et son sentiment peut se résumer à ce que disait l'autre jour J. BARBEY D'AUREVILLY au Constitutionnel : “où veut-on que le romancier et le moraliste prennent leurs modèles, si ce n'est pas dans des êtres réels qui ont passé devant leurs yeux, surtout quand ils peignent les moeurs de leur temps ? D'ailleurs à qui n'a-t-on pas fait ce reproche ? N'a-t-on pas mis des noms propres jusque sous les Caractères du grave La Bruyère ? ... De plus, la peinture que fait le romancier de son duc de Mora et de son Nabab les élèverait plutôt d'un cran au-dessus de la réalité qu'ils furent, qu'elle ne les abaisse d'un cran au-dessous... Et après tout, les portraits ne sont-ils pas poussés jusqu'au type ? à cette hauteur, ce n'est plus personne”». Daudet espère que Gille trouvera dans sa lettre «matière à vingt ou trente lignes qui n'aient pas l'air d'une réclame et qui me rendent la circulation plus facile dans les rues»....
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