Lot n° 543

SAND George (1804-1876). L.A.S. «G. Sand», Nohant 30 mai 1867, à Gustave FLAUBERT ; 4 pages in-8 à son chiffre GS. Belle lettre à Flaubert. «Te voilà chez toi, vieux de mon coeur, et il faudra que j'aille t'y embrasser avec...

Estimation : 1000 - 1200
Adjudication : 3 200 €
Description
Maurice [son fils]. Si tu es toujours plongé dans le travail, nous ne ferons qu'aller et venir. C'est si près de Paris, qu'il ne faut point se gêner. Moi, j'ai fini Cadio, ouf !!! je n'ai plus qu'à le relicher un peu. C'est une maladie que de porter depuis si longtems cette grosse machine dans sa trompette. J'ai été si interrompue par la maladie réelle, que j'ai eu de la peine à m'y remettre. Mais je me porte comme un charme depuis le beau tems et je vas prendre un bain de botanique. Maurice en prend un d'entomologie. Il fait trois lieues avec un ami de sa force pour aller chercher au milieu d'une lande immense un animal qu'il faut regarder à la loupe. Voilà le bonheur ! c'est d'être bien toqué. Mes tristesses se sont dissipées en faisant Cadio. À présent je n'ai plus que quinze ans et tout me paraît pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Ça durera ça que ça pourra. Ce sont des accès d'innocence, où l'oubli du mal équivaut à l'inexpérience de l'âge d'or». Elle demande à Flaubert comment va son roman [L'Éducation sentimentale] : «Il doit avancer, que diable ! [...] L'autre jour, il y avait ici des gens pas trop bêtes qui ont parlé de Madame Bovary très bien, mais qui goûtaient moins Salammbô. Lina [sa belle-fille] s'est mise dans une colère rouge, ne voulant pas permettre à ces malheureux la plus petite objection ; Maurice a dû la calmer, et là-dessus, il a très bien apprécié l'ouvrage, en artiste et en savant, si bien que les récalcitrants ont rendu les armes. [...] Je t'aime beaucoup, beaucoup, mon cher vieux, tu le sais. L'idéal serait de vivre à longue année avec un bon et grand coeur comme toi. Mais alors on ne voudrait plus mourir, et quand on est vieux de fait, comme moi, il faut bien se tenir prêt à tout. Je t'embrasse tendrement»... Elle parle de sa petite-fille Aurore : «La voilà qui marche. Quelle merveille que le développement d'un petit enfant ! On n'a jamais fait cela. Suivi jour par jour, ce serait précieux à tous les points de vue. C'est de ces choses que nous voyons tous sans les voir. Adieu encore, pense à ton vieux troubadour, qui pense à toi sans cesse.» Correspondance, t. XX, n° 13135.
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