Description
Londres, John Norton, 1612. In-folio (414 x 279 mm), vélin ivoire, dos lisse titré à l’encre, tranches lisses, traces d'attaches (Reliure de l'époque).Édition originale, de seconde émission, avec l'adresse de Francfort chez la veuve de Hulsius ajoutée au bas du titre-frontispice.
Elle connut trois émissions : la première, au nom de Robert Barker, datée 1611, est rarissime. La seconde, à la date de 1612, est au nom de John Norton, et la troisième, publiée à Francfort vers 1613-1614, porte celui de la veuve Hulsius ; toutes deux sont rares. L'impression de l'ouvrage fut confiée à la fois à Richard Field, imprimeur londonien, et à Mommaert, dont les presses étaient installées à Bruxelles.
Premier traité de perspective imprimé en Grande-Bretagne, La Perspective avec les raisons des ombres et miroirs est dédié au prince de Galles. L'ouvrage répond à un plan en quatre parties. Une première traite des généralités préliminaires, la seconde, la plus conséquente, concerne la mise en perspective de figures planes et solides, de trompe-l'œil (un jardin fictif prolongeant un jardin réel), d'anamorphoses et d'inscriptions diverses en situation non frontales. La troisième décrit la mise en perspective, en fonction de la nature (ombres au soleil, ombres au flambeau) et de la position de la source lumineuse. La dernière partie s'intéresse à la mise en perspective des reflets des objets dans les miroirs plans.
L'auteur se démarqua de ses prédécesseurs par l'usage quasi exclusif de la méthode de mise en perspective dite « par double projection », contrairement à ce que l'on peut trouver dans les traités antérieurs ou postérieurs. L'autre grande originalité est la place importante qu'il accorda à plusieurs aspects annexes ou connexes de cette science : reflets dans un miroir, anamorphose et trompe-l'œil.
L'illustration, qui est un modèle de clarté, a été récemment attribuée par Alexander Marr à l'artiste protestant flamand Cornelis Boel (v. 1576-1621). Elle se compose d'un beau titre allégorique et de 79 figures et planches gravées sur cuivre. Certaines figures sont pourvues de pièces mobiles dont le nombre, mal établi, oscille entre quatre et six suivant les émissions ; notre exemplaire en compte sept, ce qui serait le maximum.
Il s'agit d'ailleurs du deuxième livre anglais comportant des figures mobiles, après l'Euclide publié par John Dee en 1576.
Natif d'un famille protestante dieppoise, l'architecte et ingénieur Salomon de Caus (1576-1626) occupa, après un séjour en Italie, la charge d'ingénieur auprès de l'archiduc Albert et Isabelle d'Autriche, souverains des Pays-Bas espagnols, et à partir de 1610, à la cour d'Henry de Galles jusqu'à la mort de ce dernier, à qui il dispensa un cours de perspective qui forme la trame du présent traité. Il aurait participé auprès de Jacques d'Angleterre à la conception des jardins de Richmond, Greenwich et Somerset House, talent qu'il exploita entre 1612 et 1619 pour la réalisation des jardins du château d'Heidelberg, alors propriété de l'électeur palatin Frédéric V. Ce dernier, contraint à l'exil en 1620 à Sedan, oblige de Caus à rentrer en France, qui se met alors sous la protection de Richelieu. Le 30 mars 1621, il est nommé architecte et ingénieur du roi. Il dirige les travaux d'assainissement de Paris, et meurt dans cette ville en 1626, deux ans après avoir publié son traité de gnomonique.
Exemplaire très bien conservé, à grandes marges, en vélin souple de l'époque.
De la bibliothèque Frédéric Verachter (1797-1870), bibliothécaire et archiviste de la ville d’Anvers, avec ex-libris manuscrit au bas du titre-frontispice.
L'exemplaire est conservé dans un étui façonné par l’atelier Devauchelle.
Discrète et pâle mouillure en pied au début du volume ; petites traces anciennes de cire en marge de la pl. 14.
ESTC S-122163 – Sayle, III, 6636-6637 – Lowndes, I, 394 – Brunet, I, 1691.