Lot n° 146

SOUDAN et ÉGYPTE — Carnet de voyage manuscrit avec dessins, [Sennar, Nubie, Égypte, 1837-1838] ; carnet in-12 oblong (13,5 x 19,5 cm) de 49 ff. dont 48 annotés au crayon noir, en français, broché (dérelié, le 1er f. froissé, qqs lég. rouss.).

Estimation : 4000 - 5000 €
Enchérir en LIVE
Description
Carnet in-12 oblong (13,5 x 19,5 cm) de 49 ff., dont 48 annotés au crayon noir, en français, broché. Précieux carnet de voyage d'un membre de l'expédition dirigée par le géologue autrichien Joseph von Russegger (1802-1863), relatant la traversée du Soudan depuis Roseires, situé au sud du pays, près de la frontière éthiopienne, jusqu'à Ouadi Halfa, à la limite de la frontière égyptienne, en passant par le pays de Sennar, Khartoum, Méroé et le désert de Nubie. La fin de cette relation est consacrée à la descente du Nil jusqu'à Alexandrie.
Il est illustré de 15 dessins à la mine de plomb représentant des paysages, des arbres, des plantes et quelques habitants des régions visitées, et un dessin à la plume et au lavis gris où figure une mosquée. Parmi ces illustrations : Jeleb Palmir au Sennar, 12 Nov. 1837 (f. 1) ; Adansonia (baobab), le long d'une montagne (f. 4 v°) ; El Goumr, résidence du Melik Azouza (f. 5) ; Vue du camp d'Abgoulgui (f. 8) ; Djebel Faronya, vu de Gassan (f. 9) ; A Gassan, 25 Janv. 1838 : la couronne de ce Ficus intermedia…(f. 10) ; Plan du camp près de Fazangorou (f. 11) ; Bassin au Mont Djekdoûl (f. 24) ; Passage du Nil entier de 40 pas, près du Temple de Semneh en Nubie, le 28 Juin 1838 (f. 36 v°).
Si les premiers dessins ont été exécutés vers la fin de 1837 ou le début de 1838, le journal couvre la période du 22 février au 26 juillet 1838, date de l'arrivée à Alexandrie.
Le texte, très dense, est entièrement rédigé en français, à l'exception de deux lignes en allemand (f. 18). Il relate les événements survenus pendant l'expédition, les observations effectuées, les conditions du voyage avec les noms de toutes les localités traversées. À la fin du journal se trouve un petit lexique de géologie en allemand et en français. Quelques notes à l'encre noire, de la même main, ont été apportées ultérieurement.
L'expédition s'embarque à Roseyros (Roseires) le 22 février 1838 et commence la descente du Nil bleu. Le 28, à Doûntay, a lieu une rencontre avec Moustafa Bey campé avec très peu de troupes près de Sécro. Retardés par les bancs de sable, ils arrivent à Sennar le 5 mars et y restent jusqu'au 9. Ils continuent la descente du fleuve en direction de Khartoum, toujours en prenant des précautions (crocodiles, hippopotames…). Le 15 mars, les voyageurs arrivent à Wouad Medinet (Ouad Medani) et, le lendemain, font une visite à Ahmed Pacha qui leur annonce la mort de Bessan Bey. Le 22, les troupes d'Ahmed Pacha, soit 4500 hommes, se livrent à des exercices, et ils apprennent qu'un homme vient d'être dévoré par un crocodile. L'expédition quitte Wouad Medinet le 24 et arrive à Khartoum le 3 avril.
C'est dans cette ville que les gouverneurs se réunissent le 15 avril. Le même jour, le narrateur se fait prêter de l'argent par le botaniste de l'expédition, Theodor Kotschy (1813-1866) ; il ajoute : « Le 16, Ahmed Pascha me fait demander », et note plus loin : « Achat de deux Gallas (Djemileh et Osmân) à la fin d'avril 1838. J'ai cédé Osmân à Mr le Consul Damrischer à mon retour à Alexandrie qui l'envoya au prince Maximilien. » Le départ de Khartoum a lieu le 8 mai, à bord de trois embarcations qui effectuent la descente du Nil. Deux bateaux prennent l'eau et doivent être réparés. Le fleuve, obstrué de rochers de gneiss, est difficile à pratiquer et l'expédition doit continuer à terre. Le 17, ils passent par Moutemmeh, localité dont les maisons sont construites en limon, avec une population de 5000 habitants, composée principalement de Nubiens, mais aussi d'Égyptiens et d'esclaves noirs. Trois jours plus tard, le botaniste a une discussion avec Russegger, le chef de l'expédition : « Mr Kotschi dit ouvertement sa façon de penser au furieux R. qui parle cette fois très humblement ». Le 23, le narrateur note en marge de son carnet : « Dans la matinée, j'eus une brutalité de Mr R. à essuyer ». Le 25 mai, il arrive près du bassin du mont Djekdoûl, « qui est presque circulaire et peut avoir 50 pieds de diamètre, il est entouré de rochers perpendiculaires de porphyre de plus de 40 à 50 pieds de hauteur… l'eau est très claire et très douce… » Quelques nomades de la tribu des Hassanyeh habitent ici sous des tentes de poil, ils possèdent des troupeaux de bœufs et de chèvres. Continuant son périple, la caravane passe, le 28 mai, près du mont Eghkilis où ils aperçoivent quelques Arabes avec des troupeaux. Le 29, les voyageurs sont à Méroueh (Méroé) puis se dirigent vers Dongola. Dans la montagne d'El-Abrik, ils observent un filon de quartz. Le 31 mai, dans la vallée du Khor, ils visitent une ancienne église : « C'est un carré dont chaque côté a environ 45 pas, et 8 pas d'élévation. Les murailles sont en partie de tuiles cuites, et non cuites, réunies avec de l'argile, près des portes on voit des pierres de taille… Le temple montre partout les traces du feu. Dans le chœur on voit dans la niche de l'autel des restes de peinture sur le mortier. Le temple est entouré d'une muraille de gneiss, mais les pierres n'en sont point taillées… »
Après avoir traversé plusieurs localités et observé, à Hannaq, les ruines des pyramides à degrés, les voyageurs arrivent à Dongola le 10 juin, puis, le 28, au temple de Semneh, en Nubie, près de la 2e cataracte, « bâti de grès quoique on ne voye ici que des rochers de granit… il est très petit, du côté du désert on voit deux colonnes avec une façade couverte d'hiéroglyphes, du côté du fleuve on voit 3 piliers simples… Dans le salon du temple on voit une divinité assise, sans tête, et renversée sur le sol, elle a les bras croisés sur la poitrine et une baguette dans chaque main ». Le 30 juin, l'expédition renvoie ses 52 chameaux avec leurs conducteurs et s'installe à proximité de Ouadi-Halfa : « Nous trouvâmes la famine ici comme dans le reste de la Nubie. » Le 2 juillet, l'expédition reprend son itinéraire et visite, le lendemain, le temple de Balioûn : « La salle principale est soutenue de 6 colonnes très simples, les murs et le plafond couverts d'un enduit de chaux et d'images chrétiennes, par dessous paraissent les images et les hiéroglyphes des Nubiens … » ; puis les deux temples d'Insambol (Abou Simbel) : « ils sont tous deux au bord du fleuve (rive gauche), taillés dans un roc de grès très escarpé. Le grand temple qui est aussi le plus beau, est à 100 pas au sud du petit, sa façade… est superbement sculptée, 6 divinités (hommes jeunes) assises et hautes de 30 pieds sont adossées à la façade, le reste est orné d'images et d'hiéroglyphes… »
Puis c'est la descente du Nil : île de Philae le 9 juillet, Louxor le 12, Minieh le 16 et arrivée à Alexandrie le 26 juillet 1838.
Un relevé des dépenses de l'expédition (mars 1838) est consigné à la fin du carnet, ainsi que le début d'un autre voyage effectué à partir du Caire en septembre et octobre de la même année.
Lot présenté par M. Thierry Bodin
Librairie Les Autographes
45, rue de l’Abbé Grégoire 75006 Paris
Tél. 01 45 48 25 31 – courriel : lesautographes@wanadoo.fr
Partager