Description
Paris, E. Baudoux, s.d. [1899]. Grand in-8 (286 x 194 mm), maroquin brun sur ais biseautés, grande pièce de cuir repoussé, incisé, patiné et doré de Victor Prouvé montée sur le premier plat, représentant une lyre suspendue à la branche d’un grand pin sur fond de soleil couchant, dos lisse muet, doublures de moire vert d’eau, tranches lisses (V. Prouvé, 1899 – R. Wiener, Nancy, A. Destrées successeurs).Édition originale de cette fantaisie pour orchestre composée en 1897 et créée à Paris, le 6 mars 1898, par les Concerts Colonne. Elle est dédiée à Étienne Chauvy. La partition a été publiée à l’initiative des Concerts du conservatoire de Nancy.
Un musicien parmi les artistes de l’École de Nancy. Entré au conservatoire de Paris en 1885, Guy Ropartz (1864-1955) étudie la composition auprès de Jules Massenet, avant de rejoindre la classe d’orgue de César Franck. Breton de naissance et de cœur, sa carrière, cependant, se partagera entre Nancy et Strasbourg dont il dirigera successivement les conservatoires, de 1894 à 1919, puis de 1919 à 1929. À Nancy, il institue aussi les Concerts du conservatoire ; à Strasbourg, il conduira l’Orchestre philharmonique. Debussy dit de lui qu’il « dépense sans compter un enthousiasme infatigable pour la diffusion des belles œuvres ». Il fréquente les artistes de l’École de Nancy, dont Victor Prouvé, auquel il dédie sa Sonate pour violoncelle et piano n° 1 (1904), et René Wiener qui dessine son ex-libris. En leur compagnie et celle de Barrès, Gallé, Guaïta, Roger Marx…, il appartient au cercle des Craffougnots, fondé par Émile Goutière-Vernolle, qui se réunit au café La Rotonde. Son œuvre, dont on dit qu’elle peint les paysages de l’âme, puise principalement son inspiration dans le folklore de la mer et de la Bretagne (On lui doit une anthologie de la poésie bretonne contemporaine (1889)). S’y retrouve également l’influence de Vincent d’Indy. Sa direction d’orchestre marquera puissamment la jeune génération de chefs, parmi lesquels Charles Munch.
Exemplaire de l’auteur, imprimé sur japon (exemplaire unique ?).
Une reliure commandée par Guy Ropartz, avec un cuir repoussé et patiné de Victor Prouvé.
Au début des années 1890, Victor Prouvé (1858-1943), artiste protéiforme et rénovateur, s’intéresse à la pyrogravure sur bois mise au point par le graveur japonisant Henri Guérard. Avec son ami le peintre Camille Martin (1861-1898), Prouvé applique cette technique au cuir, qui, rapidement, devient l’un de ses matériaux favoris. Il l’emploie dans de nombreux domaines des arts appliqués, et tout particulièrement dans celui de la reliure. Pour en mieux décliner les possibilités décoratives, il combine les techniques : pyrogravure, mosaïque de cuirs teintés, cuirs repoussés, incisés, patines colorées et dorure... Pour Roger Marx, promoteur enthousiaste de ce renouveau nancéen de la reliure, « il y a là un relèvement complet [de cet] art ». Louis Barthou, le prince Bibesco, Henry Hirsch sont parmi les collectionneurs qui lui commandent de telles reliures. Chacune est généralement une pièce unique dont il confie le plus souvent la façon au relieur nancéen René Wiener.
À l’époque où il crée le cuir repoussé et patiné de notre reliure, Prouvé, à la demande d’Émile Zola, donne selon la même technique les pièces de cuir qui ornent les plats des trois reliures de l’exemplaire de l’auteur du cycle des Trois villes (l’exécution des reliures est confiée à Carayon ; elles sont aujourd’hui conservées à la BnF).
En l’état de nos connaissances, nous ne savons pas si la pièce de cuir repoussé de notre reliure est une commande de Ropartz ou si elle lui a été offerte par Prouvé.
Destrées prit la succession de René Wiener en 1909. Il semble que son atelier n’ait pas survécu à la Première Guerre mondiale.
Afin certainement de permettre une meilleure ouverture de la partition, les cahiers de la reliure, cousus ensemble, sont maintenus au moyen d’un lien de soie, à la manière d’un portefeuille.
Exemplaire remarquablement conservé.
Provenance : Guy Ropartz.
Victor Prouvé, 1858-1943, Gallimard / Ville de Nancy, 2008, pp. 83-89 – Fléty, p. 58.