Lot n° 426

Paul ÉLUARD (1895-1952). Manuscrit en partie autographe et signé, Guernica, [1949] ; 6 pages petit in-4 (22 x 17 cm) sur 6 ff. de papier quadrillé et perforé, la dernière page entièrement autographe (petite répar. au f. 5).
...

Estimation : 1500 - 2000
Enchérir sur
www.drouotdigital.com
Description
Commentaire pour le film Guernica réalisé par Alain Resnais et Robert Hessens en 1950 d’après le tableau de Pablo Picasso inspiré par le bombardement de la ville de Guernica ; ce commentaire reprend d’importants passages de son poème La Victoire de Guernica, écrit alors que Picasso réalisait son tableau exposé au Pavillon espagnol de l’Exposition internationale de Paris en 1937 (poème publié dans Cahiers d’art en 1937 et recueilli en 1944 dans Au rendez-vous allemand). Ce texte de Paul Éluard, dit par Maria Casarès et Jacques Pruvost dans le film, a été publié dans la revue Europe en décembre 1949 ; il est republié dans le numéro d’hommage à Éluard (après la mort du poète) des Lettres françaises du 27 novembre 1952, page 8 avec la reproduction de la 1ère page de notre document. Il sera recueilli dans Le Poète et son ombre (Seghers, 1963) puis dans les Œuvres complètes (Pléiade, t. II, p. 913-917).
Le texte commence ainsi : « Guernica. C’est une petite ville de Biscaye, capitale traditionnelle du Pays basque. C’est là que s’élevait le Chêne, symbole sacré des traditions et des libertés basques [...]. Le 26 avril 1937, jour de marché, dans les premières heures de l’après midi, les avions allemands au service de Franco, bombardèrent Guernica pendant trois heures et demie [...] La ville fut totalement incendiée et rasée. Il y eut deux mille morts, tous civils ; ce bombardement avait pour but d’expérimenter les effets combinés des bombes explosives et des bombes incendiaires sur une population civile »...
Le présent document est le double carbone en violet des 5 premières pages du manuscrit original, écrit au crayon (il a figuré en 2016 au catalogue 143 de notre librairie Les Autographes, n° 195, et a été acquis par le Musée d’art et d’histoire Paul Éluard de Saint-Denis). Paginé au crayon rouge de 1 à 6, ce double a été préparé pour la publication dans Europe et porte des annotations et corrections autographes à l’encre noire par Paul Éluard, avec la dernière page refaite entièrement autographe.
En tête, Éluard a ajouté de sa main le titre et le sous-titre : « Guernica (Commentaire pour un film d’après le tableau de Picasso) » ; il a porté également des marques typographiques de séparation, et ajouté cette note au bas du 1er feuillet : « bien marquer les séparations indiquées […] il y en a 14 » [le manuscrit comprenait 8 séquences numérotées, dont les nos ont été ici biffés]. Un vers autographe est ajouté page 2 : « Pauvres visages sacrifiés » ; deux corrections autographes sont portées aux pages 3 et 4.
La dernière page est entièrement autographe, à l’encre noire. Elle comprend 10 vers : « Monuments de détresse, […] Vous êtes les sujets des vers et des corbeaux / Et vous fûtes pourtant notre espoir frémissant » ; puis la conclusion : « Sous le bois mort du chêne de Guernica, sur les ruines de Guernica, sous le ciel pur de Guernica, un homme est revenu, qui portait sans ses bras un chevreau bêlant, et dans son cœur une colombe. Il chante pour tous les autres hommes le chant pur de la rébellion, qui dit merci à l’amour, qui dit non à l’oppression. [...] Il dit que Guernica, comme Oradour et comme Hiroshima sont les capitales de la paix vivante. Leur néant fait entendre une protestation plus forte que la terreur même. Un homme chante, un homme espère. Et les frelons de ses douleurs s’éloignent dans l’azur durci. Et les abeilles de ses chansons ont quand même fait leur miel dans le cœur des hommes. Guernica ! l’innocence aura raison du crime. Guernica !.. »
Partager