Description
Zola.
Le roman porte le sur-titre Les héros modernes. Le manuscrit, à l’encre noire sur papier vergé, présente de nombreuses ratures et corrections, avec plusieurs béquets collés sur la version primitive. La page de titre est suivie de la page de dédicace : « A mon ami Emile Zola ». Le livre paraîtra fin 1883 chez Charpentier.
Le roman est l’histoire d’un adultère. Dans un article du Gil Blas du 27 novembre 1883, « Les audacieux », Maupassant écrit que le roman de Hennique « est une étude hardie, et férocement vraie, de l’adultère bourgeois, tel qu’il se pratique tous les jours. M. Hébert, magistrat de Versailles, a une jeune femme jolie […] Donc, Mme Hébert s’était éprise, un jour de revue, d’un beau capitaine d’état-major, en le voyant dompter un cheval rétif. Elle lui écrit et devient sa maîtresse. […] L’adultère de Mme Hébert se déroule, suivant les phases ordinaires. Elle aime sans aimer, se donne sans trop savoir pourquoi, et se figure ensuite qu’elle est follement éprise de son amant. Hennique a analysé avec une singulière pénétration tout ce qui se passe dans le cœur des femmes en cette situation devenue si normale d’un ménage à trois. Il a su pénétrer toutes les délicates et subtiles sensations, les étranges raisonnements et les ruses naïves qu’elles ont. […] Mais ce qu’il y a de particulièrement hardi et vrai dans ce livre, ce sont tous les détails intimes, les détails secrets, honteux et grotesques des liaisons tendres. Sans peur des indignations, le romancier a tout osé, tout dit, avec une bonne foi qui semble naïve. Il lave devant nous le linge sale de l’amour. Le dénouement, d’une simplicité inattendue, sans machinations, sans drame, sans scènes violentes, apparaît comme une révélation »...
Une scène du roman, qui décrit une fausse couche, a beaucoup choqué.
Zola écrivait à Hennique le 25 novembre 1883 : « La lecture du volume entier m’a fait une impression énorme, de beaucoup supérieure à celle des chapitres détachés que vous m’aviez lus. Il y a là-dedans une originalité qui s’affirme, un sens très curieux de la bêtise humaine. Votre adultère est d’une imbécillité vraie à donner des frissons. Les conversations amoureuses sont surtout stupéfiantes comme cruautés photographiques. Et je ne parle pas de certaines pages d’analyse, absolument supérieures. Parmi les passages très bons : tous les rendez-vous de votre madame Hébert et de son capitaine, surtout celui où elle succombe, avec l’accompagnement de l’exercice voisin, d’un comique excellent ; puis, les grands tableaux, la revue, le feu d’artifice, le dîner sur l’herbe, et la fausse couche, et surtout le dernier chapitre, cette fin si simple, d’un effet si grand. Jusqu’aux personnages secondaires qui sont merveilleusement plantés, les officiers, les magistrats, la vieille mère raide et noire. […] vous faites là une rentrée superbe, vous nous apportez une œuvre qui est une belle réponse à toutes les vilenies qui traînent dans les journaux. Quant à moi, je suis très fier de votre dédicace, je vous remercie d’avoir mis mon nom à votre première page, car il est très honoré d’être là ».