Lot n° 462

Max JACOB. L.A.S., Saint-Benoît-sur-Loire 16 mai [1927], à Georges Hugnet ; 4 pages petit in-4, enveloppe timbrée.
Belle et longue lettre d’amitié et de conseils au jeune poète. [L’année suivante, Max Jacob illustrera les 40 Poésies...

Estimation : 700 - 800
Adjudication : Invendu
Description
de Stanislas Boutemer de G. Hugnet.]
« Cher Georges Je te comprends : toute ma vie j’ai pleuré le soir tout seul et ri le lendemain, cherché la compagnie des fous et souffert de leur folie. Je me suis laissé emboîter par des influences qui m’emmenaient où je ne voulais pas aller : j’ai été comme toi fidèle et je n’ai pas eu de récompense, je n’en attendais pas. J’ai résolu comme toi de vivre dans la solitude. On ne m’y laissait pas car nous sommes des gens aimables auxquels on tient et qu’on laisse tomber, se briser etc... Ne te décourage jamais, nous sommes en élastique et quand nous sommes foutus c’est alors que ça commence à être bien, la vie est si longue ! »
Il l’engage à faire sa vie, à « fréquenter des gens sages, […] écoute penser patiemment les penseurs, instruis-toi. […] si on brille par la surface on ne dure que par le fond ; c’est avec le fond qu’on se renouvelle : il faut de la terre à labourer pour de nouvelles floraisons. Agrandis toi ! […] lis des livres qui n’ont aucun rapport avec la poésie : voilà où tu t’agrandiras. Il faut qu’un auteur connaisse toute la terre non pour des reportages ruisselants qui laissent l’homme comme une éponge pressée mais parce que ce sont les racines larges qui font le mystère du vrai grand homme. Regarde comme Cocteau sait tout, comprend tout, est à son aise chez tous. Au contraire vos petits amis ne savent rien : ils ne seront pas grands Or tu as ce qu’il faut pour devenir grand. Aie de l’ambition par delà un beau poème et ton beau poème aura une auréole d’esprit »…
Il se réjouit que Georges ait pu acquérir un Saint Matorel : « c’est ce que j’ai fait de mieux et de plus avancé » ; et il donne des indications sur l’histoire de cet exemplaire.
Il continue ses conseils : « Travaille ! travaille surtout sur toi-même, appesantis toi sur tes sensations, jouis et souffre d’un rien, analyse, regarde toi vivre, cherche à désigner les choses, les gens, sois grave, épique, stoïque même et fait travailler ta tête/ton cœur. Le reste n’est rien »… Etc. Et il conclut : « Pour être un très grand poète il faudrait tourner le dos à la Poésie essaie de comprendre cette phrase ».
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