Description
complètes avec corrections et additions autographes de ce livre.
Jouhandeau n’est pas l’auteur des lettres qui constituent ce livre. Il les a reçues d’un jeune soldat musicien qu’il avait rencontré dans un train en 1948, dont il était tombé amoureux et avec lequel il restera ami même après la fin de leur liaison. Bien que publié sous son propre nom, cet ouvrage n’est donc que le recueil des lettres reçues de ce Robert Coquet et aussi de l’ami de ce dernier, Henri Rode, qui chaperonne leur relation.
Ensemble complet, avec une pagination qui ne correspond pas encore aux 350 p. de l’édition originale dans un plus petit format (Marcel Sautier, achevé d’imprimer le 19 janvier 1953 par Jacques Haumont, tirage à 550 exemplaires).
Outre certains signes, mots et lignes corrigés ou restitués le plus souvent à l’encre, Jouhandeau a recopié soigneusement les passages jugés peu clairs.
Dans ces épreuves, la préface n’est pas entièrement aboutie. Elle sera allongée dans l’édition. Jouhandeau y insistera sur l’évolution progressive d’un jeune homme peu habitué aux raffinements de la langue, transformé par la passion amoureuse qui aurait produit en lui ce “miracle” de délier son style. C’est, dira Jouhandeau, « la grammaire enseignée par l’amour ». Pourtant on saura par la suite, grâce aux révélations d’Henri Rode, l’autre personnage du livre, que les lettres écrites par Robert lui avaient été dictées par cet ami, lui-même écrivain et critique.
Bien que n’étant pas l’auteur des lettres, puisqu’il se contente de les transcrire, Jouhandeau les allège ou les corrige quelque peu dans ces épreuves. Ainsi, son épouse Élise, désignée comme une lionne sous la plume de Robert (qui ressent son hostilité), devient une panthère. Jouhandeau a aussi ajouté quelques notes explicatives en bas de pages. Il a également ajouté quelques-uns des intertitres informatifs qui seront imprimés en italiques dans le livre définitif pour informer le lecteur de certaines circonstances et pallier l’absence de narrateur puisque Jouhandeau a voulu y effacer sa présence formelle : « Roberti-ana notés par Henri », invocation traduite du latin, citation de Rimbaud...
Certaines des modifications visibles dans ces épreuves obéissent aussi à des impératifs de discrétion. Mademoiselle Claude, amie d’Élise (et quelque peu complice des amours de Marcel et de Robert), devient Madeleine. Hélène, la mère de Robert, devient Rosalinde. Mariol, le village originaire d’Élise où le couple Jouhandeau passe des vacances, devient Galande. Malaucène, celui de la famille de Robert, disparaît sous sa simple initiale. Le refus d’un manuscrit d’Henri (qui ambitionne d’être édité) devient plus discrètement « l’échec de ses projets ».
Ont été ajoutées à ces épreuves, à leur place chronologique, 3 L.A.S. de Marcel Jouhandeau :
21 avril 1948 (2 p. in-8) à Robert Coquet, au tout début de leur relation, à placer après la 3e lettre de son ami dans le recueil. Ils se vouvoient encore. « Cher petit, Moi non plus je ne pouvais expliquer par lettre pourquoi je ne suis pas venu lundi, mais vous savez bien que si je ne suis pas venu, il fallait que ce fût impossible. En vous lisant, il y a un instant, mon cœur s’est serré Je me faisais depuis huit jours une si grande fête de vous voir ce soir »...
12 avril 1949 (2 p. in-8) à Hélène Coquet, la mère de Robert qui est à l’hôpital. Jouhandeau, qui part en vacances avec Élise, demande à Hélène de venir voir son fils ; elle logera dans la chambre d’hôtel de Robert.
10 juin 1949 (3 p. in-8, enveloppe) à Robert Coquet (à Malaucène, Vaucluse). Jouhandeau évoque la mort de son chat Doudou : « Il m’arrivait souvent dans la rue, par les chemins, de murmurer : – Minou ! Les passants me regardaient, un peu inquiets. La nuit, aussi, je t’appelais. Caria me disait : – Tu sais bien qu’il n’y a plus de Doudou ! Tant de tendresse accumulée, par suite de l’impossibilité de t’écrire, comme j’aurais voulu, gonfle mon cœur. Je ne sais si j’ai plus besoin d’éclater de rire ou d’éclater en sanglots, tant je suis heureux et tu sais que le vrai bonheur est grave. Je sais bien que, dès que je serai avec toi, nous serons comme deux enfants. De me rendre ma jeunesse tu as le secret mieux que personne. […] à demain, mon Minou chéri. Je t’embrasse »….