Description
fermeture.
Intéressant journal de voyage en France et en Europe d’un jeune homme.
La première page porte un titre plus développé : « Journal de mon voyage, depuis Nantes, jusqu’a Amsterdam en Hollande. Fait par mer en août l’an 1754. J.J. Minyer. Parti de la Martinique le 22 may 1750 & arrivé à Nantes le 27 juin d. par le navire Le Fleuron de Nantes de 250 thonneaux, 16 canons, & Cape Jacq. Berthommé »…
Minyer décrit ses voyages en 92 étapes, relatant minutieusement les villes et les lieux visités, les événements, les coutumes locales, la vie culturelle, les nombreuses étapes aux relais de poste, les auberges avec les logements et les repas, etc.
2 août-2 septembre 1754 : Nantes à Amsterdam (p. 3) ; 2-13 juin 1756 : Amsterdam à Hambourg (p. 13) ; 16 juin : Hambourg à Berlin (p. 29) ; 14 juillet : Amsterdam à Paris (p. 59) ; Paris à Nantes (p. 80) ; Récapitulation des villes (p. 84) ; note sur les valeurs des monnaies (p. 93) ; « Remarques historiques et géographiques tirées du Dictionnaire Universel de Mr Corneille » (p. 94) ; 6 novembre 1757 : Nantes à Lorient (p. 156) ; « Lieues de France », calcul des distance parcourues, soit 981 lieues (p. 168) ; « Principales hoberges des villes » (p. 172) ; 2 juillet 1766 : Nantes à Bordeaux (p. 174) ; 4-28 mars 1786 : voyage à Rennes (p. 186) ; voyage à Paris en 1788, avec table et distance des étapes (p. 187).
Le manuscrit, très lisible, est illustré par l’insertion de 18 gravures dépliantes coloriées représentant les villes décrites : Nantes, La Haye, Amsterdam, Calais, Brême, Berlin, Rotterdam, Malines, Bruxelles, Gand, Bruges, Dunkerque, Lille, Cambrai, Paris, Versailles, Rennes, La Rochelle, Bordeaux.
Citons le début : « Le deuxieme aoust l’an mil sept cent cinquante quatre à six heures & demie du soir, je partis de la ville de Nantes, en Haute-Bretagne […] Je descendis la Loire en barge, en compagnie de Messieurs Meckenhauser, & Richner ; ce premier étoit au cabinet de mes oncles Messieurs Struykman frères, & l’autre travailloit sur cellui de Mr Deucher. Nous débarquons au Migron, à 4 lieues de Nantes ; nous allames au Lion d’or, mauvais gite, sans lit, & depourvu de touttes comodités. Le samedi 3 aoust, nous partimes du Migron à 3 ½ h. du matin et débarquames à Painbœuff le dit jour à 6 h ½ du matin, & nous nous sommes tout de suite rendus à bord du navire sur lequel je devois faire mon voyage, nommé De Drie Zusters, Kape Sander van Leenstadt de Rotterdam, de onze hommes d’équipage, de 8 canons, & du port d’envirrons deux cents thonneaux tirant 10 pieds d’eau, appartenant à M. Heerzeele freres de Rotterdam, ce navire étoit fretté pour Amsterdam. Je dinai ce jour la chez Rollin, à l’hotel du brillant & soupé & couché à bord, ainsi que tous les autres jours suivans ». – Le lundi 5 août, visite du petit brigantin La Fourmi à M. Broudou et Gillard, de Nantes, allant à la Coste de Guinée. N.B. Ce petit brigantin, étant parti trois semaines après nous & faisant routte pour aller traitter ses Noirs en Affrique, a eu le malheur d’être pris par un corsaire du Maroc, & conduit en Barbarie. – Mardi 6 aoust dîné à bord du Cap. Claas d’Hambourg, où nous mangeames un pouding, & une piece de bœuf fumé »… Etc. Le 28 août, le bateau, après avoir échoué sur un banc de sable, amarre au port d’Amsterdam : « la façon d’y vivre, l’esprit de commerce qui y règne surpasse l’imagination d’un françois, jamais sorti de son païs »…
Citons encore l’arrivée à Bremen (7 juin 1756), « grande & très forte ville […] les maisons y sont bien jolies & les bas des maisons sont d’une beauté achevée, remplis de vitrages » ; réception par le bourgmestre dans son jardin… « nous fumes voir la Bourse c’est fort peu de chose, on nous conduisit aussi à l’église cathédrale, où se voyent les momies dans les caveaux. Les Juifs n’y sont point soufferts, […] ils étoient obligés de payer un ducat par personne chaque nuit qu’ils couchent dans la ville. Je dois remarquer ici la grande politesse des Bremois, nous passions dans un carosse de louage, & chaque personne qui passoit nous saluoit en s’arretant, les dames mêmes au travers des vitrages nous faisoit de grandes reverences »…
Le séjour à Berlin (20-23 juin 1756) est marqué par le voyage à Potsdam, et la visite du palais et des appartements royaux ; dans la cour, Muyden voit Frédéric II, « tout seul sans seigneur à ses côtés, au milieu de ses soldats à leur faire faire l’exercice ou la parade, le Roy avoit un habit bleu à brandebourg d’argent avec une veste blanche de drap & des boutons blancs, une cullotte de cuir noir & des bottes, une perruque à queue un chapeau galonné en argent & le plumet & une grosse épée à poignée de cuivre & une canne à poignée d’yvoire en bequille. Il est petit de taille assez gros & de grosses jambes le visage rouge & martial, le regard terrible ; il marchoit à reculons et son bataillon venoit à lui en ordre suivant ce qu’il leur disoit. Les troupes sont très belles et d’une propreté admirable »… Etc.
Ces quelques citations suffiront à montrer l’intérêt de ce récit de voyage.