Lot n° 26

Jean-Louis BARRAULT (1910-1994). 6 L.A.S. (la plupart « Jean-Louis » ou « JLB »), [1936]-1954, à Félix Labisse ; 12 pages in-4 (lég. mouill. à la 1ère).
Belle correspondance au peintre et décorateur Félix Labisse (1905-1982)....

Estimation : 1000 - 1500
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Description
[Labisse a conçu décor et costumes du premier spectacle de Jean-Louis Barrault, Autour d’une mère, d’après Tandis que j’agonise de Faulkner, à L’Atelier en juin 1935.]
[1936]. Il va « tourner – tout l’été – 3 films sans doute » ; quant au théâtre, il veut « organiser pour octobre prochain un centre jeune d’études approfondies de l’art de l’acteur. Monter fin octobre une tragédie de Cervantès superbe [Numance], qui sera un pas en avant […] Je me suis aperçu cette année que je suis un tragédien et que surtout c’est la tragédie qui me passionne car c’est la forme la plus... acteur » ». Il veut trouver « une salle à l’année », peut-être « les Ursulines »… Ayant besoin de jouer, il acceptera peut-être une proposition de Jouvet. Il commanditera Numance avec l’argent de ses films. « Cette année j’ai reçu beaucoup de “vie” à mes dépens : c’est le meilleur et je sens que j’en serai heureux »…
4 août 1944, à la suite d’une L.A.S. de Madeleine Renaud. Ils sont tous les deux en vacances en Bretagne, avec la famille de Madeleine Renaud, dont son fils Jean-Pierre Granval ; Madeleine parle du ravitaillement, de l’avance des armées, et de la Victoire espérée… Barrault adopte un style teinté d’humour surréaliste, pour évoquer l’étang : « un drôle d’œil, tout gluant comme le sexe d’une femme en chaleur ; où se reflètent les nuages de mon imagination […] Tout autour il est poilu de hêtres magnifiques aux odeurs d’humus et de champignons. Dans cette liqueur onctueuse et âcre, glissent et s’enfoncent des poissons luisants – un liquide séminal vous coule de la tête, humecte l’œil et glisse le long du nez, mais de matière grise : point. C’est te dire qu’on jouit mais ne travaille point »…
12 août 1945, il a reçu la « nouvelle foudroyante » [mort de Robert Desnos] et celle de la mort de son vieux grand-père maternel : « je perdais d’un coup le vieux tronc de notre petite famille, et mon frère d’élection. Du coup ce fut comme si quelqu’un me retenait par la veste ; je n’avais plus de désir que pour ce qui avait été. [...] Il me semble que je ne pourrai plus boire un verre de vin, regarder fumer une pipe, écouter un disque, découvrir un bouquin sur les quais, éclater d’un gros rire, chanter une chanson à boire ou de marin, ressentir l’état lyrique de la générosité, le don de soi, le don aux autres, les marches juvéniles genoux en avant, les grands coups de gueule, les chats, tout ce qui est “amour de vivre” sans ressentir en même temps la présence de Robert près de moi. [...] J’avais deux vrais amis, Robert et toi, c’est l’un qui m’a appris la mort de l’autre »...
7 juillet 1949, évoquant les morts survenues l’été autour d’eux depuis 1942, dont celles de Granval (premier mari de Madeleine Renaud), Robert Desnos, Paul Valéry, et maintenant la mort de la mère de Madeleine, qu’il raconte avec une tendre émotion : « Elle est morte en petit oiseau qui fait “couic” », comme dans La Mouette… – 16 août 1949, évoquant ses vacances à Vasouy près d’Honfleur. Il rentre à Paris le 3 septembre : « j’occupe à nouveau les chantiers Marigny, le Bossu [de P. Féval] est mis en marche, en même temps que Elisabeth [d’Angleterre de F. Bruckner], George Dandin et le Viol de Lucrèce [d’Obey] », et il a besoin de Labisse pour « la plantation et la machinerie » du Bossu, dont les répétitions commenceront le 6 septembre…
Clos Normand [Vasouy] 31 août 1954. « Je veux rouvrir le “Petit Marigny” en fêtant mes 20 ans d’activité de production théâtrale », en remontant Tandis que j’agonise. Il va monter l’Orestie d’Eschyle adaptée par Obey : « Boulez m’aidera pour le bruitage musical, et je compte sur toi et Maiène [Marie-Hélène Dasté] pour toute la partie plastique »…
On joint 2 rares programmes de ses débuts : – Autour d’une mère au Théâtre Montmartre (salle de l’Atelier), 4-7 juin 1935 ; – Numance de Cervantes, Nouveau Théâtre Antoine [avril 1937].
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