Lot n° 78

Paul CLAUDEL. L.A.S., [Paris] 3 février 1938, à Henri de Nolhac ; 4 pages in-8 à son adresse 11 bis, rue Jean Goujon, enveloppe.
Sur son échec à l’Académie Française face à Claude Farrère (qui, le 28 mars 1935, l’emporta par 15...

Estimation : 500 - 700
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Description
voix contre 10 à Claudel). Désolé d’avoir peiné son correspondant (fils de l’académicien Pierre de Nolhac), Claudel précise : « Le récit de ma visite à votre père n’avait pour objet que de caractériser l’atmosphère d’outre-tombe qui a enveloppé mon périple académique. […] Il est généralement admis que l’Académie a le droit de se passer tous les caprices et toutes les injustices. Je ne l’admets pas. L’Académie est la plus vieille de nos institutions. [...] Ses membres n’en sont pas les propriétaires, ils n’en sont que les usufruitiers et les administrateurs, soumis aux règles de la vulgaire honnêteté. Or le 28 mars 1935 le cas suivant s’est présenté. Deux hommes avaient posé leur candidature. L’un était un homme dont toute l’œuvre n’est consacrée qu’à l’exaltation de la vertu, de la pureté, de la patrie et de la religion. L’autre était un voyou abject, un opiomane, un pornographe, un industriel du feuilleton [...]. Entre ces deux hommes votre père a fait son choix. Cet honnête homme, ce spiritualiste, ce chrétien, pour des raisons de prosodie, a voté pour l’auteur des Civilisés et des Petites Alliées. Ce faisant il s’est déshonoré, lui et l’institution dont il est solidaire. Vous trouverez que je suis brutal. Tant pis. Toute la France, tout le monde littéraire a jugé comme moi. Vous avez été témoin de ce tollé d’indignation, qui ne s’est pas apaisé. [...] Votre père tout de même a eu honte. Quelques jours après l’élection, il m’écrivait, pour me remercier d’un livre [...] “Quel dommage que je n’aie pas reçu votre livre plus tôt ! Cela aurait changé mon opinion sur vous et peut être mon vote” ! Je n’ajoute pas d’autre commentaire que ce point d’exclamation. Il en faudrait toute une rangée ! »….
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