Lot n° 119

Jacques COPEAU. Manuscrit autographe signé, avec L.A.S. d’envoi à Pierre Barlatier, Pernand-Vergelesses 27 juin 1936 ; 9 pages in-8 et demi-page in-4 à vignette.
Importante réflexion sur un nouveau théâtre, en réponse à une enquête de...

Estimation : 800 - 1000
Description
Pierre Barlatier pour le journal Comœdia, « À temps nouveaux arts nouveaux », sur la situation des arts après l’arrivée au pouvoir du Front Populaire. La réponse de Copeau paraîtra dans Comœdia le 24 juillet 1936.
« Si les jeunes ministres, dont dépendent aujourd’hui l’éducation du. peuple et ses loisirs, ont conscience de la grandeur de leur tâche, s’ils l’abordent avec enthousiasme et piété, s’ils se proposent notamment de favoriser une renaissance de l’art dramatique, nous n’avons dans notre émotion et l’inquiétude d’un espoir tant de fois déçu qu’à former un vœu : c’est que leurs intentions soient bien éclairées, leurs décisions bien étudiées, leurs actes bien dégagés de la routine et de la complaisance »… Copeau rappelle que, depuis plus de vingt ans, il n’a cessé de lutter pour la renaissance du théâtre qui devait aller de pair avec un renouveau social. « Le théâtre a besoin d’être décabotinisé, désembourgeoisé, désencanaillé. Et il a besoin d’être organisé. L’État peut régner au-dessus des différences individuelles, qui sont mesquines, au profit d’une communauté d’intérêts professionnelle. Il ne doit pas se contenter de puiser ses informations au sein des commissions souvent incompétentes et quelquefois soumises à des influences douteuses »... Copeau réclame « la création d’un foyer de culture théâtrale, d’une grande école où seraient étudiées toutes les formes de l’invention et de la représentation dramatiques, où chaque section serait dirigée par l’homme le plus qualifié, sans tenir compte des titres officiels ni des recommandations politiques »... Il faut aussi procéder sans retard à « une réforme radicale de la Comédie Française »… Etc. Copeau réfléchit ensuite longuement à « la question d’un théâtre populaire »…
Il conclut : « Le programme, dans sa pureté, est pour le moment d’associer un grand auditoire à un grand spectacle : sous un même toit, dans un même édifice, des hommes qui ont besoin de voir et d’entendre quelque chose, mis en contact avec des hommes qui ont quelque chose à leur montrer et à leur dire, et qui sauront inventer les moyens de le leur dire et de le leur montrer le plus sincèrement, le plus simplement, le plus honnêtement possible ».
Un dernier paragraphe n’a pas été publié : « Ce lieu de rencontre entre deux volontés dramatiques, celle de l’auteur et celle de la collectivité, peut être édifié sans grands frais, sur un terrain de la périphérie, en matériaux périssables ou démontables. Il sera comme une première hypothèse, comme une maquette grandeur nature, facile à modifier et à compléter, du théâtre du peuple français. Quand il existera, dans ses proportions bien calculées, muni de ses organes essentiels, obéissant à des lois et conventions reconnues, nous demanderons aux poètes d’étendre sur ce patron les inventions de leur génie, aux metteurs en scène de construire dans ce champ libre la fiction poétique ».
Dans sa lettre d’envoi, Copeau demande que son texte paraisse intégralement.
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