Lot n° 178

Paul GÉRALDY (1885-1983). 3 L.A.S., [1941-1948, à Valentine Tessier ; 6 pages in-4 (lég. taches) et 4 pages et demie in-8.
Très belle correspondance du poète à la comédienne.
[Beauvallon] 9 mai [1941]. « Ma chère grande gentille...

Estimation : 400 - 500
Enchérir sur
www.drouotdigital.com
Description
amie, votre lettre m’arrive dans ce moment précis où je pensais à vous et notais des souvenirs de vous, de notre si enivrant travail en commun pour Duo […] je brouillonne des souvenirs de théâtre, un livre de souvenirs, qui ne seront pas seulement des souvenirs, vous pensez bien, mais une leçon que je veux donner – celle que moi-même j’ai reçue de la vie […] Et je notais des choses de vous, si magnifique dans le travail, des choses de votre nature si profonde, si juste (et si bon-enfant) que j’opposais à une autre nature », celle de Marie-Thérèse Piérat, plus intellectuelle, qui jouait dans sa pièce Aimer (1922). Il a vu l’annonce du départ de Jouvet avec sa troupe pour l’Amérique du Sud : « Nous, pourquoi ne faisons-nous rien ? Pourquoi ne jouez-vous pas la comédie aussi ? Il faut retrouver sa Patrie dans sa profession, voilà ce que je ne cesse de répéter à mes amis et à moi-même ». Il pense que la place de Valentine est au Théâtre-Français, quand il aura retrouvé « sa plus belle forme ». Vaudoyer « pourrait être un bon administrateur, si la troupe était épatante, et qu’il n’ait qu’à la laisser faire (comme faisait Claretie, du temps des Mounet, de Bartet, de de Feraudy, etc.). Vous n’avez pas à vous soucier de savoir si vos camarades vous y accueilleraient bien ou mal. Votre talent vous imposera à eux, par force. Ils savent bien qu’il leur manque une vedette, qu’ils en ont besoin, qu’un théâtre ne se passe pas d’acteurs. Ce dont il faut vous soucier, c’est de savoir si vous, vous serez entourée, si le vent est favorable, si le public suit, et quel public, si le niveau d’art de la maison est élevé... Et encore non ! vous n’avez même pas à vous soucier de ça ! Quand vous y serez, le niveau d’art sera élevé. Et vous jouerez tous les rôles, parce qu’il n’y aura que vous. Giraudoux devrait s’employer à vous faire entrer, car c’est son intérêt : vous y installerez avec vous ses grandes pièces. Moi aussi c’est mon intérêt, car j’ai un répertoire (4 grandes pièces au répertoire de la maison) fait sur mesure pour vous »… Quant à lui, éloigné de Paris, il s’est « laissé trop écarter », et ne croit pas être aimé de Vaudoyer, avec lequel il s’était accroché à propos de Ludmila Pitoëff… Etc.
Samedi 15 [avril 1944]. Il ne voudrait pas quitter Paris sans avoir revu Valentine. On parle d’Alain Laubreaux comme administrateur au Théâtre Français : « je suppose qu’alors tu rentrerais immédiatement. Et alors quelle Andromaque, quelle Hermione, quelle Phèdre, quelle Bérénice ! Nous aurions de beaux jours devant nous. Et tu me jouerais Christine, réadaptée à toi, une Christine avec un deuxième acte refait pour toi (c’est l’acte faible) ». Il a vu Raimu dans le Bourgeois gentilhomme : « Ce n’est pas enivrant. On sent que Raimu, par délicatesse, par respect pour la Maison, a tenu à ne pas faire de gros effets comiques. Il joue le rôle au naturel, avec une discrétion voulue qui est infiniment respectable, mais qui laisse un peu déconcerté […] La pièce est montée avec un grand luxe de costumes, mais avec un souci d’élégance et des raffinements de tons qui étonnent autant que la délicatesse et la discrétion de Raimu. En effet malgré tout ce luxe et une mascarade qui emplit la scène de danseurs et de danseuses, la pièce n’est pas gaie. Il faut d’ailleurs ajouter que c’était un drôle de choix pour les débuts de Raimu. Le Bourgeois n’est pas un beau rôle, ni une bonne pièce. Une série de sketches où ce sont les professeurs de philosophe, d’armes, etc. qui emportent tout [...] un divertissement brossé vite par un Molière pressé »…
[1948], après la création de la pièce de Marcel Aymé, Lucienne et le Boucher où Valentine jouait Lucienne : « Tu es toujours étonnante, mais tu l’es extraordinairement dans cette composition vigoureuse, très poussée (sans devenir excessive, ni caricaturale), cet accent de vérité profonde qui a toujours été le tien, cette force vivante qui a toujours été la tienne, ce puissant rayonnement qui irradie de toi. [...] Tu auras mis de la beauté, toi, à la fois, dans des déesses et dans des femmes. Tu es une Grande ! »…
Partager