Lot n° 179

Michel de GHELDERODE (1898-1962). 2 L.A.S., Bruxelles 1957-1960, à André Reybaz ; 4 et 2 pages in-8.
[André Reybaz (1922-1949), avec sa troupe du “Myrmidon”, fut le premier à révéler au public français le théâtre de Ghelderode.]
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Estimation : 400 - 500
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Description
décembre 1957. Il a appris que Domani (directeur du Théâtre de Poche) « se cache, en effet, apeuré et bien décidé à ne pas donner suite à ce projet de jouer nos deux pièces en janvier ! Pourquoi, c’est le mystère ! Peur des frais, ou peur tout court, la peur qui rend nos contemporains verdâtres, couleur de chiasse ? Il vous a donc sinistrement trompé – à moins que, depuis, un revirement l’ait fait vous écrire ou télégraphier, de quoi j’ose douter ! C’est navrant ! Pour sa défense, le Domani affirme qu’il jouera du Ghelderode plus tard, en 1958, l’année de l’exposition, ce qui n’est pas bien difficile, ni bien compromettant. Mais avec qui, avec Reybaz ? Mystère encore ! Et quelle confiance daignerez vous encore accorder à ce croque-mort ; et quelle confiance lui accorderai-je, moi, qui aime qu’on joue avec mes couilles, mais à la condition que ce soit fait par une belle fille, qui s’engage elle !... Et voilà, pauvre cher Reybaz ! Vous avez beaucoup souffert pour moi, à cause de moi : j’en reste consterné ! comment réparer ce coup de vache ? […] c’est bien triste de voir un homme de votre valeur, bafoué de cette façon par un amateur, un qui fait semblant, et qu’on ne peut battre puisqu’il est de sexe intouchable – à moins qu’il n’aime la trique aux fesses... Horribles gens, d’ici comme partout, pourriture envahissante ! Le théâtre, l’art le plus exaltant, ne peut donc se bâtir que sur des latrines, des cloaques ?... […] Quant à moi, je place ces saletés plus bas que le niveau de la merde – je veux dire que les fonds vertigineux des chiottes où s’engloutiront, diluviennement, à l’heure des grandes chasses tous les Domanis de Belgique et de France »…
25 février 1960. Il se réjouit des bonnes nouvelles. « Que les dieux vous aident ! […] je ne sors plus, le plus souvent souffrant et consacrant mes dernières années à l’achèvement de mon théâtre ! Le mois de janvier a été assez dramatique, pour moi : qu’importe ! je ne me démoralise jamais. Et il me suffit que mes amis soient bien vifs et forts dans l’affreuse bataille de l’art où ils sacrifient le corps et l’âme ! […] J’attends comme vous attendez, et tant mieux si cette victoire arrachée à mon destin qui fut bien cruel pour vous, permet un jour prochain de jouer ce Ghelderode dont vous avez révélé l’existence au monde. Mais oui, actuellement, on le joue partout, ce théâtre : c’est une histoire de fous ! »…
On joint une L.A.S. d’André REYBAZ, 22 septembre 1947 (1 p. in-4), sur les Prochains spectacles et les projets de la compagnie “Le Myrmidon”, qu’il a fondée avec Catherine Toth.
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