Lot n° 200
Sélection Bibliorare

Max JACOB (1876-1944). L.A.S., St Benoît-sur-Loire 16 janvier 1940, à son « cher Marcel » ; 2 pages in-4.
Belle et longue lettre. « Je te disais dans ma dernière lettre de penser à Dieu, pour te donner une gravité qui ne peut que...

Estimation : 700 - 800
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Description
faire fleurir ton talent car rien n’est bien (même et surtout le comique) que ce qui vient du grave. Le comique gagne à avoir passé par le pont du grave. J’étais peut-être, malgré moi, un peu prophète et le même Dieu, qui t’a protégé jusqu’ici, t’envoie au milieu des épreuves de la guerre une épreuve plus douloureuse encore, celle de la mort de ton vieux père que tu semblais bien aimer. Dieu t’avertit de la nécessité de la douleur pour acquérir la gravité. C’est le même avertissement qu’il donne à la France, à la terre entière : “convertissez-vous ! renoncez à la vie facile et spirituelle dans le mauvais sens du mot ! pensez à ma Justice !” Car Dieu est bon mais il est esclave de sa justice. Il ne peut pas pardonner quand sa justice a vu la vérité. Voici des paroles bien sévères alors que je te dois des paroles de condoléances. Je crois nécessaire de les écrire. Tu es trop heureux, et le but de la vie n’est pas cela mais le but de la vie est de rechercher ce qui est la volonté de Dieu en ce qui concerne chacun individuellement. Tu as un fond de croyance en Dieu, tu es trop intelligent pour ne pas l’avoir […] or si tu crois en Dieu tu dois craindre sa justice et n’espérer en sa bonté que si tu la mérites. Dieu te frappe aujourd’hui d’un malheur commun à tous les fils mais il te frappe en ce moment parce que le malheur général ne suffit pas à te faire réfléchir. Marcel, il ne suffit pas d’être aimé, aimable, et plein de talent : cela c’est la terre dont tu te tires très bien ! il y a la mort, tu le vois, et tu dois songer à ton âme. Que n’ai-je plus tôt songé à la mienne, je ne vivrais pas dans la crainte (salutaire mais tardive) de la Justice immuable de Dieu »…
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