Lot n° 206

Louis JOUVET. 5 L.A.S., 1907-1908, à Mlle Aline Bordas ; 14 pages in-8, 3 enveloppes et 2 adresses.
Belle correspondance amoureuse de jeunesse, sur ses débuts au théâtre.
[Depuis 1905, alors qu’il est encore en classe de philosophie,...

Estimation : 1500 - 1800
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Description
Jouvet a noué une correspondance intime avec une jeune fille de Saint-Étienne, Mlle Aline Bordas, qu’il nommera sa « cousine » ; la correspondance se poursuivra lorsque Jouvet part pour Paris faire ses études et ses stages de pharmacie, et que s’éveille sa vocation théâtrale.]
[Levallois-Perret 25 août 1907]. Il termine bientôt son stage. « Le 20 septembre, je serai un vrai bohême – large chapeau […] cheveux encore plus longs, souliers éculés, une pipe au coin de la lèvre et des bouquins sous le bras ! » Il fait partie du groupe des « Cornéliens », jeunes comédiens « dont le but est la représentation d’œuvres de Corneille, Molière et autres même modernes. – Représentations mensuelles publiques », et tournées aux environs de Paris. Il y est venu surtout pour approcher son directeur [l’acteur Castellat], « ancien camarade de Mayer qui est maintenant au Français […] C’est lui qui a formé Gémier du théâtre Antoine – et il m’expliquait avec un rare savoir le talent de Gémier, me montrant que celui-ci était un grand compositeur de types, un véritable acteur, mais non un diseur. […] J’ai récité devant lui la tirade des nez de Cyrano, il m’a reproché ma prononciation – affaire de travail – me disant que j’étais assez original et que j’avais de l’étoffe »… Il ne cherche pas la gloire, mais il a besoin des lettres de « Linette », de ses recommandations, de ses conseils, de ses prières, de ses baisers...
[28 décembre 1907]. Il envoie ses tendres vœux à « Mon petit Linon ». Il lui « reste pour toute fortune un franc quarante cinq, trois cigarettes et quatre timbres à dix centimes. […] J’ai pleuré, j’ai souffert, je suis malade. […] Je ne vaux pas la peine que vous m’aimiez – vous n’êtes pas faite pour être une Mimi et je ne suis qu’un misérable Rodolphe ». Il lui envoie cependant un petit cadeau, un coupe-papier, « qui n’est pas fait pour couper notre amitié »... Il la prie de lui rendre le livre de Murger qu’il lui a prêté… « Priez pour moi mon Linon, ne m’aimez pas, vous auriez tort, […] mais croyez que je vous aime d’autant mieux que je me sens indigne de l’amour que vous me prodiguez injustement. […] Adieu ma brunette, je vous mets encore de doux baisers au bas de cette lettre où sont attachés des morceaux de mon âme ». Et il signe « Rodolphe ».
[14 août 1908]. Jouvet sent confusément qu’il n’intéresse plus sa « chère Aline », et cependant il est résolu à continuer à lui écrire, mais en prenant comme elle le temps pour lui répondre. Il travaille beaucoup. « Je suis allé en province pour Œdipe roi – rôle du Coryphée. – J’ai créé un rôle dans un acte de G.H. Mai [Georges-Hector Mai, Les Maîtres de la vie] – J’ai travaillé le premier acte du Misanthrope – joué le rôle d’Horace – fait beaucoup d’auditions ! ? – Je travaille actuellement Le Cœur a ses raisons [de Flers et Caillavet], Britannicus rôle de Burrhus. Je vais créer un rôle de Prêteur dans un acte de Han Ryner [Un magistrat comparaît devant un homme libre]. J’ai travaillé le rôle de Trielle de La Paix chez soi [Courteline]. Je vais donner le rôle d’Oswald des Revenants [Ibsen] et différentes autres choses qui m’accaparent énormément. […] Je travaille aussi la première scène de Don Salluste [de Ruy Blas] que je donnerai peut-être sans espoir devant le jury du Conservatoire qui d’ailleurs ne s’y ennuiera pas. – Je continue toujours ma pharmacie aussi en novembre vais-je reprendre les cours ». Il ira peut-être à Angoulême donner une soirée pour La Foire aux Chimères... – [10 décembre]. Il vient d’être souffrant, et est admis comme auditeur au cours de Louis Leloir au Conservatoire. Il va bientôt monter Le Combat de cerfs d’Émile Bergerat. Il espère voir Aline à Paris… – [22 décembre]. Il attendra Aline à la gare Saint-Lazare. « Je renouvelle mon signalement – pardessus sur les épaules, feutre noir bords plats, cigarette (traditionnelle). A Jeudi donc et n’ayez pas peur de moi je n’ai rien de colossal comme vous avez l’air de le dire – quoique prétendant à jouer les rôles marqués soit dit “les pères nobles” en langage moins spécial »…
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