Lot n° 283

Jules ROMAINS. Manuscrit autographe signé, Gaston Baty à Pigalle, [janvier 1930] ; 9 pages in-fol.
Sur l’arrivée de Gaston Baty à la direction du Théâtre Pigalle (construit par Henri de Rothschild et inauguré en 1929, administré par...

Estimation : 700 - 800
Adjudication : Invendu
Description
Gabriel Astruc avec André Antoine comme directeur artistique, qui partit au bout de deux mois et fut remplacé par Gaston Baty). L’article de Jules Romains parut dans Les Nouvelles littéraires du 18 janvier 1930.
« La semaine prochaine, Gaston Baty inaugure sa direction du Théâtre Pigalle en donnant une reprise du Simoun [d’Henri-René Lenormand]. C’est un événement considérable à tous points de vue. Il semble difficile de contester au Théâtre Pigalle le titre que ses créateurs avaient rêvé pour lui, et que ses premiers admirateurs lui ont décerné : “le plus beau théâtre du monde” ». Le Simoun est « une des œuvres les plus significatives, […] l’un des chefs-d’œuvre, le premier en date avec les Ratés, de Lenormand, c’est-à-dire d’un des quelques dramaturges français que le monde entier connaît et respecte. Quant à Gaston Baty, c’est l’homme qui, après avoir lutté dix ans dans les conditions les plus dures, servi par des moyens précaires, se trouve soudain en possession d’un instrument incomparable, d’un ensemble de ressources qu’il n’était même pas raisonnable d’espérer »… On n’a pas donné à André Antoine, « dont le génie a influencé toute une période de la dramaturgie européenne, […] les moyens étendus que d’autres pays ont su procurer à un Reinhardt, à un Stanislawsky » ; mais Baty n’en est pas responsable. « Il n’est pas question, non plus, d’opposer Baty aux metteurs en scène de sa génération ni aux aînés dont elle continue directement l’effort. Si Gémier, si Copeau, si Jouvet, si Dullin avaient reçu la charge du Théâtre Pigalle, je suis tout à fait sûr, pour ma part, que chacun d’eux s’en fût tiré avec honneur. […] En acceptant, Baty a fait preuve d’un courage que j’apprécie fort. […] Un instrument merveilleux se trouve mis entre des mains qui en sont dignes. Il va servir au triomphe de cette renaissance dramatique française qui se poursuit depuis dix ans, qui, au début, s’est heurtée à tant d’indifférence, a dû se contenter de moyens si pauvres, et depuis n’a jamais pu se relâcher d’une tension héroïque, tant les ressources de toute sorte lui ont été marchandées »... Etc.
Et Romains conclut : « Baty a bien trop de culture pour ne pas penser que le “grand spectacle” vide de substance est la ruine du théâtre ; et que la machinerie la plus moderne n’est qu’une compilation onéreuse quand l’esprit poétique refuse de venir l’habiter. Bref, cet avènement de Baty à un poste qu’il mérite par son passé, et qu’il a la chance de recevoir dans la pleine force de son âge et de son talent, doit réjouir les vrais amis du théâtre en France. L’échec de Baty serait néfaste à tout ce qu’ils aiment, à tout ce qu’ils ont péniblement défendu, puis imposé peu à peu depuis dix ans. Il n’accommoderait que les gens qu’effraie cette renaissance, et dont les intérêts sont menacés dès que l’art reprend ses droits ».
[Baty ne monta que deux spectacles, la reprise de Simoun (23 janvier 1930) et Feu du ciel de Pierre Dominique qui fut un échec. Il quitta le théâtre Pigalle en mars 1930, et fut remplacé par Louis Jouvet qui y créa Donogoo de Jules Romains, avant d’abandonner à son tour le théâtre Pigalle.]
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