Lot n° 301

François-Joseph TALMA. L.A.S., Marseille 12 mai 1818, au peintre Louis Ducis, son beau-frère ; 3 pages in-4, adresse (lég. déchirure et fentes marginales).
Très belle lettre sur sa tournée théâtrale à Marseille, sur son art et sur les...

Estimation : 1000 - 1200
Adjudication : 1 319 €
Description
peintres. [Talma a obtenu un congé de trois mois pour pouvoir aller jouer en province les rôles de son répertoire, afin de conforter ses finances personnelles. Il débute à Avignon le 25 mars, puis dès avril à Marseille avec Hamlet, Andromaque (Oreste), Britannicus (Néron) et Agamemnon de Népomucène Lemercier. Il y retrouve son ami de longue date le comte Auguste de Forbin, directeur des Musées royaux, de retour d’un voyage en Grèce et en Orient. Le peintre Louis Ducis (1773-1847), neveu du poète Jean-François Ducis, avait épousé la jeune sœur de Talma, Euphrosine.]
Il a été visiter le comte de Forbin au lazaret de Marseille : « il est seul avec son domestique, n’ayant pour société unique qu’un Persan qui arrive de Schyrras [Chiraz]. Il est tombé d’abord malade et puis abattu et dégoûté de tout il a la fièvre tous les soirs. On dit que cela cédera quand il pourra faire de l’exercice. J’aimerois bien me trouver encore à Marseille lorsqu’il sera libre et pouvoir faire quelqu’excursions avec un homme aussi distingué qui a eu le courage de quitter Paris par amour pour son art. Il rapporte des notes et des dessins qui, je n’en doute pas, seront d’un immense intérêt. Il vient de parcourir des lieux qu’habitoient ces héros d’Homère que je cherche à représenter. Si je joue demain Oreste, je crois que les marseillois se trouveront bien des impressions que j’ai ressenties en passant une matinée avec lui. Je me sens déjà électrisé de me savoir, de me trouver dans une ville battie par une colonie grecque. Je ne vis que d’impression, mon ami, mon secret est d’avoir la faculté de me pénétrer. Je n’ai jamais joué Hamlet sans penser à mon Père ! un des plus doux souvenirs de la vie de ton digne oncle (mon parrain) c’étoit d’avoir vu le sien applaudir cette tragédie, que j’emporte dans mes voyages et qui fait toujours tant d’effet. Pourquoi le théâtre ne seroit il pas une école où la Vertu fut enseignée comme dans celle de Philosophie ? Socrate, le plus sage des hommes, ne dédaignoit pas de mettre la main aux tragédies d’Euripide ! J’aimerois à réconcilier mon art avec quantité de personnes célèbres par leur piété et par leur doctrine : mais !...
Le Cte de Forbin est habillé en Grec, ce costume lui va à merveille, il est vraiment superbe, et j’emporterai le souvenir des moments que j’ai passé au Lazareth. Il m’a beaucoup parlé de toi et de tes derniers succès, il t’aime beaucoup, il compte sur toi et sur Granet. Il m’a parlé aussi de notre pauvre Gérard et de la fausse position dans laquelle il s’étoit mis en se servant d’une esquisse de Rubins pour son tableau de Henri IV. Qu’est devenue cette esquisse ? l’aurait-il anéantie ? c’est ce que beaucoup de personnes du Château demandoient au Cte de Forbin qui (comme Directeur) se trouva heureux de quitter Paris au moment où on étoit disposé à tracasser un homme qui venoit d’obtenir un succès brillant et mérité. Son avis est que tout cela tombera si les journaux veulent bien ne pas s’en mêler […] Ce qu’il m’a confié à ce sujet me rappelle que [Alexandre] Lenoir des petits Augustins [au Musée des monuments français], me fit voir dans le tems des fragments de vitraux (soit disant d’après Rubins) que notre ami Gérard, sous prétexte de les compulser, avoit eu à sa disposition. Je suis bien loin de blamer cela. L’important pour lui étoit de nous faire un beau tableau. Molière ne se fit pas de scrupule il prit dans Plaute la scène de la cassette. Les peintres accablés de traveaux, comme celui dont nous parlons, sont souvent accusés de se faire aider cela a aussi son avantage pour les choses qui ne réucissent pas (alors elles sont d’un autre). Il n’en est pas de même dans notre art et le jour où notre nom est sur l’affiche c’est notre figure que le public veut voir, c’est ma voix qu’il veut entendre. Il est sans indulgence et n’est pas sencé savoir si le matin j’ai éprouvé une contrariété et même une catastrophe pénible »…
Puis Talma parle de sa sœur et de proches… Il ajoute qu’il a appris par Forbin que Ducis était « à Fleury chez la princesse de Talmont où tu faisois des tableaux pour son salon. Si tu y vois Mr le Duc de Duras parle lui de moi relativement à la prolongation de mon congé ».
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