Lot n° 14

Léo DELIBES (18361891). 16 L.A.S. (une signature découpée), [1876-1891 ?] et s.d., à l'éditeur musical Henri Heugel ; 60 pages la plupart in-8.

Estimation : 1500 / 2000
Adjudication : 2 200 €
Description
Belle correspondance musicale sur ses ballets et opéras. Samedi [1876 ?], au sujet de son ballet Sylvia ou la Nymphe de Diane. Il ne bouge pas de sa table de travail et est « effrayé de la tâche que je me suis imposée, d'orchestrer en 2 mois %, 3 gros actes ! Mais, à aucun prix, je ne veux être la cause d'une heure de retard »... Le lendemain a lieu la double audition de Lauwers et de Mlle Fauvelle, « à laquelle on songe pour le role de Diane [...] Votre opinion aurait un grand poids sur la mienne, toujours si indécise ; et il s'agit là d'une question capitale ! »... 2 janvier[1880 ?], à propos de Jean de Nivelle. Il a vu Carvalho, « toujours très chaud pour notre affaire ». Il aimerait dès à présent se mettre en relation avec Mlle Vauchelet. « J'ai dïné avec Faure qui nous attendra M. Taskin et moi samedi matin pour lui faire dire le role. J'ai été enchanté à tous égards de M. Taskin, mais... c'est un peu trop haut ! »... -« toute la 1ere moitié du 2nd acte est arrangée autrement. Notre personnage principal n'arrive plus que pour la scène : “Voici un mois que je vous cherche”. Le role du comte de Charolais prend beaucoup plus d'importance et est plus musical »... Lundisoir: « Cette vocalise m'inquiète. Si nous prenions quelques consultations à cet effet d'un professeur de chant émérite - Bax, par exemple ? Peut-être en une ou deux séances sur ce seul passage arriverait-il à faire exécuter agréablement ce casse-cou à notre jeune Arlette bruxelloise -qu'en pensez-vous ? Tout ce qui est diction, expression, gout, style, je m'en charge à merveille. Mais, à propos de cette diable de vocalise, je en sais que faire pour obtenir un résultat ».... Jeudi matin : « notre air-fabliau va être bien criblé de traits, de variantes, de facilités et je crains que cette orgie de lignes supplémentaires et de versions diverses ne fasse un bien vilain effet ! » ; et il donne le détail des corrections à faire, en indiquant bien les variantes de facilité, et mettant en d'autres endroits « la mention variante (ou version) de Mfle Bilbaut-Vauchelet [...] Autrement, comme les autres variantes sont indiquées comme étant du choix de Mlle Vauchelet et exécutées par elle, on croira que celles-ci sont aussi faites par Mlle Vauchelet et on les fera de préférence - ce que je voudrais éviter à tout prix ! Cette version en triolets est seulement à l'usage des mazettes »... Jeudi. Il a pris rendez-vous avec Carvalho pour lui faire entendre son 1er acte : « Il insiste absolument pour passer cette saison-ci. Il a pour cela une raison qu'il ne m'a pas dite [...] Quant à moi, je suis bien décidé à ne pas m'occuper de mes confrères, ni de leurs collaborateurs et à faire tous mes efforts pour tâcher de produire une bonne chose. C'est certainement là le principal »... Mercredisoir. Il est très attelé à ce « diable de final » qu'il lui envoie « pour le mettre bien d'accord comme texte, notes, nuances, indications de scène et autres, sans compter mes modifications à l'arrangement de piano »... Mercredi soir. Envoi de son travail achevé : « Si vous êtes aussi satisfait de le recevoir que moi de l'avoir fini, ce n'est pas peu dire ! J'ai du réécrire plusieurs passages du dernier acte. J'avais fait dans les dernières répétitions des modifications d'instruments qui ne figurent pas dans la partition de l'opéra. [...] J'ai fait intercaler dans le 2e acte les morceaux coupés, parce que je désire qu'on les joue »... Choisy-au-Bac dimanche soir [1888 ?]. Il vient de composer un petit morceau « à deux temps, très rythmé et d'un mouvement assez animé ! », pour l'album du Gaulois : « Le seul titre qui lui convienne - et à moi aussi - est Rigaudon. Je tiens donc particulièrement à ce qu'on réserve ce titre. [...] Tous les autres titres de danses anciennes sont à 3 temps - et ce que j'ai fait est à 2 temps ; je ne puis donc changer »... Sorrente 9 avril [1891], pour la publication de ses deux Sérénades : « Ces 2 morceaux ont été improvisés dans des conditions identiques, ils font suffisamment contraste et les 2 grands noms de Musset et d'Hugo sont deux magnifiques pendants »... Quant aux Lavandières de Ruy Blas, il a remis une « partitionnette » à Perrin, « contenant le chant et l'orchestre minuscule que je désirais (un double quatuor jouant pizzicato, 2 flutes et un tambour de basque). J'y ai joint, je crois en être sur, le chant, avec un accompagnement de piano. C'est cela qu'il faudrait prendre pour la publication. [...] Il est bien entendu qu'il faut publier la chose pour une voix seule ». Il donne les instructions à suivre en ce sens (avec 3 citations musicales) : supprimer les notes chantées par le chreur sur la ritournelle, répéter le mot l’amour qui termine le morceau, etc. Quant à la deuxième sérénade, « inutile d'ajouter que le chant doit être écrit en clé de sol » ; il donne 3 citations musicales pour la ritournelle. Il relate son voyage en Italie, et se réjouit du succès du Roi l’a dit... Il a trouvé les reuvres d'Ambroise Thomas « triomphantes dans toutes les grandes villes de l'Italie : Florence, Rome, Naples ! »... D'autres lettres concernent une audition avec Mlle Merguiller ; le comportement de Carvalho ; une conversation avec le directeur de l'Opéra Vaucorbeil ; une représentation à l'Hippodrome... Etc.
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