Lot n° 44

Charles TRENET (1913 - 2001) chanteur. 8 L.A.S. (la plupart « Charles »), 1958-1978, à Colette Picard ; 8 pages in-4 et 2 cartes in-12, enveloppes.

Estimation : 1000 / 1200
Adjudication : 950 €
Description
Amusante correspondance fantaisiste à une amie et admiratrice. [22 mai 1958]. « Chère Piquette Colard, De toutes façons j'ignore de fond en comble le sens périssable que vous donnez à mes contours ! Quelle équivoque ! Suis-je digne d'autant de sollicitudes que seul votre bon sens parvient à mettre en équilibre dans votre Thalamus ? »... [La Varenne] 5 ou 6 décembre [1964], avec dessin en marge le montrant soulevant des altères. « Je n'ai pas mal au bard -mais à la main. À force d'écrire n'importe quoi à des tas de crétins », mais il est bien obligé puisqu'il vaut mieux « être bienveillant avec ses créanciers »... [Juan-les-Pins 26 mars 1965]. « Je suis loin de mériter votre façon de me voir mais peut-être aussi que vous manquez un peu de jugement à mon égard, c'est mon seul bénéfice avec vous ! »... La Varenne 16 juin 1966. Il ne lui en veut pas : « Si je ne dine pas avec le Secrétaire Général du Figaro c'est parce que ça m'emmerde et non parce qu'il a peur de mon fantasque. J'ai renoncé aux honneurs et la gloire ne m'intéresse que dans la mesure où elle “m'arrange” vis-à-vis de ceux qui m'aiment. Ne vous faites pas un monde de ma vie : elle est simple, saine et naturelle puis que je vis dans ma nature. [...] Je suis loin, très loin, très haut dans les béatitudes enchanteresses de mes dons. Je crois au bon Dieu qui est en moi. Les choses défendues ne sont agréables que si le diable les interdit. Le diable, c'est les autres, a dit à peu près, Sartre. Voilà pourquoi je suis parfaitement heureux seul dans ma poésie. Dormez en paix ! »... Antibes 20 juillet 1967, lettre ornée de dessins de fleurs. Il conseille à Colette de s'ouvrir, de « vivre plus extérieurement, ce qui ne vous empêcherait pas d'avoir des visites profondes en vous. J'ai, pour ma part, toujours vécu en dehors, si bien que ma réputation d'être léger est définitive ». Mais il a gardé le meilleur de lui-même pour lui, intact dans son creur. « Si bien que je ne compte sur personne. Les amis charmants sont introuvables. Il y a les charmants qui ne sont pas des amis et les amis qui vous aiment sans charme. J'ai toujours été la victime [... ] de cette étoile au jour de laquelle je suis éclairé et qui n'est pas le Soleil. Le Soleil c'est les chansons. Les chansons c'est le 30 % de moi-même. Je vis à peu près retiré des chansons qui pourtant me font vivre. Je ne compte pas remonter sur scène. J'en ai marre de faire le guignol »... Antibes 31 janvier 1974, lettre ornée de dessins de fleurs, du soleil, et d'un autoportrait d'un trait léger comme en filigrane. « Je ne fais faire aucune opération esthétique. Je ne bois pas. Je n'aboie plus. Je ne fais pas de gymnastique. Je ne m’ennuie jamais. Je marche devant la mer. Je fais ce qui me plait c'est-à-dire beaucoup de choses car j'aime tout à l'exception du sadisme ». Il ajoute en marge : « Sortez vous de l'idée que je n'aime pas les femmes »... Au dos il a ajouté 6 courtes lignes : « Pour dire je t'aime j'ai peur d'écrire un poème. en prose j'ose. En vers je m'y perds »... Plus un billet au dos d'une carte commerciale de son père (Trenet, 12 rue Saint-Sulpice. Pianos. Musique ancienne et moderne. Lutherie d’art. Phonos et disques), remerciant Colette de l'envoi d'une médaille : « elle représente beaucoup pour moi mais c'est peut-être trop : votre souvenir de communion ! »... ; et un autre de 1974 au dos d'une carte postale de sa propriété du Domaine des Esprits à Aix-en Provence : « Vieux murs au soleil et vieux creur ensoleillé à l'intérieur »... On joint un billet a.s. de Trenet à son père écrit au dos d'une enveloppe (1945) ; une photo signée (carte postale, 1966) ; un menu manuscrit (15 oct. 1945) ; et une aquarelle gouachée, légendée au dos : « Barbouillage fait avec les couleurs de Charles enfant. Perpignan juillet 1945 ».
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