Lot n° 265

Emmanuel SIGNORET (1872-1900) poète. 20 L.A.S., 1895-1899 au poète et critique d'art Achille Segard ; 80 pages formats divers, plusieurs à en-tête Le Saint-Graal, quelques enveloppes (nombreuses mouillures, parfois fortes, avec fentes, et...

Estimation : 1000 / 1200
Adjudication : 1 000 €
Description
quelques déchirures).
Importante et rare correspondance du poète, sur sa vie misérable, sa poésie et les difficultés de parution de sa revue Le Saint-Graal, qu'il a fondée seul en 1890. 1895. Chambéry [5 mai] : « J'ai laissé Paris au Printemps qui - sans doute, en ce moment, envahit ses jardins et ses squares brillamment et livre au miroir des bassins la gerbe d'étoiles des lilas. Ici, c'est plus mystérieux encore et plus sauvagement beau. [.] Les charmes des Charmettes sentent le ciel. Puis il y a les lacs où je me vois - pâle de mes tristesses célestes ». Mais il a quitté Paris avec des chaussures percées : « Je suis nu-pieds comme les dieux. [.] Avant de ranimer la riante flute de Théocrite et cette grande Lyre mystérieuse que je tiens peut-être des hautains Faiseurs d'Épopées psychiques de la race aryenne », il demande d'urgence l'envoi de 5 francs. - Il envoie Daphné, et en attend « le frêle prix commercial », grâce auquel il pourra retirer ses chaussures réparées : « Les poètes lyriques ne chaussent point le cothurne [.] Pauvres poètes exilés que nous sommes, languissants loin de la patrie [.] Je travaille. Ces gouffres d'horizons m'élargissent l'âme ». Il demande l'envoi d'un pantalon et d'un veston ne servant plus. 31 mai. Le colis annoncé s'est égaré : « On néglige fort, dans ces villes d'eau - les humbles vagabonds sacrés [.] Je mène l'reuvre d'une main harmonieuse et forte - avec une lenteur rapide ». 9 juin : « Comme je veux que ce soit à l'improviste que - soudain - la foudre sonne aux cloches attendez pour faire voler le silence [en] éclats d'avoir reçu le N° qui est là, tout prêt - gerbe de lilas spirituels dont les parfums profonds vont ravir les seuls anges ! » Il réclame le montant de l'abonnement. « La revue, dans cette 2e série va resplendir d'un éclat plus pur ». Il prie Segard de lui procurer un annuaire du Tout-Paris, « à cause de ma solitude où je termine la gde reuvre promise, mes 8 romans ». - Aix-les-Bains[juillet]. Il remercie pour l'envoi de son livre [Hymnes profanes], qu'il annoncera dans le n° 14 du Saint Graal : « Je vous remercie aussi pour votre abonnement. Sur la liste des abonnés votre nom succède à d'autres tels Frédéric Mistral et la plupart des meilleurs Poëtes du moment. Mais vous avez tort de ne pas comprendre que les 1er Nos si glorieusement héroïques, d'une revue qui n'a souci que de justice et de l'aspect éternel des choses, sont laborieux à lancer et que ces purs travaux sont cruels et trempent le front -sous le soleil tout rouge - de sueurs comme d'une rosée de diamants douloureux ! » Il réclame sa souscription (affiche-prospectus sur papier vert jointe). Aix-les-Bains 2 aout : « La Revue va brillamment. Outre les lettres des Miens et celles de la plupart des Maïtres toutes frissonnantes d'éloges, j'ai reçu de notre ami commun Georges Rodenbach une admirable page. Les lignes scintillent de sympathies et de pénétration. C'est une âme décidément bien fine et bien délicieusement mélancolique que celle de ce poète ! ». Il n'a pas reçu La Plume dans lequel on cite La Souffrance des Eaux. Il remercie pour l'abonnement : « Vous savez combien ces luttes sont précieuses et combien j'ai besoin d'être appuyé contre des creurs amis. Plus töt vous enverrez votre obole, plus vous aurez servi les intérêts des puissantes Muses aux tempes ombragées de cèdre ». 7 aout. Il a réclamé le paquet égaré, et demande un nouvel envoi de vêtements : « Je vous le répète : je suis nu comme un dieu ! et mes chaussures rongées par les boues brulantes d'été volent en lambeaux ». [Naples 18 septembre 1897] : « Les Vers Dorés se sont levés enfin comme un astre héroïque ! J'ai là un exemplaire sur Hollande pour vous à 10 frs. Ceci presse surtout, car toujours ma vie est prodigieuse et amère ». [Anzio 1er octobre] : « Malgré des prodiges, je me retrouve en un embarras cruel » ; il réclame l'envoi urgent de 5 francs. Nice 23 octobre. Il a revu Rome « en compagnie de l'ineffable jeune fille qui vient d'assumer le poids de mes amères et rayonnantes destinées. [.] J'aurai poussé si loin et si profondément mes torches sur les gouffres intérieurs de l'homme qu'une synthèse victorieuse prendra corps. Un nouveau signe d'art a lui », mais sa pauvreté persiste. Cannes 31 décembre [1897]. Il prépare le prochain numéro du Saint-Graal, et réclame un envoi de 10 fr. pour rassurer l'imprimeur. - Dans le n° 18, il consacrera une « page profondément réfléchie et mélodieusement sculptée » au livre de Segard Le Départ à l’aventure. - « La lecture de vos sonnets m'avait ans doute beaucoup ému car j'ai été emporté par le cours de mes réflexions sur vous. J'ai dit des choses solennelles et sincères peut-être. [.] Mon numéro est excessif et les caractères débordent. Cet imprimeur est un homme haïssable. Bref il me faut 10 francs de plus, je ne les ai pas et je ne puis retirer le N°. Votre talent est ici coupable ». [Puget-Théniers février 1899], au dos d'un bulletin de souscription pour le n°20 du Saint-Graal : il lui réserve un exemplaire de La Souffrance des Eaux « avec une hautaine et simple dédicace ». « Pauvre et cher Rodenbach ! La lutte est grave mais terrible o dors en paix, mélancolique ami ». Etc. On joint une page du Supplément de La Plume avec dédicace a.s. à Achille Segard (8 avril 1895, mauvais état).
Partager