Lot n° 302

Mikhaïl Bakounine. L.A.S., Locarno 6 octobre 1871, à « Mon cher ami et frère » ; 4 pages in-4 ; en français.

Estimation : 1500 / 2000
Adjudication : 2 000 €
Description
Longue et importante lettre sur l'Internationale, et à propos de La Théorie politique de Mazzini et l’Internationale. « Laissez-moi vous dire d'abord que je ne suis pas un des hommes influents, je ne suis qu'un simple et dévoué travailleur de l'Internationale. L'Internationale, tout en admettant tous les individus de bonne et d'honnête volonté, et tout en ouvrant à chacun le champ le plus large pour son expression et action personnelle, n'a point d'hommes proprement et surtout constamment influents. Les individus s'élèvent et disparaissent successivement en son sein comme dans la vie elle-même. Elle est proprement la vie, la vie immense du prolétariat qui s'organise spontanément en elle et par elle. La puissance de l'Internationale est toute collective, et beaucoup plus réelle et pratique que théorique et abstraite, les différentes théories qui naissent en son sein n'étant que des tentatives plus ou moins réussies de formuler les différentes phases de sa vie et de son mouvement réellement triomphant et progressif. Vous trouverez le développement de toutes ces pensées dans mon second opuscule. Et savez-vous que cet opuscule est devenu horriblement grand, 300 pages comme celle-ci, 15 fois plus long que le premier. J'espère que vous le trouverez tout de même intéressant. Mais son immensité même me suscite de nouvelles difficultés. Ici je ne trouve pas de traducteur, et vous pouvez bien penser avec quelle joie, quel bonheur j'accepte votre bonne et fraternelle proposition. Mais aurez-vous le courage, la patience et le temps de traduire une brochure de 300 pages, presque un livre, et songez que ce livre sera suivi au moins de deux autres livres pareils. [...] Réfléchissez, songez à vos propres travaux »... Il prévient : « J'ai l'écriture la plus malheureuse du monde ». Puis il expose son projet de faire imprimer sa brochure chez son ami James Guillaume à Neuchâtel, en français, et d'envoyer le texte feuille par feuille à son traducteur italien, Stampa s'il l'accepte, afin que le livre paraisse simultanément dans les deux langues. Quant à « la grande question financière [...] je suis pauvre comme Job, comme il convient d'ailleurs à un frère socialiste. Cela veut dire que je n'ai pas en mains, à cette heure, l'argent nécessaire pour couvrir les frais de l'impression de cette seconde brochure italienne. Ne pourrait-on pas, en l'imprimant d'abord à crédit, inventer une combinaison qui payerait ces frais d'impressions par sa vente. En supposant que nous imprimions 1000 exemplaires et que nous les vendions à 3 ou à 2 francs l'exemplaire comme on a fait beaucoup de bruit en mon nom, comme la brochure traite de questions actuelles, vivantes et brulantes, et comme enfin nous avons beaucoup d'amis dans différentes parties de l'Italie, au Midi, au milieu, aussi bien qu'au Nord, des amis qui ne se refuseront pas sans doute de se charger de cette vente, je pense que nous pouvons espérer qu'elle se vendra bien ; et alors nous pourrons non seulement couvrir ses frais d'impression, mais encore rétribuer le travail des traducteurs - puisqu'il s'agit d'une traduction de longue haleine qui demandera un sacrifice de temps considérable aux traducteurs, et parce que tout travail doit être rétribué au possible, selon le principe fondamental de l'Internationale. Ce qui restera en plus servira à couvrir les frais d'impression de la troisième brochure »... Il invite son ami, qu'on dit excellent financier, à en causer avec leurs amis Testoni, Bizzoni, Burbero et Gasparo Stampa : « je vous considère déjà tous comme des amis et des frères. Puis après avoir tout décidé, je vous laisse carte blanche »... Au reste, s'étant présenté au public italien sous les auspices du Gazzettino Rosa, il souhaite rester sous « la protection fraternelle et chevaleresque de l'ami Bizzoni. Seulement je ne veux pas que cette protection le ruine. Je ne pense pas que l'état de vos finances collectives vous permettent de donner gratis une brochure qui coutera si cher aux abonnés du Gazzettino »... Il envoie en français et en italien sa Réponse à l’Unità Italiana ; il en fera un appendice à sa seconde brochure, où la première brochure figurera aussi comme introduction. « Je serais bien content qu'elle fut immédiatement imprimée dans le Gazzettino Rosa, soit dans la feuille, soit comme appendice. Seulement il faudra la faire précéder de quelques lignes qui expliqueront au public, comment, faite depuis longtemps, elle n'apparatt qu'aujourd'hui. Quant à la rédaction, entre nous soit dit, je ne pense pas qu'elle soit parfaite »... Etc.
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