Lot n° 330

Guerre de CRIMEE. Pierre-Marc BESSON (1815-1871) général ; il servit en Algérie, en Crimée et en Italie, fut fait prisonnier à Sedan et fut tué à l'attaque du pont de Neuilly contre la Commune. 186 L.A.S. (10 non signées), 18541857, à son...

Estimation : 12000 / 15000
Adjudication : Invendu
Description
oncle M. Besson à Mantes ; 477 pages in-4 ou in-8, nombreux en-têtes de l'Armée d’Orient, la plupart avec adresse et cachet Armée d’Orient.
Importante et très intéressante correspondance sur la guerre de Crimée, et remarquable témoignage sur le siège de Sébastopol, par le chef d'escadron puis lieutenant-colonel Besson, chef d'état-major par intérim de la 3e division (Prince Napoléon) de l'Armée d'Orient en Crimée, puis de la 2e division (général Camou) du 2e corps, et après le Traité de Paris (30 mars 1856) commissaire français pour la délimitation de la nouvelle frontière russe en Bessarabie. Numérotées par leur destinataire (il manque une trentaine à la série), ces lettres constituent un remarquable témoignage sur le vif, par un officier doté d'un franc-parler. Ecrites à un rythme soutenu -tous les 5 jours en moyenne -, illustrées de plusieurs plans, elles sont pleines de détails militaires : rapports des chefs (Saint-Arnaud, Canrobert, le Prince Napoléon, Pélissier, Yusuf) ; ravages du choléra ; pertes alliées et ennemies ; travaux du génie et de l'artillerie ; interférence des conditions météorologiques ; chevaux, canons, vivres, fourrages, états sanitaires, recompenses et promotions ; rumeurs, etc. Nous ne pouvons donner ici qu'un rapide aperçu de cette abondante correspondance. 1854. Bivouac d’Iéni Keuï, à une lieue de Varna 8 juillet. Il a débarqué à Varna, a vu les généraux Canrobert et Bosquet, et a été présenté au Prince ; il apprend le turc et l'anglais... Description de Constantinople... 18juillet. Mission de reconnaissance à Balchik, petit port de la mer Noire ; le sol et la végétation de la Bulgarie sont magnifiques, mais les habitants misérables, à cause de la domination turque. Le général Yusuf est chargé d'organiser les Bachi Bouzouk en spahis... Kosloudji 25 juillet. Situation des trois premières divisions. « Notre général paraït prendre sa position très philosophiquement. Il a pour lui beaucoup de sang-froid et un très grand désir de voir les Russes. Le Mal [de Saint-Arnaud] le traite peu princièrement et le Prince le lui rend en ne s'occupant pas du Maréchal »... Bazardjik 28 juillet. Description des ruines de ce « grand village de 10,000 âmes aujourd'hui désert et à moitié détruit par les Bachi Bouzouk », qui n'épargnent pas plus les Turcs que les Bulgares... Nouvelles des mouvements de troupes turques et russes, d'après des officiers anglais arrivés du Danube... léniKeuï4 aout. Ravages du choléra... 9 aout. Précisions sur le choléra, division par division. Cette quinzaine « nous diminuera de plus de 6000 h. dont 3000 ne paraïtront plus. C'est comme si nous avions livré une bataille »... On manque de médicaments, d'opium, de vin, et « je doute que nous puissions réussir à Sébastopol avec les 40 à 50 000 h. que nous sommes en état de fournir, les Anglais et les Français réunis »... 15 aout. Le premier aide de camp du général autrichien de Hess est venu demander au Maréchal de « marcher sur la Valachie où les Autrichiens, dit-il, sont entrés »... 24 aout. Précisions sur leur prochain embarquement pour Sébastopol : troupes, vaisseaux, marins, canons... 29 aout. Mésentente entre le Prince et le maréchal... Rade de Balchik 3 septembre. Sévère critique des insuffisances de l'intendance... Crimée 16 septembre. Récit du débarquement, situation de l'armée, et estimation des effectifs russes à Sébastopol et Kaffa. Il faudrait pour gagner « une tête unique », française, anglaise ou turque ; le mal provient du défaut d'unité dans le commandement. Le maréchal étant « incapable de supporter la moindre fatigue, je voudrais nous voir sous les ordres de lord Raglan », comme d'ailleurs la masse des officiers français... Alma 20 septembre. Récit et bilan de la bataille de l'Alma, leur « 1ere affaire », où il commandait 4 compagnies de tirailleurs d'avant-garde, « de mamelons en mamelons » jusqu'au sommet de la cote... Au camp de la Tchernaïa 27 septembre. Situation de sa division après une marche sur Balaklava... 3 octobre. Le port de Kamiech sert de base d'opérations : on y débarque des munitions et des vivres. Précisions sur les corps d'armée des généraux Forey et Bosquet... Sous Sébastopol 7 octobre. Presque tout le matériel est arrivé au camp : « demain le 1er coup de pioche - le 12 sans doute le feu sera ouvert et le 15 la ville sera à nous »... 12 octobre. Toujours au même point, le terrain étant fort mauvais... 17 octobre. Le feu a été ouvert à 6 h % du matin, et éteint à 9 : « 3 de nos petits magasins avaient sauté, deux poudrières russes en avaient fait autant - et toute la journée notre batterie a été battue par les boulets russes sans pouvoir répondre »... Mauvaise coordination de la flotte. « Un chef un chef - voilà ce qui nous manque »... 23 octobre. Récit de la reprise des combats, plan à l'appui ; détails de l'artillerie, mort du gouverneur russe de la ville, emploi des forçats comme soldats ; pertes dans les rangs alliés... 27 octobre. Progrès insignifiants. « Revers » des Anglais lors d'une « charge commandée mal à propos » [la brigade légère de Lord Cardigan] : « 400 cavaliers sur 500 sont restés [...] - nos chasseurs d'Afrique ont dégagé les 100 qui sont revenus »... Hier, sortie de 4 000 Russes, surpris par les Anglais qui les ont ramenés « l'épée dans les reins jusqu'aux portes de la ville où nous serions entrés si nous avions été à leur place »... 3 novembre. Ils avancent « à pas de taupe », sous terre, et les Russes se défendent fort bien, surtout avec leur artillerie ; chiffres des coups de canons et des pertes... Plan des opérations, avec le fossé présumé des Russes... Perspective d'un second siège... 8 novembre. Longue lettre détaillant l'échec des attaques, l'infériorité des effectifs alliés, une affaire « chaude » le 5 au matin (croquis en marge) ; bilan des pertes... Le Prince part malade pour Constantinople ; « il est remplacé par l'homme le plus irrésolu que je connaisse »... 18 novembre. Récit saisissant d'un ouragan : baraques et tentes renversées, transports endommagés... 22 novembre. On dit qu'Omer Pacha offre les 15 000 Turcs actuellement à Varna : « Les accepterons-nous ? Nous sommes 100,000 h. matelots compris et nous ne faisons et ne pouvons rien faire »... 3 décembre. « Il nous arrive chaque jour 1000 h., nous en renvoyons 250, reste au plus 750. Dans 2 mois nous aurons les 40,000 h. annoncés. À cette époque nous serons fermés dans la presqu'ïle de manière à n'en sortir que bien difficilement »... 17 décembre. La fin semble plus éloignée que le premier jour : « de la vapeur, beaucoup de vapeur et nous réussirons. Les renforts, les tentes, les sabots, les planches, n'arrivent pas. Tout cela est à Constantinople attendant des remorqueurs [...]. Depuis le commencement des opérations le siège se fait avec 20,000 h. [...] Les Anglais sont réduits à rien »... 25 décembre. « Nous sommes dans la boue jusqu'au cou [...]. Le bois manque et avant huit jours il faudra faire des distributions pour la soupe. Il n'y a plus ni arbre ni buisson dans la Chersonèse, on brule des racines quand on en trouve »... 1855. 5 janvier. Il insiste sur leurs besoins de vêtements, d'équipement et de mulets ; toujours pas de signe de vie du Prince à Constantinople... 8 janvier. Tableau sombre de leur situation : « nous pouvons durer ainsi 30 jours, plus, je ne le crois pas »... 15 janvier. On a 900 « congelés » et 24 morts par jour... 19 janvier. Il est officier de l'ordre du Medjidié... 9 février. L'attaque de la tour Malakoff est résolue, et le général Bosquet a demandé à Besson d'être son major de tranchée... 16 février. Ils commencent par établir une batterie à 1800 mètres de la tour Malakoff... 19. « L'ennemi travaille plus que nous »... 23. Les Russes viennent de construire un retranchement vis-à-vis de leur parallèle... [26]. Échec d'une tentative des zouaves pour détruire ce retranchement... 19 mars. Récit des embuscades russes traversées « pas toujours très heureusement »... Le rude travail du major de tranchée... 31 mars. L'enlèvement des tués russes et français a eu lieu le 24 : « 400 R. et 65 fr. ont été enlevés. Les officiers R. nous ont avoué avoir fait les plus grandes pertes. J'estime à plus de 1500 leurs tués ou blessés - c'est 3 pour 1 des notres »... 9 avril. Ouverture du feu à 5 h. du matin : 450 bouches à feu approvisionnées à 700 coups en moyenne... 14 avril. Démolition par l'artillerie des ouvrages russes les plus proches, alors que les batteries de la pointe du redan du Malakoff et du Mamelon vert se portent à merveille. « Nous avons par jour 30 hommes touchés plus ou moins gravement. Le Gal Bizot a reçu une balle à l'oreille »... Lui-même a été contusionné lorsqu'un obus lui a « rasé la tête »... 21 avril. Ils ne bougent plus : « notre feu est presque nul (20 coups par pièce et par jour) et néant en fait de travail du génie. 15 tués ou blessés en moyenne »... Timide sortie, le 19, d'Omer Pacha et ses 20 000 Turcs... 1er mai. « Nous continuons à perdre nos hommes et nos officiers sans résultats probables. 100 par jour font 3000 par mois. [... ] Nous attendons les 80,000 h. promis il y a 5 jours par le Gal en chef. Il les a promis pour le 10 mai ! Où sont-ils ? Nous ne prendrons pas Sébastopol avant d'avoir pris la Crimée [...] et nous ne prendrons pas la Crimée avec ce que nous avons »... 4 mai. Détails du succès de l'attaque dirigée par le général Pélissier dans la nuit du 1er, et de mouvements de troupes... 8 mai. Plan commenté des défenses et redoutes autour de Sébastopol... 15 mai. Les 15 000 Piémontais sont débarqués avec 60 pièces : « d'ici à 15 jours nous pourrons bien avoir 80 à 90,000 h. à présenter aux R. en rase campagne avec 10,000 chevaux et 300 pièces de canon, tout en gardant nos tranchées »... Fortification de Kamiech... Il a reçu une lettre « du Prince N. La paix est faite »... 22 mai. Pélissier remplace Canrobert... 26 mai. Succès de la sortie sur la droite de la Tchernaïa sous le commandement de Canrobert ; bilan des pertes ; envoi d'une affiche du spectacle du 20 à la division (pièce jointe)... 2 juin. Préparation de l'assaut général : « Dans 3 ou 4 jours réouverture du feu sur toute la ligne - épuisement de nos munitions - puis assaut. [...] Nous ferons le Mamelon Vert et les ouvrages blancs »... 8 juin. Annonce de la prise du Mamelon Vert et de deux ouvrages blancs, le 7 au soir... 12juin. « Nous ne profitons pas assez de notre succès du 7. Cette journée nous a couté près du 1/3 de l'effectif présent des 2e et 3e Dons et les 2/3 restants sont éreintés par les gardes et le travail »... 16 juin. Plan de la nouvelle attaque franco-anglaise contre Malakoff, le Redan du Carénage et la pointe... 18 juin. Récit de l'attaque : « Mayran et Brunet tués - 5000 h. hors de combat et échec complet »... [26 juin]. « Les Anglais placés immédiatement à notre gauche semblent ne rien faire. Faute d'un chef unique nous ne réussirons pas. Puisqu'on ne peut pas s'entendre à ce sujet qu'on fasse la paix »... 30 juin. Lord Raglan est mort du choléra et les nouvelles divisions souffrent 20 à 25 décès par jour... 7 [juillet]. Feu soutenu de l'artillerie russe. Malgré de grosses pertes, « nous avançons sensiblement. Notre parallèle la plus avancée est de 200 à 250 m de la ligne formée par le redan du Carénage et Malakof »... 14 juillet. Désormais distants de 150 à 180 mètres, leurs pertes s'élèvent à 80 ou 90 tués et blessés par jour... 4 aout. Départ de Canrobert, d'autant plus regretté que son successeur, Pélissier, est devenu « inabordable et intraitable »... 11 aout. « De nouvelles batteries s'entreprennent »... Croquis avec Malakoff, le Redan et le Mamelon vert... 14[aout]. Les Russes ont commencé un pont de bateaux de 1200 m pour relier le fort du Nord à la ville... 18 [aout]. Échec de la marche des Russes sur Balaklava... 21 aout. Surprise des officiers russes faits prisonniers devant la faiblesse des troupes ennemies... 28 [aout]. Les Français sont à 40 m du fossé de Malakoff, au prix d'environ 20 tués, 50 blessés graves et 60-70 « égratignures » par jour. Le pont de radeaux sur la baie est terminée... 31 [aout]. Notre artillerie a le dessus, mais les Russes font une nouvelle enceinte à Malakoff. « Ils nous envoient quantité de petites bombes qui nous font beaucoup de mal »... 4 septembre. Sur la prise prochaine de Sébastopol : « Ferons-nous usage de notre formidable avril. « L'armistice est prolongé »... 8 avril. Les camps russes sont « de véritables bouges », et selon des officiers miliciens russes venus dïner avec eux, ils ont « énormément souffert de toute manière »... 12 avril. Détails sur les embarquements et départs ; en attendant, nouvelles courses au monastère Saint-Georges... 19 avril. Revue des troupes par le maréchal : environ 65 000 hommes sous les armes, dont mille décorés ou médaillés de la veille... 29 avril. Il a reçu l'ordre de partir pour Constantinople : « je me rendrai à Galatz (Moldavie) pour représenter la France dans la commission de délimitation de la nouvelle frontière R. en Bessarabie »... Constantinople 5 mai. Séjour à Constantinople ; évocation folklorique des bains et notamment des dames musulmanes ; pourparlers diplomatiques... Galatz 18-22 mai. Particularités de la Moldavie, province turque particulière, et de son « grand village » ; sa mission... 28 mai. Visite à Ibraila (Valachie)... 8 juin. Départ ce matin pour Bolgrad pour les travaux sur le terrain... Bolgrad 16juin. Problème de l'emplacement de cette ville : le Traité de Paris ne s'accorde pas avec la réalité cartographique... Akerman 21 juillet. Ils se chamaillent pour des niaiseries, et les cabinets donnent des instructions contradictoires... Turcs et Russes s'opposent à la perte d'une lieue de terrain afin de brouiller l'Angleterre et la France avec l'Autriche... 2 aout. La commission « ne marche pas. Les Russes et les Turcs ne sont pas plus raisonnables les uns que les autres », et le Prince Stourdza les aura retardés : « Il joue le grand militaire et le grand travailleur n'entend rien à rien, et mène cependant son chef, le 1er commissaire, Dervich Pacha »... 14 aout. Ils vont enfin commencer la pose des marques de bornage... 31 aout. La question de Bolgrad est loin d'être résolue... Bolgrad 10 septembre. Ils remonteront le Yalpoukh jusqu'à Gora Sartsika, puis ils iront à Pruth... Kichinev 16 octobre. Après Iassi (le 11), évocation de cette ville de 1812. 3 décembre. La question d'Orient n'est pas encore commencée, parce qu'il n'y a rien en Orient pour remplacer l'Empire turc qui s'en va. « Les grandes Puissances se disputeront ses dépouilles [...]. Le traité de Paris et 20 Turcs grands seigneurs et buveurs de champagne n'empêcheront pas les choses de marcher »... 1857. Jassi 4 janvier. La difficulté de Bolgrad est levée ; il partira pour Kichinev avec la nouvelle ligne à tracer ; en 45 jours ils auront placé le dernier poteau... Kichinev 28 février. Inquiétudes sur la remise du territoire à la Moldavie : « Le gouvr de Jassi, ou mieux le caïmacan, poussé par la Turquie et l'Autriche fait tout ce qu'il peut pour retarder l'époque où cette opération pourra se faire »... Du reste, les provinces moldo-valaques « deviennent forcément indépendantes », et les deux caïmacans perdront leur position, alors que leur intérêt est le statu quo établi depuis 4 siècles par les Turcs... 8 mars. Le comte Strogonoff, gouverneur général de la nouvelle Russie et de la Bessarabie, est arrivé d'Odessa pour présider à la remise du territoire cédé... 29 mars. « On parle ici de fixer définitivement la frontière entre l'Autriche et les Provinces Danubiennes (200 lieues de longueur en montagne) »... Jassi 13 avril. « Enfin ! C'est fini ! Et j'ai quitté la Russie ! [...] il a fallu lutter à Kichinev presque aussi fort qu'en Crimée »... On joint une L.A.S. de J. Balland, commandant aide de camp du maréchal Bosquet, à M. Besson ; et 2 autres L.A.S. familiales.
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