Description
montées sur onglets et interfoliées de papier vélin, le tout relié en un volume petit in-4 plein maroquin aubergine janséniste, dos à cinq nerfs, filets de coupes et dentelle intérieure dorés, tranches dorées, couv. factice impr., étui (G. Mercier, succr de son père, 1932).
Très belle et affectueuse correspondance à une autre poétesse, co-directrice et rédactrice, avec son mari, Juste Olivier,de la Revue Suisse, avant de s’établir à Paris ; la « chère Olivier » (1803-1879) y devint la confidente des soucis et des chagrins de Marceline. Nous ne pouvons donner ici qu’un rapide aperçu de cette . 29 mars 1842, au sujet de la réponse de l’éditeur Picard (pour le manuscrit de Madame de Flers de Caroline Olivier) et des « frais de l’impression du volume qui devrait être payé si cher si nous ne vivions pas à une époque bien étrange »... Orléans 19 juillet 1842. Elle regrette son absence : « j’aurai partout de la douceur à me retracer votre charmant visage et votre nom doux et honoré ». Elle évoque leur ami Sainte-Beuve, « pour vous porter la part de mon cœur d’où vous ne serez jamais effacée. Je désire aller un jour à Rome pour Rome ; quant à la Suisse, Madame, je désire y aller pour vous. Genève nous a reçus en nous criant : à bas les Français. Mais je suis sûre que votre douce voix de montagne ne nous dirait pas : à bas les amis ! »... Paris 11 juin [1845]. Charmante évocation du fils de sa correspondante. Puis elle dit ses inquiétudes pour son mari Prosper Valmore après la faillite de l’Odéon : « Nous sommes déçus, et jusqu’à l’Odéon, où nous avions essayé du moins d’attendre l’avenir, l’Odéon nous ferme tout asyle, et nous nous en allons, sans savoir où »... 19 juillet. « On dirait que Paris se rétrécit à force qu’il s’emplit peut-être il n’a pas une place possible pour nous [...]. Le rêve pur et profond que j’avais fait relativement à vous est mort [...]. Qu’il vous suffise de savoir que nous n’avons trouvé d’appui nulle part, que nous nous en allons forcément en septembre »... 21 novembre. Elle s’enquiert de la santé du fils de son amie... 6 février 1846. Demande de précisions au sujet du cabinet de lecture de la rue Dauphine… « Rien ne change pour nous, rien ne s’éclaire »... 17 novembre. Lettre pathétique alors qu’elle est au chevet de sa fille Inès (qui mourra le 4 décembre) : « Mon cœur se referme sur toutes ses terreurs. Non – je ne ferai participer personne à de telles angoisses, vous les devinez trop. [...] On ne peut que ramper jour par jour, nuit par nuit sous cette tâche […] Mon cher mari absent souffre aussi beaucoup »... 6 janvier 1847. Sur les Chansons lointaines de Juste Olivier : « J’ai lu les chants et l’âme de votre cher Olivier. Que de perles fines et que de larmes secrètes dans ce précieux recueil ! […] C’est Dieu qui visite ma consternation. […] Notre position est très entravée – je n’ai pas de servante et je fais le ménage. Mes forces sont épuisées. […] Notre bien aimée Ondine fait tout le courage qu’elle peut […] plus elle est tendre et charmante, plus je redoute pour elle l’influence de ma douleur intime »... [12 ? janvier]. « Tout se hérisse de tristesse. Pourtant qu’un vray rayon vous entre au cœur ! » : son fils Hippolyte est admis comme fonctionnaire au ministère de l’Instruction publique. 23 janvier. La nomination d’Hippolyte est un « événement auquel Monsieur de Salvandy a mis une grâce de cœur qui en double le prix. Il est vrai que dès long-tems Monsieur Ste Beuve avait préparé ce bon vouloir »... Elle n’a toujours pas d’appartement… « Mon cher mari dans son exil, lit et relit sans relâche l’Imitation, et rien ne peut le résigner à vivre sans nous ! ni moi, sans lui ! »… 27 mai. Demande de service pour de vieux meubles entreposés chez Mme Henriette Geille. « J’ai vu hier notre Ondine charmante et courageuse. Quelle fermeté d’âme avec l’air d’un enfant ! On l’adore dans l’heureuse maison qui la possède [l’Institution Bascans]. Mais quoi pour l’avenir ? »... Mardi soir [25] janvier 1848. Elle a bien eu quelques amis heureux, mais elle n’en a plus : « Les uns sont aussi touchés d’infortunes, comme nous les autres ont trouvé que c’était bien triste d’en être témoins. Le chagrin que j’en ressens n’est pas énergique, je suis trop accablée pour cela, mais c’est un étonnement mêlé à ces larmes intarissables qui font que ma vie est si changée ! changée comme l’univers où je ne reconnois plus rien »... [24 février]. « Sommes-nous vivans ? Un mot qui me calme, je vous en prie, femme bien aimée. Mon cœur s’élance de toutes parts. […] Tout cela s’est fait comme entre ciel et terre. Dieu soufflait ! »... 25 juin : « J’ai rêvé de vous toute la nuit si troublée ! Vos images traversent toutes ces scènes de douleur »… 3 septembre « Après avoir pressé de mes lèvres maternelles le nom de Mickiewicz je me décide péniblement à vous le rendre, […] et ce trésor rentrera dans vos mains »... 9 septembre. Compte rendu des démarches d’Hippolyte en faveur de Juste Olivier au ministère, et en vue du « plan » de M. Carnot ; Léon Halévy recommande de faire appuyer la demande par Sainte-Beuve et Jean Reynaud... 14 septembre. Une suite positive sera donnée à la demande de J. Olivier ; mais « les paroles d’Hippolyte m’échappent, car tout ce qui est d’administration et de science me rend stupéfaite »... 27 juin 1849. Elle n’a rien reçu de sa part, et elle a perdu un ami d’enfance : « les genoux tremblent sous tant de douleurs »... 16 octobre 1849. « Je vous envoie le précieux fragment [...]. Gardez ce trésor qui n’eût été souhaitable que si deux volontés réunies me l’eussent destiné »... 20 octobre, à propos des Anges de la famille : « J’ai une ombre d’espoir pour le livre d’enfans. Si vous pouvez m’envoyer le manuscrit, ce serait bien m’obliger »... [Novembre]. Ondine a été très malade et reste faible. « J’ai eu sur elle un grand saisissement. Son bon frère ne sort qu’à sept heures de son coin du cabinet. [...] Mon cher mari reste là tout enveloppé dans sa mysanthropie, et moi je glisse au milieu de tous comme leur humble servante »... 22 juin 1850. « J’ai besoin de vous voir et de vous embrasser pour le charmant conte de Rêveuse »... 7 juillet 1850. Bénédictions pour sa bonté, et gratitude pour l’amitié de Sainte-Beuve : « c’est là pour moi une émotion plus vive, plus vraie, plus durable que tout le reste. Amitié ! Que tu es belle ! »... 14 janvier 1851, sur le mariage de sa fille Ondine avec Jacques Langlais. « Ondine mariée ! Ondine Madame suivant sa tendre raison, c’est ce que j’osais souhaiter en moi-même comme une consolation divine. Vos larmes montent chère amie. Que les fruits en retombent sur cette chère créature. Ce changement si prompt, si imprévu de tous met notre petit coin dans un tel tumulte que je sais une chose seulement en vous l’écrivant, c’est que je vous aime de tout mon cœur qui bat d’un étrange étonnement »... 14 janvier 1852. Elle remercie son amie de son « charmant courroux », « pour le refus que l’on vous a fait de mes Pointes d’aiguille. N’en ayez ni surprise ni honte [...], il n’y a jamais rien à opposer au libraire qui vous dit, “Cela ne me convient pas” »... 5 mai. Mort du petit Marcel Langlais (après la mort en avril d’Arnold, le fils de Mme Olivier) : « Je réponds à vos larmes par un triste cri. Le petit enfant de ma bien aimée Ondine s’est en allé hier... Nous sommes brisés pour elle, pour vous pour nous ! – J’y passe mon tems – impossible d’aller vers vous. – Les barricades sont bien sombres ! »... 20 novembre. Après un séjour chez son gendre et sa fille : « qu’ignorez-vous à présent des peines de la vie ? [...] Une plume fait peur quand elle ne sait pas mentir – et il m’est impossible d’appuyer sur tout ce que j’ai à vous dire, parce que j’ai vraiment besoin de me taire, et de concentrer mon courage »... 21 février 1853. Après la mort d’Ondine : « supplice accompli ! [...] Je rampe à genoux dans les ténèbres et pareille à vous, mère poignardée, les plus étranges terreurs m’étreignent. [...] j’ai en dedans des cris vers Dieu pour qu’il arrête ! »... 1er décembre 1855. Explications pour démentir une rumeur répandue par Mélanie Waldor : « Ne croyez donc pas, si l’on vous en fait l’éloge ou le blâme, que j’aie inventé d’écrire au Moniteur de vers contre Monsieur Victor Hugo. Il est exilé, c’est-à-dire sacré pour moi. Quand il ne serait pas le grand poète de plus, je n’ai jamais rien fait contre personne. Ce qu’il y a de douloureux dans la similitude des noms c’est que je reçois toutes sortes de lettres à ce sujet, les unes de louanges les autres de mépris et d’indignation »... 27 juillet [1856]. Récit d’interventions et de démarches auprès d’Henri Patin et du frère de Gustave Planche en faveur du fils de son amie, Édouard… 29 novembre 1856, en faveur d’une couturière qui voudrait « apprendre parfaitement à couper avant de retourner en Pologne pour s’établir […] J’avais placé cette jeune Dominika chez la princesse de Monaco qui en était charmée, mais la jeune fille a voulu de préférence à tout se perfectionner dans l’art des robes »… De nombreuses autres lettres traitent de recommandations ou de démarches en faveur de domestiques, artisans, couturières, malheureux, qui témoignent du cœur plein de bonté de Marceline… On a relié à sa place chronologique une belle L.A.S. d’Ondine Langlais, en réponse aux condoléances sur la mort de son bébé. À la fin du volume, on a monté une série d’articles de Jacques Patin dans Le Figaro sur cette correspondance (avril-mai 1930), et divers documents. On joint une copie de l’époque du poème de Marceline L’aveu permis. Ex-libris Jules et L. Le Roy.