Description
Journal du siège de Paris. [Pendant le siège Touchard a commandé un secteur de l’enceinte de Paris, et fut délégué, du 12 au 20 février 1871, au ministère de la Marine.] Les grandes pages sont remplies d’une petite écriture. Nous ne pouvons donner qu’un bref aperçu de ce très intéressant témoignage inédit. 14 septembre 1870 : « Je voudrais fixer ici quelques souvenirs de cette époque douloureuse – une des plus douloureuses de notre histoire militaire et nationale. L’ennemi s’approche, dans deux jours il sera sous les murs de Paris. Bazaine avec son armée est bloqué dans Metz. [...] Aujourd’hui les forces réunies dans Paris s’élèvent à 350 mille hommes environ, à savoir 180 mille gardes nationaux sédentaires, 100 mille mobiles et 70 à 80000 hommes de l’armée. […] La marine a dans la défense de Paris une belle part. 6 forts, 3 à l’est, Romainville, Noisy, Rosny ; trois au Sud, Montrouge, Bicêtre et Ivry », dont Touchard détaille les forces… « C’est le 4 7bre, un Dimanche, que s’est faite la révolution qui – sans coup férir – sans une goutte de sang répandue – a renversé l’empire. J’y ai assisté du ministère de la marine, à une des fenêtres du cabinet. [...] Que faisaient les Princes ? Depuis la déclaration de guerre, ils s’étaient retirés à Bruxelles, quittant en hâte la terre allemande »... Ils avaient demandé à servir, mais avaient été repoussés… 6 septembre, sur les hésitations de Fourichon avant d’accepter le ministère de la Marine… 18 septembre, l’ennemi est signalé aux environs de Paris… 19, combats au Sud sur les versants de Meudon, et au Nord à Saint-Denis… 20, bilan du combat de Clamart… 23, détails sur les travaux de fortification… 26. « Pauvre Paris ! pauvre France ! les voilà séparés, mais ils restent unis de cœur, plus unis que jamais. Les départemens organisent leurs forces »… Mais Paris ne peut faire qu’une « défense locale », et il faudrait « une armée de secours pour Paris », où les princes d’Orléans auraient leur rôle à jouer… 29, montée à Montmartre et à l’observatoire du Dr Gruby, « transformé en observatoire militaire »… 8 octobre, départ de Gambetta en ballon… De nombreuses entrées exposent l’état d’esprit des Parisiens, des remous causés par des agitateurs, l’écho des dépêches de Gambetta ; Touchard raconte dans le détail les reconnaissances poussées contre l’ennemi ; il s’inquiète de l’action des Princes… 21, visite de l’Hôtel de Ville, et des appartements privés du « satrape » Haussmann, puis des appartements de l’Empereur et de l’Impératrice aux Tuileries… 31, nouvelle de la chute de Metz. 2 novembre, émeutes et « tentative révolutionnaire » à Paris : « Le mot d’ordre c’était la Commune ! »… 5, commentaires sur les élections, et les rumeurs d’armistice… 15 novembre, bilan de « 58 jours de siège traversés par bien des luttes au-dedans comme au dehors »… 21, nouvelles des succès de l’armée de la Loire, portées par les pigeons… 24. Touchard raconte sa vaine tentative pour être « garde national ; visite d’un baraquement… Il souffre de son rein malade, et ne peut plus suivre son régime : « Plus de viande fraîche, sauf celle de cheval qui n’est distribuée qu’avec une rigoureuse parcimonie. Depuis 6 ou 7 semaines, la ration de bœuf ou de mouton était fixée à 50 gr. par jour ; c’était bien peu, mais on avait des légumes verts en abondance et le beefsteak de cheval, ou plutôt le horsesteak venait combler l’insuffisance du bœuf », et les légumes deviennent rares ; le gaz va être supprimé… 29 : « La lutte est engagée – elle a commencé cette nuit. » ; bataille de Champigny, sous les ordres du général Ducrot… 7 décembre, bilan des cinq jours de combats. 8, la vaillante conduite de son fils Charles… 10, incidents avec des officiers prussiens prisonniers sur parole… 13, échange de prisonniers… 16, arrivée de pigeons avec des dépêches… 21, nouvelles des Princes qui seraient dans les armées de secours… 22, bataille du Bourget…27, froid terrible ; « le sentiment public commence à tourner contre Trochu »… 31, évacuation du plateau d’Avron ; « le parti du désordre, le parti prussien cherche à exploiter cet incident »… 6 janvier 1871, reprise des bombardements prussiens… 12, panique à propos du pain… 19, mesures de rationnement ; enterrement du fils de l’amiral Saisset… 23, récit détaillé de la répression du soulèvement de la veille, « triste et criminelle échauffourée »… 26, convention d’armistice et ordre de cesser le feu… 4 février, Touchard se porte candidat en Seine-et-Oise… 8, élections ; démission de Gambetta… 11, « les électeurs de Seine et Oise n’ont pas voulu de moi » ; Fourichon lui offre « la délégation au ministère de la Marine, qu’il accepte… 12, il s’installe dans ses nouvelles fonctions… 26, il quitte le ministère intérimaire, alors que l’armistice expire à minuit… 28 février : « Les préliminaires de paix ont été signés le 26. C’est ce jour-là qu’expirait l’armistice. Demain 1er mars l’armée allemande entrera dans Paris »... Émeutes ; Touchard réussit à faire évacuer la caserne de la Pépinière envahie par les émeutiers… 3 mars, relation de l’entrée des Prussiens dans Paris… 15, manifestations et tentatives d’insurrection ; l’Assemblée va s’installer à Versailles… 19 : « La lutte est engagée. Dès 4h du matin, le mouvement des troupes avait commencé. Quelles étaient les dispositions prises ? Je l’ignore – Mais, on avait occupé sans coup férir les hauteurs de Montmartre et de Belleville – partout on était maître des canons »... ; triomphe de l’insurrection ; les troupes mettent la crosse en l’air ; le sang coule, des gendarmes et des généraux sont arrêtés… 20 : « Voilà Paris aux mains d’une bande », qui fait main basse sur tout et débute par le « double assassinat commis de sang-froid » des généraux Lecomte et Thomas… « Le gouvernement a quitté Paris. Les ministres sont partis dans la nuit. Les troupes et le matériel ont suivi »… 22, appel du Comité central à l’élection de la Commune de Paris ; protestations et mouvements divers… 29 : « Hier la Commune a été proclamée avec salves d’artillerie et revue de la garde nationale »… 1er avril : « Nous sommes à Versailles ! Charles est venu hier nous enlever »... Vive critique de la Commune qui veut « une révolution politique et sociale »… 4, récit de la « triste bataille de Châtillon » contre « un ennemi plus redoutable que l’ennemi extérieur »… 8, tentative manquée d’entrer dans Paris par le pont de Neuilly et la porte Maillot… 10, le commandement de l’armée confié à Mac Mahon ; vive critique de l’évacuation de Paris, « une déroute »… 16, jugement sur Cluseret, « le dictateur militaire de l’insurrection »… 30, élections municipales dans toute la France, sauf Paris… 7 mai : « Le canon, toujours le canon ! »… Arrestation de Cluseret, remplacé par Rossel… La femme de Touchard est allée passer deux jours à Paris… 22, récit de l’entrée des troupes dans Paris… 25 : « Quel effroyable désastre. Paris brûle [...] Où allons-nous ? Encore si les deux grands partis monarchiques étaient unis ! Mais le malheureux manifeste du Cte de Chambord a mis à nu nos dissidences, a ravivé les défiances sinon les rancunes »... 26 : « L’insurrection refoulée partout se retire en allumant l’incendie dans tous nos monumens »… 28 : « C’est fini, le dernier repaire de cette insurrection sauvage est emporté, la Villette et les buttes Chaumont sont au pouvoir de l’armée »… 12 juin, retour à Paris… La dernière entrée, 10 juillet, commente longuement les élections législatives. Le « sentiment populaire oscille incertain et comme ahuri ; au 8 Février, il voulait la paix et il s’est jeté vers les hommes qui lui ont paru les plus propres à la sauvegarder contre les tentatives désespérées d’une résistance à outrance ; au 2 juillet, on lui a fait craindre une réaction monarchique et légitimiste et une guerre pour la restauration du pouvoir temporel, il a voté contre la réaction [...] me voici éconduit pour la 2e fois, j’en ai fini avec la vie politique ! »...