Description
les calottes polaires ajoutées. Exceptionnelle paire de globes de parquet, terrestre et céleste, exécutés et publiés à Rome par Matthæus Greuter, considéré comme le tout premier grand fabricant de globes italiens. Rarissimes premières éditions à la date de 1632 pour le globe terrestre, et 1636 pour le globe céleste. D’une taille de 49 cm de diamètre, ce sont les plus grands globes fabriqués par Matthæus Greuter, qui a également réalisé des globes de 26,5 centimètres. Pour les exécuter, l’auteur s’est fortement inspiré des globes de 68 centimètres conçus par Blaeu en 1622, auxquels il a apporté des modifications. Le globe terrestre, dédié à Iacobo Boncompagno de Bologne, arrière-petit-fils du pape Grégoire XIII, est orné de quatre cartouches écrits en latin : un cartouche contenant un texte de présentation du globe « In ista quam exhibemus terreni globi descriptione omnium regionum iuxta et insularum quotquot hactenus ab Argonautis tam Lusitaniæ [...] Matthæus Greuter Auctor ANNO MDCXXXII » ; un cartouche de dédicace « Ill.m et Excellent.^ Principi D. Iacobo Boncompagno [...] Matthæus Greuter humill obseqij ergo DD », orné en tête des armoiries du dédicataire ; et deux cartouches, dont l’un contient des notes sur la détermination des longitudes, orné d’un globe et de deux personnages. Greuter se distingue de Blaeu en omettant de reporter les lignes loxodromiques ou lignes de rhumbs destinées à guider les navigateurs, et ne les mentionne pas dans le cartouche de présentation. Sans doute ne considérait-il pas son globe terrestre comme un instrument de navigation. Il a par ailleurs effectué ce que l’on peut considérer comme une mise à jour importante en faisant figurer, au nord du Japon, l’île de Yezo, actuelle Hokkaido, dont il aurait eu connaissance grâce à Christophoros Blancus, auteur de la première carte européenne du Japon représentant cette île, publiée à Rome en 1617. Ce détail échappe à Blaeu jusqu’en 1643, date du voyage de l’explorateur hollandais Maarten Gerritszoon de Vries en mer d’Okhotsk. Greuter serait donc le premier à faire figurer sur un globe l’île japonaise d’Hokkaido. En revanche il a respecté la plupart des informations géographiques du globe de Blaeu : bien que peu détaillée, la Nouvelle- France figure la ville de Québec, et le Saint-Laurent prenant sa source dans un lac, qui, d’après l’emplacement, serait le lac Ontario, lui-même juxtaposé à une immense étendue d’eau occupant l’emplacement des quatre futurs autres Grands Lacs de la région. Greuter aurait bénéficié des travaux de son contemporain Samuel de Champlain, et particulièrement de sa carte de la Nouvelle-France imprimée en 1632. A l’instar de Blaeu, Greuter a repris le toponyme de Nieu Nederland à l’emplacement de l’actuelle New York, que Blaeu fut le premier à utiliser sur une carte. Ce toponyme volontairement écrit en néerlandais servait à illustrer les revendications territoriales des Hollandais dans cette région. Conformément aux connaissances de l’époque, la Californie est représentée comme une île, tandis que l’Australie est appelée Olanda Nuova. Pour les noms des régions de l’Ancien Monde, et pour les mers, Greuter a utilisé le latin, mais il nomme l’Atlantique Mar del Nort et le Pacifique Mar del Zur, tandis que pour le Nouveau Monde, il a utilisé l’espagnol ou le portugais, parfois même l’anglais, le français, le hollandais ou la langue originaire de la région portant le nom. Pour ce qui concerne la décoration, les mers sont ornées de nombreux vaisseaux, monstres marins, roses des vents, et d’une représentation de Poséïdon jouant de la harpe en chevauchant un monstre marin et d’une sirène sonnant une conque marine. Pour accompagner son globe terrestre de 1632, Greuter prépare un globe céleste de mêmes dimensions, qu’il édite en 1636. Il se base à nouveau sur les globes de Willem Blaeu de 1622, mais aussi sur les observations de l’astronome danois Tycho Brahé, et leur rend hommage dans le cartouche de présentation : « In hoc cælesti Globo notantur omnes stellæ fixie, ad annum 1636 accomodatæ q iuxta observatione nob. viri Tychonis Brahæ in max. illo. Jansonij an. 1622 edito [...] ROMÆ 1636 M. Greuter exc. permissu superior » (Toutes les étoiles de ce globe céleste sont fixées pour l’année 1636 et positionnées conformément aux observations du noble Tycho Brahé, telles que représentées sur l’œuvre [le globe] extraordinaire de Jansson [Blaeu] , éditée en 1622 [...]). Pour représenter le nombre de degrés de longitude à ajouter ou à soustraire aux étoiles afin de rendre compte, au fil des décennies, de la précession des équinoxes, Greuter a simplement recopié un texte de Petrus Plancius. Les étoiles observées par le navigateur Pieter Dirkszoon Keyser (latinisé en Petrus Theodori) autour du Pôle Sud, sont également reportées. Le cercle équatorial, les tropiques, les cercles polaires, les équinoxes, les colures des solstices, l’écliptique et les méridiens sont tous représentés. Hormis les constellations traditionnelles attribuées à Ptolémée, et celles récemment découvertes dans l’hémisphère Sud, notamment par Frederik de Houtman, le globe figure également deux constellations découvertes par l’astronome allemand Jakob Bartsch, toutes deux absentes chez Blaeu : Camelopardalis (la Girafe) et Unicornis (la Licorne). Le globe céleste de Greuter diffère aussi de celui de Blaeu par l’addition, au sein de Ursa Maior, d’une ancienne représentation de cette constellation, nommée Plaustrum. Les constellations sont finement dessinées et coloriées, avec leurs noms en latin. Né à Strasbourg en 1556, Matthæus Greuter étudia d’abord la peinture et la gravure. Au début du XVIIe siècle, il quitta Avignon pour Rome, où il put mettre à profit son métier de cartographe et de graveur. Au même titre que Vincenzo Coronelli ou Giovanni Maria Cassini, ses globes lui apporteront une immense notoriété, et rencontreront du succès tout au long du XVIIe siècle, notamment grâce aux rééditions de Giovanni Giacomo et Domenico de Rossi.Aujourd’hui, les globes du XVIIe siècle ayant survécu, sont généralement extrêmement rares. En 1921, Edward Stevenson, cartographe à la Hispanic Society of America, recensait 27 paires des premières éditions des globes de Greuter de 49 centimètres, auxquelles on doit ajouter celle du Musée Stewart de Montréal, et 12 exemplaires isolés de l’un ou l’autre globe. La grande majorité de ces exemplaires se trouve dans des institutions italiennes. Nous n’avons trouvé aucun exemplaire à la BnF, et à notre connaissance, il n’existe aucun exemplaire dans les collections publiques françaises. Les globes sont montés sur pieds tripodes en bois tourné fin XIXe, avec équateur et équinoxial en bois (hauteur totale 1,35 m environ, largeur totale 70 centimètres environ), et ne sont pas reliés à l’équinoxial. Ils présentent 2 pièces de bois permettant de les monter sur leur équinoxial formant un axe qui passe par les pôles pour le globe terrestre, et est incliné pour le rendre perpendiculaire à l’orbite sur le globe céleste. Trous de ver (essentiellement sur le globe céleste) avec parfois de petites pertes de papier ; vernis jauni. Pour le globe terrestre, trace d’ouverture circulaire près du Pôle Nord, vernis craquelé par endroits, petit trou au niveau de l’équateur (sur la côte nord du Brésil). Pour le globe céleste, trace d’enfoncement comblé au plâtre au niveau du montage de l’axe, trou comblé au plâtre au niveau de l’équateur (entre Orion et la Licorne). Dahl, Edward H., et Gauvin, Jean-François. La Découverte du monde. Une histoire des globes terrestres et célestes. 2001. pp. 81-86 ; Stevenson, Edward Luther. Terrestrial and celestial globes. 1921. Volume 2. Lot présenté par Madame Bégonia Le Bail 13, rue Frédéric Sauton 75005 Paris Tél. : 01 43 29 72 59