Lot n° 19
Sélection Bibliorare

Germaine TILLION (Allègre 1907- Saint-Mandé 2008) Résistante, Ethnologue, Directrice d'étude à l'E.P.H.E. puis à l'E.H.E.S.S. Entrée au Panthéon en mai 2015. Note autographe signée, datée lundi 28 janvier [1958] à [Carmen ROY]...

Estimation : 1 000/1 500 €
Adjudication : Invendu
Description
accompagnant un tapuscrit de 14 pages 21x27 cm concernant Saadi YACEF et Zohra DRIF.

(petite fente au pli d'1 f.)
"Le document que je t'envoie ci-joint je te prie de le lire, de ne le communiquer à personne et de le conserver dans un lieu sûr.// Il t'expliquera pourquoi je t'ai si peu écrit (et je te dois cette explication) - // affectueusement // G. Tillion
Les gens dont il est question sont en péril de mort et seul le silence peut les sauver _____ car j'obtiens ainsi qu'on ne les juge pas. // D'autre part il ne faut pas risquer de gêner mon gouvernement qui est dans une situation excessivement difficile. _____ entre des problèmes exigeants et peu conciliables."
Le document joint est le récit des entretiens que Germaine Tillion eut le 4 juillet et le 9 août 1957 avec M. Saadi YACEF et Mlle Zohra DRIF. Récit consigné pour le cas où elle serait empêchée de témoigner. Germaine Tillion en avait fait "trente exemplaires qu['elle] avai[t] remis à la garde d'amis possédant ma confiance". Celui-ci a été envoyé à son amie ethnologue Carmen Roy.
Dans ces pages, G. Tillion fait un bref rappel de sa mission scientifique en Aurès en qualité d'ethnologue, son retour à Paris en mai 1940 et la mise sur pied aussitôt son retour d'une organisation de résistance : "réseau Musée de l'homme Hauet-Vidé" dont elle fut l'unique survivante. Arrêtée et déportée en 1942, elle est rapatriée en France en 1945. Elle fit ensuite une mission en Algérie de mars 1955 à février 1956 à la suite de laquelle elle publie L'Algérie en 1957. Elle y "expose le processus d'effondrement des pays sous-développés et où [elle] conclut sur la nécessité absolue pour l'Algérie de vivre en symbiose économique avec la France."
"En écrivant cette brochure, j'avais souhaité attirer l'attention de l'opinion musulmane sur l'extrême danger que présenterait pour l'Algérie une indépendance illimitée et inconditionnelle".
Les entretiens avec Saadi Yacef sont une conséquence de cette publication. Lors de ces échanges, G. Tillion fait part de son pessimisme dû à l'équivalence des forces en présence. Il est question des tortures et des attentats. "Le terrorisme est la justification des tortures aux yeux d'une certaine opinion. Aux yeux d'une autre opinion, les tortures et les exécutions sont la justification du terrorisme. C'est un cercle parfait dont il est impossible de sortir". Saadi Yacef s'engagera à ce que les attentats ne fassent plus de victimes civiles, mais les exécutions vont continuer.
A l'occasion du 3ème procès de Saadi Yacef, ses avocats qui détenaient ce texte, le communiquent à la presse. Le texte entier fut publié par l'Express. Germaine Tillion le publie enfin dans Les Ennemis complémentaires. Paris, Ed. de Minuit, 1960, où il occupe les p. 33 à 66 dans le chapitre intitulé "Témoignage pour un condamné à mort". Saadi Yacef fut condamné à mort en 1958, la grâce générale accordée par le général de Gaulle, lors de son élection à la présidence de la République lui sauva la vie.
Carmen Roy, 1919-2006, Poéte et Ethnologue canadienne.
Saadi YACEF (Alger, 1928) chef du F.L.N. et Zorha DRIF (Tissemsilt, 1934) militante du F.L.N.
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