Description
Laeken, Ostende, Bruxelles, Compiègne, Ramsgate, Neuilly, "Tuileries", etc. 1831-1861.
61 lettres autographes signées, de 1 à plusieurs pp., 9 enveloppes conservées. Avec une table des lettres ajoutée.
Dates : 1831 (3 lettres), 1832 (4), 1833 (1), 1834 (5), 1835 (10), 1836 (15), 1841 (2), 1842 (2), 1846 (1), 1849 (1), 1856 (1), 1861 (1), s.d. (15). Sous chemise en plastique, dans une farde in-4°. De Muelenaere (Flandres, 1794-1862), que le Roi tenait en bonne estime pour son patriotisme, son bon sens et son respect des lois bien qu'il lui reprochât parfois trop de raideur ou de prudence, commença son ascension politique en 1824. Il fut élu membre du Congrès national en 1830 et fut nommé trois fois Ministre des Affaires étrangères (du 24-7-1831 au 18-9-1832, du 4-8-1834 au 13-12-1836 et du 13-4-1841 au 5-8-1841), siégea au gouvernement de Flandre occidentale et à la chambre des représentants pendant 18 ans. Dans cette correspondance qui devait être presque quotidienne, Léopold Ier emploie un ton direct et use de propos structurés afin de travailler de façon cohérente avec son ministre. Elle est parfois décousue car étalée sur 30 ans mais plus de la moitié des lettres couvrent les années 1832-1836 et traitent donc essentiellement des années du mariage de Léopold, des conséquences de la Campagne des Dix-Jours (traité de non ingérence hollandaise dans les affaires belges, retrait des Hollandais du territoire belge, libre navigation de l'Escaut, etc.), du respect du traité de la Conférence de Londres (indépendance juridique et de fait de la Belgique), des négociations du pouvoir royal avec la Constitution, etc.
Plusieurs lettres démontrent la complexité des tactiques parlementaires ou diplomatiques.
En politique intérieure, plusieurs thèmes sont récurrents : la méfiance de Léopold Ier face à la presse, les négociations du pouvoir royal et la Constitution, le désir absolu d'avoir l'exclusivité des arrêtés royaux pour les nominations et démissions de ministres, non ingérence du législatif avec l'exécutif, etc., le tout subordonné au jeu de pions nécessaire pour faire avancer ses idées.
En politique extérieure, le jeu de nominations des ambassadeurs à divers postes est récurrent, la vigilance vis-à-vis des Pays-Bas aussi, plusieurs lettres de 1836 et après font allusion indirectement à la politique matrimoniale du souverain et plus particulièrement au mariage de son neveu avec Doña Maria de Portugal.
Relevons quelques passages importants, par année : 1831 : il demande à de Muelenaere de prendre le ministère de l'Intérieur, aidé par Teichmann, tout en gardant en intérim les Affaires étrangères; il estime "inconstitutionnel" que le législatif s'immisce dans les affaires de l'exécutif à propos de nominations par la Chambre et il rappelle "aux ministres [...] que des branches d'administration ne sauraient être supprimées sans que la chose soit préalablement soumise à ma décision".-- 1832 : "Mon mariage a eu lieu hier voilà une importante affaire terminée [...] Mon premier objet a été d'empêcher que la Conférence fusse un traité avec la Hollande, mon second d'obtenir la libre navigation de l'Escaut [...] Nous devons [...] rejeter toute condition qui nous serait onéreuse"; il énonce ses idées et tactique pour l'obtention de non ingérence hollandaise dans les affaires belges, le retrait hollandais du territoire belge et la libre navigation de l'Escaut sans autre droit que ceux de pilotage et balisage. Quant aux Hollandais, "Vous pourriez bien écrire à Goblet et V. de Weyer que si le Roi Guillaume veut nous accorder ce qui est raisonnable, nous sommes tout disposé à transiger avec lui d'une manière qui lui sera satisfaisante" (28 août).-- 1834 : arrangement avec Cockerill pour la construction du chemin de fer vers l'Allemagne; maintien de la sanction contre Huart et mutations militaires (dont nomination du général Goblet); attribution du gouvernement d'Anvers à Lebeau et du Hainaut à Rogier, affaire des postes entre Douvres et Ostende, jeu de pions entre divers généraux pour divers postes (Evain/Goblet), opposition aux nominations de Huart et Ernest pour diriger l'armée.-- 1835 : problème avec le comte Joseph de Baillet qu'il veut renvoyer pour incompétence; contacts avec le duc de Wellington et Metternich; maintien du poste de Vilain XIIII à Rome; transfert de l'évêque de Tournai à Namur; attention pour la "loi du coton" à Gand qui "est la seule des grandes villes dont la Révolution ait en partie ébranlé le commerce. Il faudrait leur assurer le marché intérieur"; séjour parisien où "je me trouve en quelque sorte dans un centre politique"; suite à une remarque de la France, il demande de surveiller "nos faits & gestes dans le Luxembourg [...]" (à propos du chemin de fer ?); récompenses à accorder à des diplomates ou aux signataires de son traité de mariage (Franciso d'Almuyda, baron de Carlovitz, baron de Stockman); allusion à certaines nominations diplomatiques.-- 1836 : allusion aux nominations, soutenues par de Muelenaere et Léopold, de Coghen et Meeus (administrateurs de la Société Générale) comme ministre d'état et auxiliaire bien que de Theux y soit opposé... et dénouement de cette affaire le 12 déc. (le lendemain DM démissionne) : "J'ai vu ce soir M. de Theux, je l'ai trouvé véritablement affligé [...]. Pour le bien du pays, je le trouve désirable que des relations tolérables soient maintenues entre vous deux [...]. J'ai dit à M. de Theux que je vous avais chargé de rédiger des arrêtés de titres de noblesse pour Meeus et Coghen que je ferais publier plus tard. Voilà bientôt 6 ans que je vous connais je vous ai toujours porté les mêmes sentimens [...]"; éventuel séquestre des actions de Guillaume de Hollande, d'actions, souscriptions, redevances, de la Société du Luxembourg, de la Caisse d'état; les élections communales ayant eu lieu et "comme le choix des individus est la chose principale je désirerai que le Conseil soit réuni et je vous engagerais de venir à Bruxelles"; mariage de son neveu avec Doña Maria de Portugal; moyennant indemnités, le général Goblet va de Londres au Portugal, pays que l'Angleterre "a pris le plus spécialement sous sa protection" et qui servirait à assurer un lien avec la Belgique quelque soit le parti politique au gouvernement or "vous savez que le parti conservatif en Angleterre n'aime nullement la Belgique [...]. L'Angleterre est pour la Belgique un Allié précieux car elle seule peut la protéger contre des ennemis [...] Il est [...] d'une importance vitale pour nous de multiplier les liens qui nous unissent".-- 1841 : congé pour Vilain "XIV" de la délégation de Berlin; il ne veut pas abandonner Gand "qui s'attache aux cotons" car ce serait "dangereux".-- 1842 : à propos de la loi communale, il fait appel à de Muelenaere pour parler de "manière sage et impartiale" à la Chambre des représentants : "on cherche à dénaturer comme toujours, l'objet qu'on a en vue. Sans une commune [...] tolérablement organisée [...] je ne comprends pas l'existence de la Belgique. Si elle a l'intention de continuer à exister politiquement son premier devoir est de se défendre contre l'anarchie; s'il règne l'ordre dans la Commune isolée, nous aurons aussi de l'ordre dans l'ensemble du pays; si au contraire nous avons du désordre dans les Communes [...] l'Europe verra la Belgique avec une juste défiance [...] Ce n'est donc pas une question de tel ou tel parti, c'est une question de possibilité d'existence politique" (13 mai).-- 1849 : il regrette la démission de DM dont il aurait besoin pour régler diverses questions : "Depuis près de dix huit ans Vous avez pris une part active aux destinées du pays, Vous en êtes un des plus anciens Ministres et Vous n'avez pas cessé un jour de lui rendre service, de contribuer à son bien être, et de consolider son existence politique. Dévoué comme je vous ai toujours trouvé à la gloire et à la prospérité de Votre pays, vous devez être fier de la position politique de la Belgique au milieu de catastrophes et de bouleversements, on doit le dire, sans exemple dans l'histoire. L'avenir de la Belgique est un glorieux avenir, me paraît tout à fait assuré, et le bon sens et la patriotisme des populations me parait une garantie complète des agitations intérieures, qui seules pourraient amener sa ruine" (7 mars).
JOINT : (1). JUSTE, Th.- Le comte de Muelenaere. Brux., Muquardt, 1869, x-102 pp., in-8° br. Une dizaine de lettres de la correspondance sont citées dans cette biographie, mais non sans quelques erreurs.-- (2). Correspondance entre l'archiviste général du Royaume et Mme de la Croix d'Ogimont (3 lettres) afin de récolter des archives des descendants de Muêlenaere.-- (3). Portrait lithographié de Muêlenaere, "Député de la flandre Occidentale aux États Généraux, Chevalier de l'Ordre Royal du Lion Belgique", âgé d'une trentaine d'années. 47 x 35 cm à vue, sous vitre et cadre mouluré doré (forte mouill., papier bruni).