Lot n° 469

Louis GARNERAY (1783-1857) peintre de marines et dessinateur, marin et corsaire, et littérateur. 3 manuscrits autographes ou en partie autographes, Le passage des tropiques, Voyage de traite, et Variétés de la justice humaine ; 6 cahiers...

Estimation : 1 200 / 1 500
Adjudication : Invendu
Description
cousus petit in-fol. de 306 pages (mouillures, salissures, bords effrangés, déchirures avec petits manques).{CR}

Manuscrits de travail pour les souvenirs de voyages et mémoires du marin et corsaire Garneray. [Les récits de Garneray furent publiés en feuilleton au cours de l’été 1851 dans La Patrie, et la même année dans Le Panthéon populaire illustré, 6e série, livraisons 6-12, sous le titre Voyages de Louis Garneray, peintre de marines : aventures et combats illustrés par l’auteur, et livraisons 113-116, sous le titre Captivité de Louis Garneray. Neuf années en Angleterre. Mes Pontons. Il a laissé d’autres « souvenirs maritimes ».]{CR} Le passage des tropiques, manuscrit autographe (cahier de 40 p. avec de nombreuses ratures et corrections et quelques béquets). Récit du passage de la ligne, mettant en scène l’auteur, « pauvre Parisien novice », et les marins Kernau et Beaulieu, personnages récurrents dans les mémoires de Garneray. À l’approche du tropique du Cancer, l’excitation gagne tout l’équipage, et il est « grandement question des néophites qu’il s’agissait d’initier »... Récit haut en couleurs des cérémonies de baptême, présidées par « le père tropique »…{CR} Voyage de traite, de la main d’un secrétaire avec corrections et additions autographes (4 cahiers de 45-65-67-38 p., numérotés 1, 3, 4, 5 et paginés 1-47 [mq 33-34], 83-147, 148-213 et 214-252, 2 petits croquis). Le titre primitif, raturé sur la page de titre du premier cahier, était Le Gaillard d’avant. Marqué au crayon rouge « 8ème publication », ce manuscrit a fait l’objet de commentaires et d’annotations d’une autre main, au crayon (probablement par un rédacteur de revue) : « Rien », « abréger », « Commencement véritable » (au cours du chap. 3), « à garder », « à revoir », « demande des explications », « Comprends pas bien : c’est diffus », « Cette tempête et cet épisode durent deux jours », « Combien vaut la piastre à Zanzibar ? », etc., ainsi que de coupures et passages biffés au crayon. Néanmoins la majeure partie du texte fut reprise, remaniée, dans les Voyages de Louis Garneray, dans les chapitres 17 à 21 qui racontent l’embarquement des Africains, leur rébellion à bord, le naufrage de la Doris et l’arrivée des Européens survivants sur la côte orientale de Zanzibar. Ce drame qui, dans la version publiée, voit le sauvetage d’une centaine de « créatures humaines » parmi les captifs « malheureux », se déroule plus simplement dans la version manuscrite : après avoir feint l’intention d’embarquer tout le monde, la plupart des Européens prennent le large dans un canot de sauvetage, alors que des Noirs « se précipitèrent en foule à la mer pour nous envahir conjointement avec ceux qui y étaient déjà nous poursuivirent à une grande distance au large et là, trahis par leur force, accablés par le désespoir ils se noyèrent tous sous nos yeux. C’est de ce point que nous pûmes envisager avec terreur, tout ce que la position de nos camarades entassés pelle-mêle avec la plus faible partie de la traite sur le flanc du négrier, avait d’épouvantable et de désespérant. Chaque lame emportait avec elle des femmes, des enfans qui ne reparaissaient plus. Qu’on se figure les écoutilles béantes vomissant par bouffées les cadavres des malheureux tombés dans le faux-pont au moment de la catastrophe et ces cadavres déchirés, sanglans, quelquefois enlacés l’un à l’autre couverts d’écume et disparaissant dans le choc des flots, [...] ou bien encore le désespoir du reste de ces captifs d’élite, vigoureux et libres de leurs mouvements, redressant leurs têtes humides, fendant l’eau de leur large poitrine pour rallier notre frêle esquif toujours insaisisable pour eux, et venant s’offrir d’eux-mêmes à la voracité des requins, [...] alors on comprendra comment le trépas de ces hommes quelqu’affligeant qu’il fût était encore une consolation pour nous, puisqu’il garantissait la sécurité de nos compatriotes abandonnés et la nôtre »... Malgré la noyade des Noirs « les plus redoutables », ceux du canot n’osent entreprendre d’assurer la survie des Européens restés sur le navire. Dans la version publiée, la décision d’abandonner des camarades ne se prend qu’à l’issue d’efforts et de débats raisonnables sur la probabilité d’un retour rapide, un marin resté sur la Doris les renvoie intrépidement avec des couplets d’opéra-comique. La version manuscrite est plus sommaire, le chant de bravoure paraît « d’une trivialité bien étrange »...

Ce manuscrit comprend une Préface, et les chapitres suivants :
1 Quelques mots sur la traite,
2 Physionomie du navire négrier,
3 La Doris,
4 Première traversée,
5 Séjour à Oïve,
6 Seconde traversée,
7 Zanzibar,
8 Appareillage,
9 Pêche d’un requin,
10 Une révolte,
11 Suites de la révolte,
11 Naufrage,
12 Dans le canot,
13 Séjour des naufragés du canot sur la côte orientale de Zanzibar,
14 Excursions dans l’île de Zanzibar (la fin manque).

Variétés de la justice humaine, manuscrit autographe (cahier de 51 p.). épisode de la captivité de Garneray sur le ponton Protée (1806-1814) ; ce texte ne semble pas avoir été repris dans Mes pontons. Il s’agit du vol de pain, parmi les captifs, et du tribunal « régulier » constitué à en juger...

On joint
•un manuscrit en partie autographe (35 p., mauvais état), et qqs ff. épars ; plus •une lithographie d’Auguste Garneray.
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