Il était important de comprendre le contexte politique et littéraire des premières impressions publiées à Jersey et à Guernesey. Les année de ses débuts jusqu’au XIXe siècle. imprimés contre-révolutionnaires publiés hors de France entre 1789 et 1802. Au cours de cette période, j’ai effectué un important travail de collecte dans les fonds de la Bibliothèque nationale de France (BnF), de la British Library de Londres, ainsi que dans divers fonds publics et privés.

Impressions publiées à Jersey et à Guernesey.
« Le Soleil de l’ile de Jersey » Journal édité par Philippe Mourant : du 17 novembre 1792, au 30 juin 1798.
Il donne de précieux renseignements sur l’île, et les mouvements des émigrés y demeurants. D’aprés Charles Hettier, un certain Totivin, prêtre émigré, y travaillé. (Hettier, page 169 et 396, et d’Argens éd. de l’an.7. pages 150.)
A Jersey, de l’imprimerie de Francis Jeune, (1795 à 1798.),
Ref : B. de la Société Jersiaise.; Inc.Cat.B.N.; Inc.Cat.Brit.Mus.;
Dans les Comptes rendus des séances de la Société guernesiaise pour 1935 (p. 275), on peut lire :
« En 1785 parut le premier journal, La Gazette, qui reparut en 1791. »
Aucune source reconnue ne permet toutefois de confirmer cette date, ni d’établir avec certitude l’existence d’une publication antérieure à 1789. Je ne peux m’empêcher de penser que le désir de rapprocher les débuts de la Gazette de Guernesey de ceux de la Gazette de Jersey est à l’origine de cette affirmation. Aucun exemplaire antérieur au n° 1 du 8 janvier 1791 n’a été retrouvé. Cette gazette paraissait chaque samedi, sous le même format que celle de Jersey, au même prix et selon les mêmes modalités. À ses débuts, elle publia principalement des nouvelles de l’étranger ainsi que des informations relatives aux événements de la Révolution française. Favorable aux idées révolutionnaires, elle accordait en revanche peu de place aux nouvelles locales. Guernesey se montra d’ailleurs, dans les premiers temps de la Révolution, un peu moins favorable aux personnes émigrées que Jersey.
Dès le 24 décembre 1791, la Gazette de Guernesey engagea une vive polémique journalistique avec la Gazette de Jersey, en publiant une lettre particulièrement virulente à l’encontre des aristocrates de Jersey.
À la suite de mes recherches, je trouvai dans la Gazette de l’île de Jersey (journal hebdomadaire publié du 5 août 1786 au 26 février 1814 ; Jersey, imprimerie de Francis Jeune, notamment pour les années 1795-1798) plusieurs articles particulièrement intéressants.
Dans le numéro du 2 février 1793 figure l’annonce de l’exécution du roi Louis XVI, accompagnée d’un récit des événements. Le numéro du 11 mai annonce qu’une messe sera célébrée pour le repos de son âme et précise que le discours prononcé à cette occasion par l’abbé de Châteaugiron sera publié le 14 mai et mis en vente : « Comme cette pièce est de toute beauté… le public sera sûrement satisfait de la voir. »
Le numéro du samedi 20 juin 1795 fournit également des renseignements sur les mouvements du corps d’émigrés du régiment des Cadres du Trésor engagé dans l’expédition de Quiberon.
Références : Bibliothèque de la Société Jersiaise ; Catalogue de la Bibliothèque nationale ; Catalogue du British Museum.
Je découvris également Le Magazin de l’île de Jersey, journal mensuel relatant les principaux événements de l’île. Il fut publié d’octobre 1784 à juillet 1785 en dix numéros, avant de cesser sa parution à la suite d’un procès provoqué par une cabale politique.
Publié et imprimé par Mathieu Alexandre, qui deviendra par la suite éditeur de la Gazette de Jersey, ce périodique présente un intérêt tout particulier. Son dernier numéro, daté de juillet 1785, fournit de précieux renseignements sur les déplacements de Philippe d’Auvergne, prince de Bouillon, qui apportera, à partir de 1794, une aide précieuse aux personnes émigrées. Il organisa notamment une flottille stationnée à Gorey afin d’assurer la défense de l’archipel, sa protection ainsi que l’organisation de la correspondance royaliste avec les côtes de Bretagne et de Normandie.

Le Magazin de l’île de Jersey, imprimé à Jersey par Mathieu Alexandre d’octobre 1784 à juillet 1785, in-4°, publication mensuelle.
J’ai également relevé plusieurs collections conservées dans différentes bibliothèques :
- Catalogue de la bibliothèque Priaulx (Guernesey) : années 1791, 1792 et 1793, en deux volumes.
- Bibliothèque Guille-Allès (Guernesey) : années 1791 à 1793, 1806 et suivantes.
- Collection J. P. Warren : numéro du 8 janvier 1791 ainsi que plusieurs livraisons comprises entre 1828 et 1896.
- Bibliothèque nationale de France : la tête de collection manque (JO.9536 ; mars-septembre 1849, LXI, n° 9-13, 15, 33-35 ; avril 1890, XCIX, n° 14, série générale n° 6942).
- Catalogue du British Museum : collection incomplète.
Je tiens enfin à exprimer toute ma reconnaissance aux personnes qui m’ont généreusement communiqué de précieux renseignements : Mesdames Lori-Ann Foley et Sally Coffin, bibliothécaires de la Société Jersiaise, à Saint-Hélier (île de Jersey) ; Monsieur H. Tomlinson, conservateur en chef de la bibliothèque Priaulx, à Guernesey ; Monsieur J. H. Lenfestey, archiviste en chef du Guernsey Island Archives Service ; ainsi qu’à la personne responsable du Guernsey Art Gallery and Museum, à Saint Peter Port (Guernesey).
Adresses des imprimeurs de Jersey et Guernesey
- J. A. CHEVALIER ET MAUGER. (Imprimeur et éditeur, à Saint-Peter Port, à Guernesey.)
- Il édite et imprime la Gazette de l’île de 1791 à 1800 et au-delà. Puis, en 1796, il imprime pour l’abbé Coulon, grand vicaire de Nevers et prédicateur ordinaire du Roi, son Discours prononcé à la réception de 18 chevaliers de Saint-Louis… etc. … à Guernesey, le 31 mai 1796. Son atelier se trouvait au 328, rue de la Fontaine.
- DE CARTERET ET Mc. LERAN. (Imprimeur et éditeur, à Saint-Peter Port, Guernesey.)
- Il édite et imprime la « Gazette de l’île de Guernesey« , à ses débuts en 1791. Son atelier se trouvait rue Foret, puis Cornet-Street.
- MATHIEU, ALEXANDRE. (Imprimeur et éditeur, à Saint-Hélier, Jersey)
- Il imprime et édite d’octobre 1784 à Juillet 1785, le journal « le Magasin de l’île de Jersey« , puis la Gazette jusqu’au 10 mai 1787.
- GEAO ANGOT. (Imprimeur et éditeur, à Saint-Hélier, Jersey)
- Il édite et imprime la « Gazette de l’île de Jersey« , de mai 1787 jusqu’au mois de septembre 1797.
- JOHN STREAD. (Imprimeur et éditeur, à Saint-Hélier, Jersey)
- Il édite et imprime la Gazette, de septembre 1797 à février 1814.
- FRANCIS JEURE. (Imprimeur et éditeur, à Saint-Hélier, Jersey)
- Il édite et imprime le journal le Soleil de Jersey, de 1795 à 1798
Imprimeurs et libraires de Londres et divers lieux
- WHITE. G. (Imprimerie à Twickenham.)
- La ville de Twickenham se situe à l’ouest de Londres. Aujourd’hui, elle est surtout connue pour son stade de rugby à XV. Au XVIIIᵉ siècle, ce n’était qu’un village qui devait sa notoriété à l’écrivain Horace Walpole (1717-1797), ami et correspondant de Madame du Deffand, propriétaire du magnifique domaine de Strawberry Hill.
- Le nom de Twickenham est également lié à la famille d’Orléans. Louis-Philippe, ses frères, ses enfants et ses petits-enfants y trouvèrent refuge de 1800 à 1807, puis de nouveau après 1848.
- En 1816, G. White y imprima le récit de la captivité à Marseille (1793-1796) du duc de Montpensier, frère de Louis-Philippe, futur roi des Français. Référence : Guide de Londres, Michelin, 1989.
L’imprimerie Cox, Fils et Baylis fut parmi les plus importantes de Londres avant et après la Révolution.
COX, FILS ET BAYLIS (Imprimerie à Londres)
L’imprimerie Cox, Fils et Baylis fut parmi les plus importantes de Londres avant et après la Révolution. Nous la trouvons toujours en activité au milieu du XIXᵉ siècle. Imprimerie attitrée de la Compagnie des Indes, Edward Cox avait le privilège de posséder la presse que Benjamin Franklin utilisa lorsqu’il était jeune ouvrier typographe à Londres, chez Watts, en 1725. Celle-ci fut achetée en 1771 par Cox, qui l’utilisa jusque dans les années 1830, avant de la vendre à la Société de philosophie de Philadelphie, où elle se trouve encore de nos jours.
C’est après 1785 que Cox s’associa avec Thomas Baylis, car nous trouvons ce dernier dans la liste des imprimeurs de Londres conservée à Guildhall Library, tandis que l’imprimerie figure sous le nom propre de Cox : « Cox Edward, printer, Queen-Street, Lincoln’s Inn Field ». La fusion des deux noms débuta probablement vers 1792 ou 1793, car on ne trouve pas la mention « Cox, Fils et Baylis » sur des impressions antérieures à ces dates.
L’imprimerie se trouvait dans le quartier de Holborn, au 75 Great Queen Street. La rue était l’une des plus anciennes et des plus réputées sous le règne des Stuart, rue préférée de l’aristocratie, où habitaient des écrivains, des artistes et des scientifiques. Non loin de là habitait Mgr de La Marche, organisateur du Comité d’aide aux émigrés.
Great Queen Street aboutissait sur l’une des places les plus vastes de la capitale, Lincoln’s Inn Fields, dessinée en 1618 par Inigo Jones. On y trouvait de nombreux hôtels particuliers, notamment ceux du duc de Newcastle, du marquis de Lindsey, etc. De nos jours, cette place reste le plus vaste square de Londres. Son collège d’avocats était déjà cité dans les guides du XVIIIᵉ siècle.
Imprimerie spécialisée dans la langue française, elle fut l’un des lieux de rencontre intellectuelle et littéraire du monde de l’émigration. On y rencontrait fréquemment Jean-Gabriel Peltier, Chateaubriand, Mgr de La Marche, le comte Joseph de Puisaye, etc.
Au début de 1804, Edward Cox père se retira de la responsabilité de l’imprimerie pour la transmettre à son fils. Elle passa alors sous le nom de J. L. Cox, comme on peut le voir sur la couverture du journal de Peltier, L’Ambigu, pour les mois de février et mars 1804.
L’imprimerie, qui marqua le monde de l’émigration à travers ses nombreuses productions, cessa son activité au début des années 1830 ou 1840. Ses ateliers existaient encore en 1851, puisqu’une gravure de l’imprimerie publiée dans The Lady’s Newspaper témoigne de leur existence à cette date.
L’immeuble ne fut détruit qu’au début du XXᵉ siècle, en 1904, lors du percement de Kingsway et de Remnant Street. Ainsi finissait le témoignage d’une époque de troubles et de luttes. Il est certain que de la presse de Benjamin Franklin sortirent de nombreux ouvrages destinés à défendre une cause perdue.
Nombreux livres imprimés à Londres et vendus chez des libraires de la ville.






DEBOFFE était très populaire au sein du monde de l’émigration londonienne.
DEBOFFE, J. (Libraire et éditeur à Londres)
J. Deboffe, originaire de Suisse, était très populaire au sein du monde de l’émigration londonienne. Il fut, pour Chateaubriand, le conseiller et l’éditeur de sa première œuvre, Essai sur les Révolutions.
En 1803, lors du procès opposant le Premier Consul Bonaparte à Jean-Gabriel Peltier, accusé d’avoir porté outrage à sa personne dans son journal L’Ambigu, Deboffe fut lui aussi accusé d’avoir vendu et diffusé les exemplaires de ce journal jugé diffamatoire. Condamné par défaut, il reprit néanmoins son activité de libraire.
La librairie était située dans le quartier de Soho Square, au 7, Gerrard Street, où se trouvait la taverne de « La Tête d’Or », lieu de réunion du club littéraire de Londres, à proximité de l’église Notre-Dame de France. De nos jours, cette rue est principalement occupée par des restaurants chinois.
Les renseignements concernant la fin de l’activité de la librairie sont peu nombreux, ses archives ayant été détruites en 1940 lors des bombardements.
Essai sur les révolutions de Chateaubriand et le Journal l’Ambigu de Peltier


Liste ou catalogue des ouvrages se trouvant à la librairie J. De BOFFE située dans le quartier de Soho Square, au 7, Gerrard Street, où se trouvait la taverne de « La Tête d’Or », lieu de réunion du club littéraire de Londres


BAKER, SAMUEL (libraire à Londres)
Fondateur de Sotheby’s à Londres au XVIIIᵉ siècle. En 1736, il ouvre à Londres une librairie spécialisée dans le commerce des livres anciens. Le 11 mars 1744, il organise sa première vente aux enchères, consacrée à la bibliothèque de Sir John Stanley. Il disperse ensuite les bibliothèques des ducs de Devonshire, de Buckingham et de Sunderland.
En 1767, Samuel Baker s’associe avec son neveu, John Sotheby, qui dispersera en 1793 les rares ouvrages de Charles-Maurice de Talleyrand, évêque d’Autun. Il s’agit des seuls biens qu’il aurait sauvés de la Révolution en les faisant transporter de sa maison de Bellechasse vers Londres. La vente a lieu en neuf vacations, du 12 au 23 avril 1793.
Thomas Baylis créa son imprimerie en 1795. Destinée au monde de l’émigration,
BAYLIS, THOMAS (Imprimerie à Londres)
Thomas Baylis créa son imprimerie en 1795. Destinée au monde de l’émigration, elle était située à Londres, dans le quartier de Holborn, au 15, Greville Street, non loin de son confrère Edward Cox, avec lequel il était associé.
Parmi les nombreux ouvrages qu’il imprima figurent Paris pendant l’année 1795, de Jean-Gabriel Peltier ; De l’Expédition de Quiberon, par un officier français, à bord de la Pomone, ouvrage de la plus grande rareté ; Essai sur les Révolutions, de François-René de Chateaubriand, publié en 1797 ; Journal du Roi au Temple, de Jean-Baptiste Cléry ; ainsi qu’une réponse au Concordat de 1801 rédigée par le dernier évêque de Tréguier, en Bretagne, Mgr Le Mintier : Dissertation concernant la Promesse, etc.
L’imprimerie était toujours en activité en 1802. Dans le guide destiné aux personnes étrangères à Londres, Tableau de Londres et de ses Environs, en 1802, elle figure parmi les principales imprimeries de la ville.
Je n’ai pas pu trouver de trace de la fin de cette imprimerie. Elle dut probablement fusionner avec celle d’Edward Cox au début des années 1803-1805, Thomas Baylis ayant des intérêts communs avec ce dernier.



SPILSBURY, W. C. (Imprimerie à Londres.)
L’imprimerie était située dans le quartier de Holborn Bridge, Fleet Street, au 57, Snow Hill. Ce quartier abrita, dès le XVe siècle, de nombreux ateliers de typographie et des librairies. C’est également là que fut publié le Daily Courant, premier journal quotidien d’Europe, sous la direction du libraire E. Mallet, son éditeur, en 1702. Une plaque commémorative rappelle aujourd’hui cet emplacement à Ludgate Circus.
L’imprimerie W. C. Spilsbury comptait parmi sa principale clientèle l’ancien contrôleur général des finances de Louis XVI, Charles-Alexandre de Calonne, dont elle imprima les principaux écrits de 1787 à 1800. Elle compta également parmi sa clientèle le Comte de Montlosier, pour son Journal de France et d’Angleterre ; le Comte de Lally-Tollendal, pour ses Lettres au rédacteur du Courrier de Londres ; ainsi que monsieur de Lille, pour ses Lettres à Louis XVIII. Les impressions de l’imprimerie étaient diffusées chez les principales librairies de Londres, notamment J. Deboffe, Dulau et Debrett.
Petite Église est un mouvement de catholiques dissidents. Ils ont refusé le Concordat de 1801 signé par Bonaparte et le pape Pie VII. L’abbé Blanchard (Claude-François Blanchard) est devenu l’un des chefs de file de cette opposition en exil à Londres, puis en France.
JUIGNÉ, René (Imprimerie à Londres)
L’abbé René Juigné naît au Mans en 1763. Envoyé à Paris pour y suivre des études de théologie, il entre au séminaire. Nommé maître ès arts de l’Université de Paris, il est ordonné prêtre le 20 février 1791. Vicaire à Availlé, dans la Sarthe, au moment de la Constitution civile du clergé, il prête serment, mais avec des réserves. Il se rétracte le 5 mai 1792.
Déporté en Angleterre comme prêtre réfractaire, il y demeure jusqu’au Concordat de 1801. De retour en France, il espère reprendre son ministère, mais cette possibilité lui est refusée. Déçu, il reprend le chemin de l’exil et retourne à Londres. Pour assurer sa subsistance, il y fonde une imprimerie qui travaille principalement au service de l’Église anticoncordataire, dite « Petite Église ». Son principal client est l’abbé Blanchard, l’un des plus virulents opposants au Concordat et père spirituel de la Petite Église à Londres.
Son atelier est installé au 17, Margaret Street, Cavendish Square, à proximité de la chapelle française de King Street, fondée en 1798. Ce quartier accueille principalement une population d’émigrés aisés ainsi que plusieurs personnalités françaises de premier plan, parmi lesquelles Mgr de Boisgelin, Mgr Le Mintier, le Comte d’Artois, installé à Londres à partir de 1800, le Duc de Berry et le Prince de Condé.
Les sources ne permettent pas de connaître la date de disparition de l’imprimerie, mais celle-ci est encore en activité en 1817. En effet, on trouve à cette date une impression réalisée pour l’évêque de Strasbourg, Mgr Le Pape de Trévern, ce qui atteste de la poursuite de son activité.




VOGEL ET SCHULZE (Imprimerie à Londres)
L’imprimerie se trouvait dans le quartier de Soho-Square, au 13, Poland-Street, à deux numéros de celle de leurs homologues Dulau et Nardini.
En 1808, l’imprimerie publia l’ouvrage de l’abbé Gaschet, curé de Vignolles, compagnon de l’abbé Blanchard dans la lutte contre le Concordat.
En 1821, elle imprima également un ouvrage de ce dernier, consacré à sa critique du pape Pie VII : La Communion in Divinis.
L’abbé Gaschet « La Communion in Divinis » et l’abbé Le Cordier


Une librairie de Londres On y trouvait des ouvrages d’émigrés
DEBRETT (Librairie à Londres)
La librairie Debrett était aussi populaire que celles de Deboffe et de Dulau. On y trouvait de nombreux ouvrages d’émigrés, notamment de l’abbé Barruel et de M. de Lisle, écrivain ultraroyaliste qui laissa de nombreux ouvrages sous forme de lettres adressées à Louis XVIII, aujourd’hui devenus très rares.
La librairie Debrett se trouvait dans le quartier de Piccadilly, en face de Burlington House. Le bâtiment actuel fut construit en 1716 pour le 3ᵉ lord Burlington, puis restauré en 1816. En 1854, il devint le siège de la Royal Academy of Arts, qui se visite encore de nos jours.






Une famille émigré de France, lors de l’Edit de Nantes en 1685
DE LA ROCHE. (Librairie à Londres)
La famille de monsieur de la Roche se trouvait déjà en Angleterre au début du 18éme siécle, on trouve en 1709, un Michel de la Roche, publiant un recueil critique de littérature. Famille émigré de France, lors de la révocation de l’Edit de Nantes en 1685.
La librairie se trouvait dans le quartier de Portman-Square, au 5, King-Street proche de la Chapelle française de se nom. Il fut un des principaux dépositaires des ouvrages imprimés par Juigné ; on y trouver tous les livres de l’abbé Blanchard, son voisin et d’un grand nombre d’auteur anti-concordataire. Réf : Clarigny. Histoire de la presse en Angleterre et aux Etats-Unis. Paris, 1837.



Dulau et Nardini à Londres une imprimerie, Typographique Française
DULAU ET NARDINI
(Imprimeurs, libraires et éditeurs à Londres)
L’abbé Arnauld Dulau naît à Saint-Sever, dans les Landes, le 14 août 1762. Il prononce sa profession de foi en 1783 à l’abbaye bénédictine de La Réole, puis devient professeur de mathématiques à l’École royale militaire de Sorèze, où son érudition et son esprit critique sont largement reconnus.
Lorsque les congrégations sont supprimées au début de la Révolution française, il se voit contraint de s’exiler en Angleterre. Installé à Londres, il fonde, avec Nardini, une imprimerie, la Société Typographique Française, ainsi qu’une librairie à son nom afin de subvenir à ses besoins.
Considéré comme imprimeur, éditeur et libraire de la pensée gallicane, il devient le principal fournisseur de la colonie française émigrée à Londres. Présent dans la capitale britannique en 1802, Mahée de La Touche, agent et espion du Premier Consul, écrit : « L’abbé Dulau, libraire à Londres… C’est dans sa maison que les émigrés de bon ton viennent lire les nouvelles et raconter tout ce qu’ils savent ou croient savoir de la France… »
L’abbé Dulau travaille pour un grand nombre d’ecclésiastiques, parmi lesquels l’abbé Carron le Jeune, l’abbé Pierre Vinson, l’abbé de Châteaugiron, l’abbé Delille — dont il acquiert en 1803 le manuscrit du Malheur et la Pitié — ainsi que Monseigneur de Boisgelin, évêque d’Aix, pour son Psalmiste.
Il publie également les premiers tomes de l’œuvre de Chateaubriand, Le Génie du christianisme, dont l’annonce paraît en juin 1803 dans le journal L’Ambigu, dirigé par Jean-Gabriel Peltier.
La Société Typographique Française est installée au 15 Poland Street, dans le quartier de Soho Square, tandis que la librairie se situe au 107 Wardour Street, un quartier où résident alors de nombreux membres de l’aristocratie française ayant émigré pendant la Révolution. Plusieurs demeures aristocratiques y sont transformées en hôtels accueillant les exilés. Parmi eux figure l’hôtel de Sablonière, à Leicester Square, où séjournent notamment Talleyrand en 1792, puis Rivarol et Peltier en 1794.
L’abbé Arnauld Dulau meurt le 9 octobre 1813. Il est inhumé au cimetière de Saint-Pancras.
Références : Nayral, Biographie castraise, 1834 ; Bulletin de la Société de Borda, 1924.
Lettre de Chateaubriand sur « Le Génie du christianisme » à Arnauld Dulau, Son imprimeur

MARCHAND, W. (Imprimerie à Londres.)
l’imprimerie W. Marchand, se trouvait au 3, Greville-Street, proche ou son confrère Thomas Baylis.
En 1807, il imprime sur la demande de l’abbé Du Chatellier, l’oraison funébre de Mgr. de La Marche, dernier évêque de Léon (Finistére).

MALLET, J. (Imprimerie à Londres.)
L’imprimerie de Joseph Mallet, se trouvait dans le quartier de Soho-Square, au 59, Wardour-Street, dans la même rue que la librairie Dulau. En 1819, il imprime pour le virulent anticoncordataire l’abbé Gaschet : « Lettre Apologique à M. de Pidolli, évêque concordataire du Mans ».
LEWIS ET FIENES (Imprimerie et librairie à Londres)
L’imprimerie se trouvait à Chelsea, qui, à la fin du XVIIIᵉ siècle, était encore un bourg de campagne situé sur les bords de la Tamise, à l’ouest de Londres. Le lieu était alors recherché par les Londoniens pour son calme et son bon air.
En 1795, Lewis et Fienes éditèrent un petit livre, imprimé en deux langues, anglais et français, aujourd’hui fort rare : Journal d’un émigré, âgé de quatorze ans. On pouvait se le procurer chez le libraire Deboffe, à Londres.
NORBURY, P. (imprimerie à Brentford)
L’imprimerie se trouvait dans le village de Brentford, à l’ouest de Londres, sur la rive nord de la Tamise. De nos jours, Brentford est une banlieue résidentielle de la capitale.
Elle imprimera, en 1801 et 1802, pour Lord Fitz-Williams, plusieurs ouvrages en français et, en 1805, pour l’abbé Coulon, un discours sur le couronnement de Buonaparte.
L. L’HOMME. (Librairie à Londres.)
La librairie se trouvait dans le quartier de Hanover-Square, au 93, New-Bond-Street, entre Oxford-Street et Braton-Street.
Cette librairie, était spécialisée surtout dans les ouvrages à caractères religieux, la preuve nous en est donnée en 1800, par la publication d’un catalogue des livres disponibles dans son magasin : collection général des brefs et instructions du Pape PIE VI., l’Histoire du Clergé, de l’abbé Barruel, Sentiment de l’évêque de Troyes, Mrg. de Barral etc… Ont souscrit également chez le même libraire pour les Annales Philosophiques, Morales et Littéraire, faisant suite aux Annales Catholiques. De-même il possédait un fond considérable en livres de théologie, pére de l’église, livres de piété, de liturgie etc…
L’Homme, hébergea chez lui en 1799, le fils de son ami Mallet du Pann, fondateur de la revue le « Mercure Britannique ».
Cette librairie, était spécialisée surtout dans les ouvrages à caractères religieux



Philippe LE BOURSSONIER Un imprimeur qui se trouver dans le Soho de Londres
PHILIPPE LE BOURSSONIER & C°. (Imprimerie à Londres.)
L’imprimerie se trouvait dans le quartier de Soho-Square, au 5, Hollen-Street.
Il imprimera en 1799, la critique d’un ouvrage de Volney et en 1800, le premier ouvrage de l’abbé Blanchard : « Précis Historique de la Vie et du Pontificat de Pie VI. » Ont trouvé ses impressions chez les libraires de Londres : Dulau, L’Homme, de la Roche, etc…
CLAREND. (Imprimerie à Oxford.)
La ville d’Oxford est réputée dans le monde pour ses nombreux collèges, avec l’université d’Oxford où, au XIXe siècle, prit naissance le mouvement ritualiste, qui porta des membres du clergé à rénover l’Église anglicane. Certaines et certains, comme Edward Pusey, lui restèrent fidèles ; d’autres, comme Newman, passèrent à l’Église romaine.
Cette même université, un demi-siècle avant, en 1796, fit éditer par souscription, à ses propres frais, un Testament selon la Vulgate, qui fut distribué gratuitement aux membres du clergé catholique français en exil.
La Vulgate. Ouvrage édité en souscription par l’Université d’Oxford, à ses frais ; le Marquis de Buckingham s’associa à cette entreprise en faisant tirer 2 000 exemplaires, qui furent distribués gratuitement aux membres du clergé français en exil. En 1796 « De la plus grande rareté »

T. HARPER & Cᵒ. (Imprimerie à Londres.)
L’imprimerie de Thomas Harper se trouvait au 4, Crane Court, Fleet-Street, quartier où, dès le XVe siècle, se trouvaient de nombreuses imprimeries. De nos jours, nous y trouvons une grande quantité de clubs privés, comme l’Athenaeum, club littéraire et artistique fondé en 1824, qui possède une bibliothèque réputée.
Thomas Harper sera l’imprimeur du comte de Puisaye pour les tomes 4 et 5 de ses mémoires, ainsi que pour Louis Fauche-Borel, son confrère suisse, pour un écrit contre Roques de Mongaillard.

PATERSON, JEAN. (Imprimerie à Edimbourg, Ecosse.)
C’est en 1795, que nous trouvons la première publication de monsieur de La Tocnaye : « Promenade Autour de la Grande Bretagne ». De l’imprimerie de Jean Paterson, à Edimbourg.
C’est dans le vieux château des Stuarts « Holyrood », qui se trouve dans la quartier de Canongate à Edimbourg, qu’en 1795, Monsieur le Comte d’Artois, fuyant ses créanciers se réfugia, de-même en 1830, Le Roi Charles X, avec sa famille, condamné à l’exil y résida.
Victor Hugo y laissera un poëme pour la mémoire des lieux :
<<O Palais, sois bèni ! sois bèni, ô ruine
Qu’une auguste auréole à jamais illumine !
Devant tes noirs créneaux, pieux, nous nous courbons
Car le vieux Roi de France à Trouvé sous ton ombre
Cette hospitalité mélancolique et sombre
Qu’on reçoit et qu’on rend, de Stuards à Bourbons.>>
CADELL ET DAVIES (Imprimerie et librairie à Londres)
Cadell et Davies se trouvait dans le Strand, sur la large artère commerçante qui relie la City à Charing Cross. Au temps des Stuarts, le quartier du Strand possédait de nombreux hôtels particuliers, avec jardins, qui descendaient jusqu’au fleuve.
En 1797, l’imprimerie éditera pour le marquis de Bouillé ses Mémoires sur la Révolution française, et, la même année, pour l’ancien intendant de Bretagne, Bertrand de Molleville, ses Mémoires secrets de la dernière année de Louis XVI.

FAUCHE, PIERRE-FRANÇOIS (Imprimeur et libraire, à Hambourg et Brunswick, en Allemagne.)
Pierre-François Fauche, frère du précédent. Il fonda vers 1780, dans la ville de Hambourg, une librairie et une imprimerie qui devinrent en peu d’années l’une des plus importantes d’Allemagne, devenant si populaires qu’elles furent réputées dans le nord de l’Europe, en Pologne et en Russie.
Dès 1790, son établissement fut le lieu de rendez-vous des personnes émigrées et des gens de lettres. Il y imprima pour Rivarol son Dictionnaire de la langue française, pour l’abbé Barruel L’Histoire du jacobinisme, pour Mallet du Pan ses Correspondance politique…, ainsi que le journal du monde de l’émigration, fondé par deux personnes émigrées, Baudus et Villers : Le Spectateur du Nord, etc.
Les éditions qui sortaient de ses presses étaient proposées à des prix modestes afin de faciliter leur vente auprès d’un maximum de personnes et de contribuer à la popularité de la littérature française.
L’imprimerie prospérant, il ouvrit des succursales : une librairie à Jungfersteg, dans le quartier de l’Aster, ayant pour concurrent un neveu de Dumouriez, monsieur Celle de Châteauneuf ; puis à Brunswick, dans la Reichenstrasse, une imprimerie et une librairie qui furent tenues par le marquis de Maisonfort.
Sur la fin de l’imprimerie, son frère Louis Fauche-Borel rapporte dans son Précis historique : « Des dépenses inconsidérées et des opérations ruineuses causèrent en peu de temps la perte de cet établissement… ainsi s’écroula cette société au seul préjudice de mon frère, qui fut contraint d’abandonner aux créanciers sa maison d’Hambourg, des magasins considérables et son imprimerie. » Fauche-Borel accuse, sans donner de date précise pour la faillite (au début des années 1800), le collaborateur de son frère, le marquis de Maisonfort, d’être à l’origine de cette perte.
Références : Diesbach, Ghislain de. Histoire de l’émigration. Paris, 1975, p. 327-328. — Fauche-Borel, Louis. Précis historique. Bruxelles, 1816, p. 116-117. — Le mouvement des idées dans l’émigration française. Paris, tome 1, p. 161-163 et 165-166.
Barruel. Rédigé en exil à Londres et publié entre 1797 et 1799, cet ouvrage célèbre formule la première grande théorie du complot imputant la Révolution française à une machination occulte combinant les Philosophes, les Francs-Maçons et les Illuminés de Bavière
Barruel. Rédigé en exil à Londres et publié entre 1797 et 1799, cet ouvrage célèbre formule la première grande théorie du complot imputant la Révolution française à une machination occulte combinant les Philosophes, les Francs-Maçons et les Illuminés de Bavière –
Discours préliminaire du Nouveau dictionnaire de la langue française et Universalité. Par A. C. de Rivarol. Première partie. De l’Homme, de ses facultés intellectuelles et de ses idées premières et fondamentales l’édition originale 1797 – Fut interdit en France l’un des plus important texte de la littérature contre-révolutionnaire.



SOCIÉTÉ TYPOGRAPHIQUE DE NEUWIED (Imprimeur, Éditeur et Libraire, à Neuwied-sur-Rhin, Allemagne.)
Imprimerie appartenant à M. Mettra. Il était membre de plusieurs sociétés littéraires et fondateur de la Société typographique de Neuwied. Voici ce qu’en dit M. Beaunoir, en 1791, dans son ouvrage Voyage sur le Rhin : « Cet établissement connu sous la raison de la Société typographique de Neuwied consiste, 1° dans un magasin de librairie bien assorti, & dans lequel on trouve outre les richesses connues de la littérature française, toutes les nouveautés que chaque mois fait éclore. 2°, une imprimerie en taille douce. 3°, une imprimerie française considérable, de laquelle sont sortis & sortent encore tous les jours les ouvrages les plus intéressants. C’est sous ses presses qu’ont été exécutés le Monument du Costume, grand in-folio orné de 26 gravures de Moreau le Jeune, etc. 4°, c’est chez la Société typographique que se rédigent plusieurs feuilles périodiques, la plus piquante de toutes celles qui s’impriment, celle qui est connue sous le titre de Correspondance littéraire secrète. »
Également, elle imprimera en 1792 le Journal de Suleau, feuille d’un grand intérêt pour les renseignements qu’il donne des plans de l’émigration.

HIMMES, LIBRAIRIE AU SAUVAGE. (Librairie-Auberge, à Coblentz, Allemagne.)
Auberge-librairie créé par Monsieur Himmes. Lors de son voyage sur les bords du Rhin en 1789-1790, Monsieur Beaunoir, logea à Coblentz, à l’auberge au Sauvage. Dans la relation de ce voyage il dit :
<< Ayant dessein de passer quelques jours à Coblence, je me logeai à l’auberge du Sauvage, qui est grande & spacieuse, & ou l’on trouve tout ce qu’un voyageur peut désirer. Mon hôte, qui en même tems était libraire, m’aida beaucoup dans les observations que je voulais faire sur Coblence & sur sa situation physique & politique.
Le lendemain je visitai son magasin de librairie ; j’avoue que j’eus quelque peine à concilier ensemble ces deux états de librairie & d’aubergiste, mais quand il m’eut expliqué son plan, je le trouvai fort raisonnable, & fondé sur un passage de l’évangile…il ne se borne pas à la simple librairie, il s’occupe encore des arts qui y ont rapport, & il me fit voir…deux planches qu’il avait exécuter en taille douce, représentant le nouveau palais de l’Electeur du côté du Rhin & du côté de la ville. Il est instruit & actif, & dans ses deux branches de commerce, il met la plus grande attention à satisfaire les personnes qui s’adressent à lui.>>
Le Comte de Contades, dans ses souvenirs de Coblentz et Quiberon dit : <<Café de Coblentz, où, comme au Sauvage et à l’Empereur Romain, les émigrés se réunissaient pour causer et rire, avec autant de légèreté et de frivolité que s’ils eussent été dans les salons de Paris ou de Versailles>>.
FAUCHE-BOREL, LOUIS. (Imprimeur et libraire à Neuchâtel, en Suisse.)
Abram-Louis Fauche était né à Neuchâtel (Suisse), le 12 avril 1762, dans une famille protestante d’imprimeurs réputés de Neuchâtel. Ce fut son père, Samuel Fauche, qui lui vint en aide en 1788 pour la création et la mise en route de l’atelier, au 5, rue de l’Hôpital. Il prit l’enseigne de FAUCHE-BOREL, formée de son nom et de celui de son épouse, Borel.
Considéré comme l’un des plus importants établissements typographiques de Neuchâtel, il fut, pendant la période révolutionnaire, d’un grand secours aux personnes émigrées, par la publication de nombreux libelles et brochures. Il imprima en 1791 le premier manifeste de la coalition : La Déclaration de Pilnitz ; en 1793, pour le frère de Roques de Mongaillard, l’abbé Bossu, un manuel pour les militaires chrétiens, puis un mémoire sur les droits d’asile des royalistes émigrés et sur la conduite des puissances à leur égard ; en 1796, un éloge historique et funèbre pour le roi Louis XVI ; en 1797, une édition de Considération sur la France, de Joseph de Maistre, etc.
Son établissement était très fréquenté dès 1789 par un grand nombre de membres du clergé et de personnes issues de la noblesse : Mgr César-Guillaume de La Luzerne, évêque de Langres, l’abbé Bossu, l’abbé Guillon, le comte d’Antraigues, Joseph de Maistre, de Coligny, de Barthez, le marquis de Bombelles, etc. Un grand nombre de familles venaient également de la région de Lyon et du sud-est de la France.
Louis Fauche, en 1795, quitta son imprimerie, la laissant à la charge de son épouse, pour se rendre, sur les conseils de Roques de Mongaillard, auprès du prince de Condé afin de se mettre à son service. Il fut chargé de faire des propositions au général Pichegru pour rejoindre la coalition, puis, au début des années 1800, il fut chargé, avec le comte d’Antraigues et Puisaye, de la correspondance royaliste. Fauche-Borel conspira jusqu’au retour des Bourbons.
Rentré dans sa patrie, il mourut d’une fin violente en se défenestrant du haut de sa maison, le 4 septembre 1829. Son imprimerie avait cessé toute activité un an après la mort de son épouse, en 1824, et l’immeuble fut transformé en hôtel.
Il laissera des mémoires qui sortirent au début de 1829, ainsi qu’un texte imprimé à Londres en 1807 pour répondre aux mémoires de Roques de Mongaillard : Notices sur les généraux Pichegru et Moreau, texte dans lequel il fait valoir les services qu’il avait rendus auprès des Bourbons.
RECIT d’Auguste-Marie, Comte de CAUMONT de GAUVILLE (1743-1839).
LE RELIEUR DU MONDE de L’IMMIGRATION à LONDRES de 1796 à 1814.
Auguste-Marie, Comte de Caumont de Gauville (1743-1839)
Imprimeur et relieur à Londres, 1796-1814
« Que dis-je, ce poëme où je peins vos misères,
Doit le jour à des mains notablement mercenaires ;
De son vêtement d’or, un Caumont l’embellit,
Et de son luxe heureux mon art s’enorgueillit. »
— Abbé Delille, De la Pitié
Il est des destins qui, par un singulier détour de l’Histoire, conduisent un homme d’armes à devenir artisan du livre. Tel fut celui d’Auguste-Marie, comte de Caumont de Gauville, né le 28 octobre 1743 à Villers-sur-Aumale, en Normandie. Officier de carrière, émigré pendant la Révolution, il trouva à Londres un refuge et, pour subsister, un nouveau métier : celui de relieur.
Son parcours témoigne ainsi d’une histoire plus vaste, celle des émigrés français établis à Londres à la fin du XVIIIe siècle, mais aussi celle d’un monde du livre où la reliure constituait un art véritable, une industrie exigeante et un lieu de sociabilité. Dans son atelier de Soho, Caumont allait bientôt acquérir une réputation suffisamment établie pour travailler pour une clientèle choisie, parmi laquelle figuraient plusieurs personnalités de l’émigration française et de la société anglaise.
De l’armée des Princes à l’atelier de Soho
Entré en 1757 au régiment de dragons de la Reine, Caumont y fit une carrière militaire qui le conduisit au grade de capitaine, puis à celui de colonel, le 11 avril 1770. À la veille de la Révolution, il était lieutenant du roi pour le château et la ville de Dieppe.
Peu favorable aux idées nouvelles, il émigra en 1791 et rejoignit l’armée des Princes. Promu maréchal de camp le 1er janvier 1793, il poursuivit quelque temps encore une existence militaire avant de gagner l’Angleterre. Il arrive à Londres en 1796.
C’est alors que sa destinée prend un tour inattendu. L’ancien officier se tourne vers la reliure et installe successivement ses ateliers dans plusieurs adresses du quartier de Soho :
3 Poland Street, de 1797 à 1800 — et non Portland Street, comme on le lit parfois ;
39 Gerrard Street, de 1800 à 1803 ;
puis 1 Frith Street, jusqu’en 1814.
Ainsi commence une seconde carrière, loin des champs de bataille et au milieu des livres.
Un atelier au cœur de la communauté française de Londres
Caumont ne fut pas seulement un relieur de passage. Il semble avoir rapidement constitué un atelier suffisamment important pour employer jusqu’à cinq ouvriers, parmi lesquels plusieurs professionnels particulièrement qualifiés. Deux noms sont notamment associés à son activité : L. Cordeval et Christian Kalthoeber, présent dans l’atelier de 1807 à 1814. Caumont sous-traitait également certains travaux à Herring.
Son établissement devint ainsi un lieu précieux pour une partie de la communauté française installée à Londres. Dans ses Mémoires, Gauthier de Brécy évoque les dîners frugaux que Caumont donnait le dimanche aux émigrés français et cite, parmi ses connaissances, plusieurs figures de l’émigration. Il le décrit surtout comme « un habile relieur », auquel il confia lui-même des ouvrages à relier.
Cette dimension humaine donne à l’atelier de Caumont une importance qui dépasse largement la seule pratique artisanale. Dans le Londres de l’émigration, le livre circulait comme un objet de mémoire, de transmission et parfois de survie intellectuelle. L’atelier du relieur devenait naturellement l’un des endroits où se croisaient celles et ceux qui écrivaient, publiaient, collectionnaient ou simplement cherchaient à préserver les traces d’un monde bouleversé.
Des bibliophiles et des écrivains parmi sa clientèle
Caumont entretint notamment des relations étroites avec l’abbé Delille, dont il relia plusieurs ouvrages. Une anecdote rapportée à son sujet raconte qu’il réalisa pour lui une belle reliure destinée à un exemplaire de son poème Les Jardins. Le vers placé en exergue prend dès lors une résonance toute particulière : Delille y évoque précisément le travail de Caumont, célébrant celui qui avait donné à son poème « son vêtement d’or ».
Un autre épisode illustre la place occupée par Caumont dans le monde éditorial de l’émigration. En 1798, Cléry lui confia la reliure de 150 exemplaires de son Journal de ce qui s’est passé à la tour du Temple pendant la captivité de Louis XVI. Ces exemplaires étaient destinés à être offerts aux souverains d’Europe.
Le relieur n’était donc plus seulement celui qui achevait matériellement un livre : son intervention contribuait à donner à l’ouvrage son apparence définitive, sa dignité et, dans certains cas, son caractère d’objet destiné à être conservé et transmis.
Les reliures du comte de Caumont
Plusieurs ouvrages reliés par Caumont figuraient encore au XIXe siècle dans la collection du baron de Ruble, qui les communiqua à Ernest Roquet pour son étude consacrée aux relieurs français.
Ses productions témoignent d’une pratique assez éclectique. Caumont travaille la basane, le veau, le maroquin et le vélin, depuis les reliures les plus simples jusqu’aux réalisations les plus luxueuses. Plusieurs exemplaires connus sont revêtus d’un maroquin à grain long, notamment de couleur bleu foncé, rehaussé de filets dorés aux nerfs et de tranches dorées. Les doublures et les gardes peuvent être en papier chamois uni, avec des charnières en maroquin.
Les plats sont généralement ornés d’encadrements de filets ou de frises dorées. Les dos présentent des nerfs peu saillants, soulignés de filets, tandis que les caissons peuvent recevoir une décoration particulièrement riche. Sur certaines pièces, une rosace permet même de reconnaître l’influence ou l’intervention de Kalthoeber.
Il serait toutefois difficile d’attribuer à Caumont un style décoratif unique et immédiatement reconnaissable. Son travail semble au contraire marqué par une certaine souplesse, adaptée à la nature des ouvrages, aux goûts de la clientèle et au degré de luxe recherché.
Une marque discrète, mais précieuse pour le bibliophile
L’identification de ses reliures repose souvent sur une petite marque apposée dans le volume. Il s’agit généralement d’une étiquette rectangulaire, de différentes couleurs — rose, rose foncé, jaune, verte ou blanche — portant son nom et l’adresse de son atelier : 38 Gerrard Street, Soho, ou 1 Frith Street, Soho Square.
Plus rarement, son nom apparaît directement au dos du volume.
Cette marque constitue aujourd’hui un précieux indice pour l’histoire de la reliure anglaise et française à Londres. Mais elle ne saurait être considérée comme indispensable à l’attribution : de nombreuses reliures clairement identifiées dans son livre de comptes ne portent aucune signature.
C’est précisément ce qui rend l’étude de son œuvre particulièrement intéressante pour la bibliophilie. Une reliure de Caumont peut se présenter sans marque apparente, et son identification exige alors de croiser la provenance, les caractéristiques matérielles, les registres de l’atelier et les comparaisons avec les exemplaires déjà connus.
Une présence encore visible dans les grandes collections
Les reliures attribuées au comte de Caumont sont aujourd’hui dispersées dans plusieurs grandes collections publiques britanniques. La Fitzwilliam Library, à Cambridge, en conserve notamment un ensemble particulièrement important, avec plus de 150 références. D’autres exemplaires sont conservés à la British Library et à la Bodleian Library, ainsi que dans différentes bibliothèques et collections aristocratiques britanniques.
Quelques pièces sont également conservées en France, notamment à la Bibliothèque nationale de France.
La dispersion de cette œuvre est à l’image du parcours de son auteur : française par ses origines, londonienne par nécessité, européenne par la circulation des livres qu’il façonna.
Des exemplaires passés en vente
Certaines de ses reliures sont également réapparues dans le commerce et les ventes publiques.
Le 20 mai 1988, une reliure attribuée au comte de Caumont fut vendue à Drouot. Il s’agissait d’un in-8°, relié en veau marbré, avec plats ornés d’une roulette en encadrement, dos décoré et pièces de titre rouges. Particularité remarquable, les tranches étaient peintes d’un paysage représentant notamment une église et un moulin. Le volume était un recueil de mélanges littéraires et de pièces relatives aux affaires religieuses en France en 1801-1802, autour du Concordat, provenant notamment de l’ancienne collection Leighton.
Plus récemment, le 12 juin 2012, Sotheby’s proposait un recueil de poésies et de portraits, vers 1800, en format in-4°, relié en maroquin et attribué à Caumont.
Ces apparitions dans les catalogues de ventes permettent de suivre, par fragments, la destinée de ces ouvrages et de mesurer l’intérêt toujours porté par les bibliophiles à ces témoignages de l’art de la reliure à Londres au tournant des XVIIIe et XIXe siècles.
Le retour en France
Caumont exerça son art jusqu’au moment où l’Histoire lui permit de rentrer en France.
Le 21 avril 1814, il accompagna le comte de Provence lors de son retour. La Restauration lui rendit alors une partie des honneurs liés à son ancienne carrière militaire. Il fut nommé lieutenant-général le 2 février 1815, puis mis à la retraite le 29 décembre de la même année, avec le titre de gouverneur du Saint-Sépulcre. Il fut également promu lieutenant-général et grand-croix de l’ordre de Saint-Louis.
Il se retira ensuite dans son château du Bois Clieu, à Derchigny, près de Dieppe, où il mourut en 1839, à l’âge de quatre-vingt-dix ans.
Il avait épousé Marie-Charlotte de Clien de Chiffreville, fille du gouverneur de la Guadeloupe auquel est attribué un rôle dans l’introduction de la culture du café aux Antilles. De cette union naquirent trois filles : les comtesses d’Auberville et de Clerçy, et Mme Langlois de Coucelles.
Ainsi s’achevait une existence singulière, commencée dans l’armée royale, poursuivie dans l’émigration et finalement consacrée, pendant près de deux décennies, à l’un des métiers les plus intimement liés à la conservation de la mémoire écrite.
Le mystérieux livre de comptes
Un dernier document permettrait peut-être de mieux comprendre encore l’activité de cet atelier : le registre dans lequel le comte de Caumont consignait ses comptes.
En 1864, ce registre appartenait à Ferdinand Grimont, chef de bureau à la division de la librairie du ministère de l’Intérieur, qui envisageait de lui consacrer une étude particulière. Le registre était lui-même soigneusement relié en vélin blanc, avec des filets et des ornements dorés.
Il semble malheureusement que ce travail n’ait jamais été publié.
La disparition de cette étude, si elle fut effectivement entreprise, laisse aujourd’hui un certain mystère autour de cette pièce essentielle. Car un livre de comptes d’atelier est bien davantage qu’un document administratif : il pourrait permettre de retrouver les noms des commanditaires, la nature des travaux, les matériaux employés, les prix pratiqués et, peut-être, les livres aujourd’hui conservés mais dont l’attribution demeure incertaine.
Pour le bibliophile comme pour l’historien du livre, ce registre constituerait donc une source d’une valeur exceptionnelle.
Un relieur français à Londres
Le destin d’Auguste-Marie, comte de Caumont de Gauville, rappelle enfin combien l’histoire du livre est faite de circulations, de rencontres et de circonstances parfois tragiques.
Chassé de France par les bouleversements révolutionnaires, cet ancien officier trouva à Londres non seulement un refuge, mais un métier. Dans le quartier de Soho, il transforma son savoir-faire en une activité reconnue et accueillit autour de lui une clientèle mêlant émigrés français, écrivains, bibliophiles et amateurs anglais.
Ses reliures, aujourd’hui dispersées dans les grandes bibliothèques européennes, sont les témoins silencieux de cette histoire.
Elles racontent le livre, bien sûr, mais aussi celles et ceux qui le possédèrent, le firent circuler, le confièrent à un artisan et souhaitèrent lui donner une forme digne de sa conservation. Derrière chaque maroquin, chaque filet doré, chaque tranche peinte se dessine ainsi une époque : celle d’une France bouleversée, d’une communauté française transplantée à Londres et d’un homme qui, après avoir porté l’épée, choisit de servir le livre.
Références : Devauchelle, La Reliure en France, Paris, 1961. ; Dergny, Les Cloches du pays de Bray. ;Provost, Biographie, Paris, 1970. ; Roquet, Ernest (Thoinan), Les Relieurs français (1500-1800), Genève, Slatkine Reprints, 1970.

Livre rare de la période de l’émigration à Londres de 1795-1802 – Ouvrage d’une grande rareté 6 exemplaires connus dans le monde
« JOURNAL HISTORIQUE ET RELIGIEUX DE L’EMIGRATION ET DEPORTATION DU CLERGE DE FRANCE EN ANGLETERRE….LONDRES L’AUTEUR, ETC… » A. LONDRES, DE L’IMPRIMERIE DE COX FILS & BAYLIS, 1802, IN.8°, IX-XVI-271.pp. Frontispice tête de Georges III, Roi d’Angleterre, Grav. par Cardon et de deux dépliants (reproduisant des inscriptions). Suivi de APOLOGIE DE LA RELIGION ET DE LA MONARCHIE FRANCOISE REUNIES : GRANDEUR, FORCE ET MAJESTE DE SES DEUX PUISSANCES SPIRITUELLE ET TEMPORELLE, PAR UN FRANCOIS, MEMBRE DES DEUX PREMIERS ORDRES DE L’ETAT, EXILE DE SA PATRIE POUR SA FOI ET SON ROI. N ***, IC *** DE LUBERSAC, VICAIRE- GENERAL DE NARBONNE. » A. LONDRES, DE L’IMPRIMERIE COX FILS & BAYLIS, 1802, IN.8°, XII-79.pp., avec port. grav. de Louis XVIII »
LUBERSAC de LIVRON, Abbé Charles-François de (1730-1804). Vicaire général de Narbonne. Né en 1730 au château de Palmanteau en Limousin. Appartenant à une branche cadette. Entré dans les ordres, il devient vicaire de Narbonne, abbé de Noirlac et prieur de Brives. En 1789 il préside l’assemblée du baillage de Tulles et assiste aux états-généraux de Versailles. Refusant de prêter le serment à la constitution civile du clergé il se trouve dans l’obligation de s’exiler ; d’abord vers l’Allemagne et ensuite l’Angleterre, où il meurt à Londres en 1804.
Livre complet de ses deux partie « Journal historique et Apologie »
Edition unique d’une importance capitale sur la vie, les institutions de secours, les lieux où habiter le monde de l’émigration, leurs coutumes, nombreux noms de personnes avec leurs fonctions donnés. Ecrit avec des détails de la plus grande importance. Ecrit par un témoin du temps l’abbé de Lubersac.
REF : Cat. B.N.8.ld.3-171( l’exemplaire complet des deux partie ) ; Cat.Brit.Mus.201.a.6. ; B. dioc. de Meaux.38.25.10. ; B. de Genève (Suisse). ; Harvard collège library usa (Coll. Comte Alfred Boulay de La Meurthe. April 1927) ; Montglond t.5 p1002 ; Guérard t.4 p. 240 ; Guérard et Barbier (supercherie) t.2 p. 81.

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