Description
bleue et orange, dos toilé, sous chemise demi-maroquin vert et étui (P.-L. Martin).
Manuscrit complet du troisième volume des Scènes de la vie conjugale (Grasset, 1951).C’est un nouvel épisode de la guerre que se livrent Marcel et Élise, qui a décidé d’agrandir et réaménager la maison, naturellement aux frais de Marcel, qui n’a rien à dire, sinon payer en demandant des avances à son éditeur. Avec bruit et fureur, Élise mène son projet à bien, tout en humiliant Marcel, et le traitant devant les artisans comme « un être sans caractère, sans personnalité, sans valeur [...] comme si j’étais n’importe qui, n’importe quoi, comme un objet et comme un objet de rebut »... Il suit le ballet des ouvriers. Élise, « romancière de l’ameublement », s’occupe de tout, de remodeler le jardin, et même de peindre sa chambre : « Élise s’est construit un temple, où nous viendrons l’adorer à ses heures ». Tout cela bien sûr au détriment de la paix de Marcel, qui n’en fait pas moins son miel d’écrivain… Comme en contrepoint, une sorte de point d’orgue intime et secret, le volume se termine sur le récit de L’Incroyable Journée du 19 septembre 1943, où il rencontra successivement, en quelques heures, trois vieilles connaissances, trois personnages qui comptèrent beaucoup dans sa vie et dans son œuvre. En voici le début, qui fait le lien avec l’épisode précédent : « Il est des jours si remplis d’événements qu’ils ne semblent plus soumis aux lois de la durée, par exemple ce samedi soir où j’ai rencontré l’un après l’autre dans le quartier de l’Étoile Bouche-d’ivoire et la Duchesse, un peu plus tard dans le quartier des Blancs-Manteaux Véronique. O visite des ostensions ! procession aux reposoirs des reliques saintes de ma jeunesse ! Alors, je me sens le point de mire de toutes les flèches d’archers invisibles, mais vais-je m’évanouir, Élise me soufflette et me rend la vie. Elle est plus fidèle que moi, c’est elle qui est fidèle. Je sais toujours à peu près où elle est, où elle en est de ses extravagances, quand elle ignore où j’en suis des miennes. Ah ! si elle soupçonnait quels mondes en moi elle frôle au passage »… Rue Saint-Ferdinand, il rencontre d’abord « la Duchesse » [Marguerite Laveine], cantatrice, « interprète fanatique de Wagner », veuve d’un camarade de lycée ; en sortant de chez elle, il tombe sur « Bouche d’ivoire » [Aimé R., le héros d’Opales], ancien amant perdu de vue depuis trente ans, maintenant marié et père de famille, qui l’a jadis initié aux « mystères souterrains, terribles » [de la sodomie], et qui parle intensément de la complexité de leur relation pour lui « indélébile » ; puis il se rend chez sa vieille amie « Véronique » [Marguerite Passemart], auprès de qui il débat longuement de ses liens conjugaux : Véronique juge finement que c’est le besoin d’ordre qui le maintient auprès d’Élise et qui « explique et justifie une fidélité sans raison, déraisonnable, folle »...Le manuscrit est écrit soigneusement à l’encre violette dans deux cahiers, sur le recto des feuillets de papier quadrillé à petits carreaux, avec quelques ajouts en regard ; il présente de nombreuses ratures et corrections, avec des passages biffés ou déplacés ; il est folioté au crayon rouge par l’auteur (quelques erreurs de chiffrage), 1 à 101 pour le premier cahier, et, pour le second, 102 à 139, puis [140] à 203 pour L’Incroyable Journée.