Lot n° 285

Jehan RICTUS (1867-1933). Recueil de manuscrits, lettres, épreuves corrigées, dessins et documents, le tout monté sur onglets et relié en un volume petit in-4 demi-maroquin rouge à coins (Ch. Septier).{CR} Bel ensemble de manuscrits,...

Estimation : 1 200 / 1 500
Adjudication : 1 600 €
Description
correspondances, épreuves, dessins et documents.{CR} * Portrait original de Rictus par Steinlen, à l’encre de Chine, avec cachet de l’atelier (23,3 x 18 cm) : beau portrait de Rictus en buste.{CR} * Photographie du poète en compagnie d’Ivan Lamberty, sa femme et son fils, avec légende autographe au dos (Bruxelles juin 1919, 9 x 9 cm).{CR} * Manuscrit autographe d’un Projet de Vie Romancée, avec titres possibles (Vie et mort d’un chêne, Un chêne gaulois ou Un Druide) et résumé des six chapitres (3 p. in-8).{CR} * Dessin original à la plume avec légende autographe, représentant deux squelettes conversant : « Mais si, mais si, je me rappelle d’autant mieux que vous vous fîtes sauter la cervelle pour moi, que ce soir-là je ne pus inaugurer ma robe neuve et mon joli chapeau ! » (22,4 x 17,4 cm).{CR} * Diplôme de distribution des prix avec Mention honorable à l’élève Randon Gabriel (1878, fentes). {CR} * Correspondance. 9 L.A.S., 1917-1922, à son ami Thomaron ; 36 pages in-8 ou petit in-4. Saint-Raphaël 24 juillet 1917, le priant de récupérer un lorgnon chez un opticien parisien : « J’en ai absolument besoin. La lumière est si violente ici que j’en ai les yeux tous sanglants. Et puis il y a la poussière et le mistral ». 31 juillet. Sur Huysmans : « Certes. C’est un écrivain de tout premier ordre. Mais moi il me fout le cafard. Il débine tout. […] Il faut avoir le courage, quand on est un écrivain, de supporter son époque, de la pénétrer et de se coltiner avec. […] Tout en admirant comme vous Napoléon Ier je ne crois pas qu’il ferait mieux que Joffre et Pétain dans les circonstances actuelles, devant la tranchée et le barbelé. Ce sont ses principes qu’on applique des deux côtés de l’immense front – à savoir notamment les formidables concentrations d’artilleries ». Les conditions scientifiques et matérielles de la guerre ont changé : « On ne gagne plus les batailles avec les jambes de soldats » … Quant à Yon-Lug, « c’est un type adorable. Hélas ! Trop éponge. Mais la bonté est foncière en lui »… Paris 1er avril 1918, sur « le bombardement de Paris par canon à longue portée […]  Jusqu’à présent d’après les on-dit, il n’y a guère que la rive gauche qui trinque ». Un obus serait tombé la veille rue Favart. « Tout le monde s’en va ou cherche à s’en aller. […] Il n’y a pas de honte à être angoissé par les effets d’un canon diabolique ». Par précaution, il a descendu à la cave ses livres, manuscrits, notes, plans, œuvres ou ébauches, etc. Avon 29 août 1918. « Afin de gagner un peu d’argent je viens de donner ici, au Théâtre Municipal de Fontainebleau jeudi dernier une soirée avec la danseuse Napier Kouska. Succès formidable ! Triomphe ! Rappels sur rappels »… Mais la danseuse a quitté la ville sans reverser un sou, il s’apprête à appeler son impresario… Paris 25 mars 1922. « Je n’ai besoin pour terminer mon album qui sera un succès d’argent (40.000 francs de souscriptions certaines en Belgique déjà !) que de quelques milliers de francs avancés par un mécène, si j’en trouve un ! Cet album a enthousiasmé Guitry et tous ceux qui l’ont vu. […] Mais nul ne me donne les moyens matériels de le faire »… Il pourrait, s’il le voulait, faire du journalisme ; mais cette activité n’est pas assez rémunérée, quand un article lui demande trois à quatre jours de travail. « Tout le monde est hiérarchisé en France. Comme je ne puis faire suivre ma signature de la mention De l’Académie Française les rédacteurs en chef des journaux m’estiment autant qu’une merde de chien et ne me paieront jamais un article ou un poème comme ils l’eussent payé à Rostand ou le paieraient à Maurice Barrès. Ils ignorent […] que j’ai un public immense, que j’ai vendu 60 à 70000 Soliloques »… 12 avril. « Il n’est pas d’usage qu’un écrivain mette une dédicace sur un livre de lui acheté par des lecteurs qui lui sont inconnus. Même si le prix en est majoré. Quinze francs ! C’est trop ou trop peu. Ma signature ne vaut pas 15 frs ou bien elle vaut cent fois plus. Il y a là une sorte de spéculation sur ma mort à laquelle il m’est désagréable de penser. […] J’ai cessé d’écrire à des amis qui naïvement m’ont avoué garder toutes mes lettres et fantaisies pour les publier après ma mort ! »… Paris 17 avril 1922. Il insiste que « ce n’est pas dans les usages » de faire payer ses dédicaces…{CR} * Épreuves corrigées de poèmes inclus dans Les Soliloques du pauvre : Impressions de Promenade, Songe-Mensonge, Déception, Le Revenant, La Journée, Crève-cœur (48 p. petit in-4, avec de nombreuses corrections et additions autographes, vers ajoutés, etc.).{CR} * Poème autographe signé, Mon p’tit. Une pierreuse parle…, fragment de poème inédit recopié par l’auteur sur Japon pour son ami Théophile Briant « pour compléter le cartonnet contenant le Bel Enfant et La Chanson de Taote (1928-29) » (5 p. in-4).{CR} On joint une L.A.S. à son cher Janvion (La Loupe 27 avril 1918, 6 p. in-8), racontant son départ de Paris, pour fuit « la canonnade nocturne, les bombes, les obus du “Kanon” et toute la merde ». Il a rencontré Laurent Tailhade, « quasi une loque », dont il parle longuement : « il est hideux, ventru, borgne […] il est bien trop voyou et cynique et j’ai l’intention en cas de polémique de répondre par des pirouettes et des coups de chapeau à toutes les bouses et toutes les infamies qu’il m’enverra sans doute »…
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