Description
, nombreuses adresses et enveloppes. Belle correspondance du poète et artisan du livre avec son ami collectionneur d’art, et sa femme la sculptrice Claude de Soria. Il y est question de ses publications bibliophiliques, mais aussi de Nicolas de Staël, d’événements personnels (la mort de son père, des problèmes de logement), de ses voyages, etc. 28 janvier 1960, après une visite de Bernheim à la librairie Berès : « Je me sens d’autant plus libre pour faire savoir que Berès ne détient nullement l’exclusivité totale de mes livres (même le dernier) et que je me suis toujours réservé le droit de vendre mes ouvrages […] à des particuliers »… Mexico 15 octobre [1960 ?] (carte du Popocatépetl) : « ce n’est jamais blanc, à moins que le tonnerre ne soit blanc. Ce qui résonne sous terre m’effraie, m’angoisse. Aucune paix. Je n’ai jamais senti cela, nulle part. Vivre ici n’est pas un art, à peine une occasion dérisoire »… 18 janvier 1962. « Toute la perfection de la vie, et toutes ses imperfections chaudes ou toutes ses tensions fortifiantes, je les ai senties à Elbeuf, et dans la campagne, entre le crépuscule et les barrières trop blanches pour aveugles, elles aient là, entre nous, comme un grand mouvement d’eau et de vent. […] la peinture, en ce cas, est un môle solide auquel on peut s’amarrer et même, amarré, oublier le voyage. Il y a, dans vos tableaux, un vrai portrait total, que vous façonnez jour après jour, non pas seulement par des acquisitions, mais par une certaine façon d’être en rapport avec elles, et cela m’a paru attachant. Pour ce qui est de la délectation, elle est immense. Je songe souvent aux trois toiles de Nicolas »… 16 mai 1963, sur la lenteur de ses publications : il y est question de L’Air, avec des gravures de Geneviève Asse, et de Panorama général, illustré par Serge Charchoune. « D’autres sont en projet. Mais mes placards ne se vident pas assez vite – et ma bourse trop vite »… [30 septembre 1963]. « Je vous annonce une pure musique charchounienne accompagnant des poèmes de Pierre Lecuire Panorama Général qui viennent de paraître »… 27 juillet 1965. « Je reviens enrichi d’une moisson de sensations ; au Brésil il monte du sol, un des plus vieux, un des plus mystérieux du monde, l’impression de marcher sur des diamants. Je pense qu’un royaume magique souterrain double cette république terrestre »… 30 juin 1966. « J’espère que le livre se tient à la hauteur de mes exigences et à la hauteur, tout court, des œuvres dont vous aimez entourer votre vie »… Kyoto 1er octobre 1967 : « C’est une réalité difficile à déchiffrer, comme tout ce qui est pur. Ce pays n’invente rien, mais met en contact des éléments, des espaces, des matières avec une justesse telle qu’elle vaut l’invention. Une souffrance : la limitation, source du secret des êtres »… 27 novembre 1967. Avec le prospectus de La femme est : « Voilà un monstre sublime achevé. Il me paralyse »… 17 novembre 1970, gratitude à Claude, pour sa disponibilité et sa sensibilité : « À cause des jours innombrables agglomérés autour de ce qui est devenu un livre, l’auteur ne sait plus si sous l’écorce ou la gengue quelque chose vit encore. Vous m’avez dit que oui et au-delà de la parole un je ne sais quoi en vous la disait doublement »… 1er décembre 1970, au sujet de Logis de terre illustré par Ubac… 8 décembre 1971, sur la vente de la bibliothèque de Gilberte Cournand, « où figuraient tant de mes livres qu’elle était comme ma propre vente… Vous avez été témoin et aussi mieux que témoin, puisque vous avez complété par les Maximes et Consul Constant un ensemble, qui me flatte, de mes œuvres majeures. Il est certain que la possession des Ballets-minute est un sujet d’excitation. Mais passé certaines bornes, la simplicité de la création est recouverte et passe au jeu ce qu’elle perd en innocence »… 8 mars 1972. Abracadabra a paru : « Je sais qu’il ne vous intéressera pas, Charchoune étant un goût que vous ne partagez pas en peinture avec moi »… 8 janvier 1975. Il annonce, « comme un cri de libération », la sortie du Livre des livres, « délivrance de longues années d’une ascèse désespérante »… 5 novembre 1975. Évocation de la mort de Charchoune, « que nous avons assisté, les dernières années de sa vie, presque comme un père. […] C’est de ce royaume de la mort que procèdent les Sonnets funèbres, écrits il y a dix ans après la mort de mon frère (et celle de Staël toujours présente) et repris sur un ordre mystérieux en juillet 74, à l’heure même où l’on retrouvait (sans que j’en aie été averti) l’épave de l’hélicoptère et hélas ! les restes des victimes – après dix ans. Le livre a grandi et s’achève sur une même note de déchirement et de paix, avec la disparition de ma mère et celle de Charchoune »… 7 novembre 1976. « Merci de m’avoir communiqué les réflexions de ce vigoureux et vivant Blaise de Vigenère sur le bien-fondé des grands livres et des grandes lignes. […] Bien sûr, les in-4° nous reposent et nous ravissent – et pas seulement à cause du lent et complet trajet de l’œil, mais aussi pour le monument, la masse préhensible, le poids d’esprit qu’ils traduisent, le maniement qui entraîne l’effort, le respect, l’attente, hélas tous états mal considérés aujourd’hui »… Son prochain livre, Iblis, contrarie cet idéal… 6 décembre 1976. Deux jours avant la sortie d’Iblis il fut opéré d’un décollement de la rétine : « Un ange noir a touché l’œil et amené la nuit. Je reviens peu à peu au jour »… Plus des envois de prospectus, vœux et invitations imprimés, des souvenirs de vacances (le Morbihan, le Brésil, le Var, New-York, etc.), condoléances, etc. On joint 4 L.A.S. ou P.A.S. aux mêmes, par Yoki Aebischer (2), Jean Bauret, Étienne Hajdu ; plus une carte de visite de Charchoune.