Lot n° 853

BARBEY D’AUREVILLY Jules (1808-1889). — L.A.S. « Jules B. d’Aurevilly », Bois de Boulogne [24 juin 1845], à Guillaume-Stanislas TRÉBUTIEN ; 7 pages in-8 très denses (onglet).

Estimation : 2 000 - 2 500 €
Adjudication : 2 340 €
Description
Magnifique et longue lettre à son ami intime Trébutien, sur Une vieille maîtresse, Du Dandysme et de G. Brummell qui vient de paraître, et sur Balzac.

Il est en retard avec lui : « Ma vie bifurque et trifurque de tant de côtés ! Vous qui êtes un cénobite de bibliothèque, comprenez cette vie en l’air et aimez-moi d’amitié rassise. […] J’habite à trois pas de Beauséjour, mais j’ai pris un appartement pour être plus libre. Comme les Alchymistes, – quoique je ne fasse pas d’or, – j’ai besoin parfois de solitude et de liberté »...
Il faut interroger John Spencer SMITH, qui est à Caen, sur Edward B. PUSEY et le Puséisme : « Quels sont les principes du Puséisme ? quelles ses prétentions ? dans quels rapports les hommes de cette doctrine sont-ils avec Rome ? Est-ce là une question d’Anglicanisme ou de catholicisme réel ? » Il faut aussi l’interroger sur le Méthodisme, en prenant des notes : « Les hommes valent mieux que les livres. J’ai beaucoup aimé ceux à la garde desquels vous êtes commis, je les ai feuilletés avec l’amour et la curiosité d’un vieux savant quoique je n’en fusse pas un jeune, maintenant les livres qui m’apprennent davantage ont des reliures de peau humaine ».
Puis il en vient à Vellini (Une vieille maîtresse) : « Je suis au dernier chapitre de la 1ère partie qui à elle seule formerait un bon volume in-8° », qu’il fera présenter aux Débats par V. HUGO… « Je ne suis point de votre avis pour le nom de Vellini que j’ai toujours trouvé d’une originalité charmante et allant diablement bien (vous en jugerez) au personnage qui le porte. L’exemple de BYRON ne me terrifie pas. Je n’aime point les noms en a. Excepté Ada et Elysa (Elysa écrit ainsi et pour une misérable raison personnelle) je n’ai pu jamais souffrir ces noms à la terminaison niaise. Non ! non ! non ! ce qu’il y a d’hermaphrodite dans le nom de Vellini est un mystère de plus jeté sur le livre. C’est un titre-sphinx. Je voudrais qu’il vous plût. Quant au livre, je suis sûr qu’il vous plaira. Je n’entrerai dans aucun détail sur ce qu’il est, désirant vous laisser la surprise tout entière. […] Vellini surtout est une étude parmi les autres portraits qui l’entourent et votre regard profond et rêveur la contemplera longtemps. Entrée dans votre tête une fois, elle n’en sortira jamais plus ».
Puis il évoque un article anglais sur son livre Du Dandysme et de G. Brummell : « Si je n’avais pas sur mon amour-propre d’auteur la peau d’un Rhinoceros, je serais furieux de l’ignoble mascarade de mon livre. C’est dégoûtant de non-intelligence de la langue et de la pensée. On m’a coupé en morceaux et l’on m’a fait tiédir (car bouillir, non, c’est énergique, et l’expression Anglaise de Jesse est d’une mollesse approchant de la lâcheté) dans une espèce de gélatine sans épaisseur. […] Impuissance et stupidité ». Il faut cependant remercier JESSE qui a fait connaître son nom en Angleterre. Quant à l’article de Mme PANIER : « Elle est aussi bête que son nom. Elle n’a rien non plus compris à mon livre. C’est un bas bleu sale et passé, raccommodé avec du fil blanc, que cette vieille femme-là. Je ne suis pas allé chez elle. Trois fois elle m’a attendu et je l’ai laissée m’attendre. Elle faisait son métier et moi le mien ». D’autres articles doivent paraître…
Il sera heureux d’avoir « trois exemplaires sur beau papier […] Je suis le voisin de BALZAC à Passy et je veux lui envoyer mon livre par courtoisie, à lui que je ne connais pas comme homme et que j’aime tant comme auteur. C’est singulier. Je connais la plupart des gloires plus ou moins oripeau de ma très charlatane époque, et je n’ai jamais rencontré dans le monde le plus grand peintre de ce monde qu’il a dû étudier sur le vif. Une femme lui a montré un jour des billets de moi, (car, mon ami, ce n’est pas les livres que je fais le mieux, mais les billets de trois lignes,) et il eut la bonté de les trouver à son goût. Je veux me recommander à lui par quelque chose d’un peu plus long. Je lui enverrai le Brummell dans lequel il y a précisément une note où il est question de son de Marsay. Si ça noue une relation entre nous, tant mieux, car il sait causer, ce que je préfère à bien écrire »...
Il s’arrête sur la date : « C’est une date pour moi que le 24 juin, la date de mon premier amour. Ma Marie Chaworth [la fiancée de Byron] était une marquise de quarante ans, spirituelle et hypocrite comme la Restauration tout entière. Son mari, porte-étendard des Gardes du Corps, était fou de dévotion mystique et ne pouvait garder celui de sa femme que je n’ai pas eu pourtant, en digne Chérubin que j’étais. Quel drôle de souvenir me revient là ! Excusez ces radoteries du passé »…

Sur la dernière page, il recopie une note sur le prince de JOINVILLE et sa brochure sur la marine, et sur le journal La Flotte, qu’il prie Trébutien de diffuser dans les journaux anglais.
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