Lot n° 50
Sélection Bibliorare

CALENDRIER NAHUA-MEXICA — Recueil de manuscrits. Vers 1600-milieu du xixe. 190 ff., dont 11 blancs, quelques ff. effrangés. Le tout relié en un volume petit in-folio, demi-veau brun à coins, dos à nerfs fileté de brun avec piè

Estimation : 20000 - 30000 €
Description
Précieux documents historiographiques anciens et modernes concernant le système calendaire méso-américain précolombien, réunis par José Fernando Ramírez, ordonné selon le classement systématique suivant : rappel du système cosmologique indien, mention des vestiges scripturaires et archéologiques significatifs, aspects du système calendaire (fêtes, signes des jours, noms des mois, numération des années), et enfin questions synchronologiques relatives à la concordance des dates indiennes avec le calendrier occidental et avec les observations astronomiques.
Un des pères de l’historiographie américaniste moderne, José Fernando Ramírez (Parral dans l’État de Chihuahua, 1804-1871) contribua de manière décisive à l’établissement des fondements scientifiques de l’interprétation des glyphes aztèques. Juriste de formation, il fut également une haute figure politique et culturelle du Mexique indépendant. Sa mythique collection renferma un des plus vastes ensembles de documents réunis au xixe siècle sur le Mexique précolombien. La majeure partie en passa après sa mort dans les collections du Museo nacional de Mexico, tandis que le reste était dispersé aux enchères à Londres en 1880.
Les calendriers nahuas-mexicas, merveilles intellectuelles de l’humanité, furent en usage à la période postclassique sur le haut plateau central – bassin de Mexico et environs. Ils fonctionnaient selon un système double que l’on retrouve avec variantes chez la plupart des peuples méso-américains des différentes ères. Permettant de fixer les dates des fêtes et rituels, ils sont connus par des sources indiennes et espagnoles anciennes qui suscitèrent de nombreuses interprétations : si leur compréhension est globalement acquise, des incertitudes de détail demeurent encore concernant leur concordance exacte avec la réalité astronomique observable au Mexique et avec la chronologie historique occidentale.

Le présent ensemble comprend les pièces suivantes :

— Muñoz Camargo (Diego). Manuscrit. [Fin du xvie siècle ou début du xviie]. Passage de son ouvrage Historia de Tlaxcala. 32 pp. sur 16 ff. in-folio, soit ff. 175-190, d’une belle écriture calligraphiée à l’imitation de la typographie de l’époque, mais dans une orthographe présentant archaïsmes, variations, et séparations de mots souvent hasardeuses ; quelques annotations anciennes
à l’encre et modernes au crayon.
Important fragment du plus ancien manuscrit connu de cette œuvre, dont un autre fragment connu est conservé
à la BnF sous la cote Mexicain 210.
C’est le manuscrit dont toutes les copies et éditions dérivent. Considéré comme autographe par Lorenzo Boturini (« original »), Eugène Boban ou Henri Omont, il a été attribué à un copiste de la fin du xvie siècle ou du début du xviie par Germán Vázquez Chamorro en 2002. Le manuscrit dont sont extraits le présent fragment et celui de la Bnf, est bien actuellement l’« archétype » du stemma du texte : le fragment de la Bnf a fait l’objet de plusieurs copies anciennes, dont une par Antonio León
y Gama (Bnf, Mexicain 211), tandis que le présent manuscrit semble n’avoir fait l’objet d’aucune copie ancienne avant celle établie par José Fernando Ramírez, actuellement reliée dans le vol. XXI de ses Opúsculos históricos conservés à l’Archivo histórico du Museo nacional de Antropología de Mexico (Colección antigua 210).
Diego Muñoz Camargo, notable et historien métis : écrivain, interprète, fonctionnaire et exploitant, Diego Muñoz Camargo (vers 1529-1599) était le fils d’un conquistador de la troupe de Cortès, également prénommé Diego, et d’une indienne tlaxcaltèque, Juana de Matlaxica. Élevé comme un Espagnol, il se maria deux fois dont la seconde avec une noble tlaxcaltèque. De 1583 à 1585, il accompagna comme traducteur la délégation tlaxcaltèque menée à Madrid par le gouverneur Antonio de Guevara pour demander privilèges et exemptions pour sa cité de Tlaxcala.
L’Histoire de Tlaxcala, une des plus importantes sources historiques sur la civilisation méso-américaine ancienne. Soucieux de mieux connaître ses colonies, le pouvoir espagnol diligenta une large enquête historique, sociale et économique. Cependant, au lieu des courtes relaciones geográficas qui furent communément envoyées, Diego Muñoz Camargo s’attela en 1581 à la rédaction d’un plus vaste ouvrage, aujourd’hui désigné sous le titre de Descripción de Tlaxcala, qu’il acheva en 1584 à Madrid. Cependant il ne s’en tint pas là, reprit et poursuivit son œuvre jusqu’au moins 1592, lui agrégeant des textes écrits depuis 1560 par d’autres auteurs, et laissa ce qui est aujourd’hui appelé Historia de Tlaxcala : certains considèrent que la Descripción et l’Historia sont deux états différents d’un même texte, tandis que d’autres avancent l’idée qu’il s’agit de deux textes autonomes avec visées différentes. Toujours est-il que Diego Muñoz Camargo y adopte un ton neuf à son époque : d’une part, il revendique sa qualité de chrétien espagnol, écrivant d’un point de vue extérieur à son sujet, faisant notamment des remarques sur l’idolâtrie ancienne, mais, d’autre part, il marque ouvertement un attachement à Tlaxcala qui souligne son ascendance indienne, rappelant avec fierté que cette cité n’a jamais été conquise par l’Empire aztèque, et qu’elle s’est, par son alliance avec Cortès, délibérément associée au pouvoir colonial.
Traitant du calendrier indien et de l’élevage des cochenilles, le présent fragment appartient à la quatrième partie
de l’œuvre. Le texte de Diego Muñoz Camargo comprend ici l’intégralité de sa notice sur la cochenille remise au roi Philippe II lors de l’ambassade tlaxcaltèque de 1583-1584 à Madrid, intitulée « Borrador de Diego Muñoz Camargo, dado a su Mag[esta]d en Madrid por pinturas y maneras de como se coje la grana cochinilla » (f. 175 r°-176 v°). Insecte aux propriétés tinctoriales remarquables, la cochenille permettait de produire un carmin vif et durable. Diego Muñoz Camargo traite ensuite
du système calendaire indien articulé aux cérémonies rituelles, dans un chapitre qu’il intitule « ... Cuenta antigua de los Yndios naturales d’esta nueva España, la qual guardaron y observaron hasta agora en nuestros tiempos. » (f. 176 
v°-178 v°). Pour cela, il s’appuie sur les textes de deux autres auteurs, mais précise avoir mené lui-même une véritable enquête de contrôle sur le terrain. Il brosse ainsi d’abord une présentation générale personnelle.
Diego Muñoz Camargo insère ensuite copie complète d’une étude de Francisco de Las Navas sur le calendrier tlaxcaltèque, sous le titre « Calendario índico, de los Yndios del mar océano y de las partes d’este nuevo mundo » (ff. 178 v°-180 v°). Le présent fragment est le seul manuscrit ancien qui conserve le Calendario índico de Francisco de Las Navas, et le seul vestige direct de ses travaux ethnographiques. Le missionnaire franciscain Francisco de Las Navas (mort en 1578) vint d’Espagne au Mexique vers 1540, et fut actif dans la région de Puebla et de Tlaxcala. Il développa
un intérêt prononcé pour la civilisation indigène. En 1560, il établit la présente description du calendrier tlaxcaltèque,
en étroite collaboration avec ses confrères franciscains Toribio de Benavente dit Motolinía et Martin de La Coruña. Puis il s’attela à la rédaction d’une importante chronique descriptive de la Méso-Amérique précolombienne. Il passa les deux dernières années de sa vie au monastère de Tlatelolco où demeurait alors également un autre historien célèbre de la civilisation indienne, Bernardino de Sahagún.
A la suite, Diego Muñoz Camargo cite une étude similaire qu’il attribue au gouverneur indigène de Tlaxcala, Antonio de Guevara, écrite en 1584, dont il manque ici la fin (f. 180 v°-190 v°).
La localisation du présent fragment est demeurée inconnue à tous les chercheurs depuis la mort de José Fernando Ramírez. Son existence n’était mentionnée que par une notice de celui-ci dans ses « Adiciones a la biblioteca de Beristáin », où il le décrit sous la désignation d’« anonyme tlaxcaltèque » (Obras, Mexico, imp. de V. Agüeros, 1898, t. II, pp. 23-26 ; réédité en 2002 dans Obras históricas, Mexico, Universidad nacional autónoma de México, vol. III, 2002, pp. 38-39). Dans le même ouvrage, José Fernando Ramírez commente les textes de Francisco de Las Navas et d’Antonio de Guevara figurant dans
ce fragment (Obras, 1898, t. III, pp. 89-92 et 239-242 ; réédition dans Obras históricas, vol. III, 2002, pp. 117-118 et 205-206). Henry Nicholson, dans son inventaire des sources ethno-historiques méso-américaines, publié en 1975 mais faisant toujours en grande partie autorité, ne cite pas le présent fragment dans sa notice sur Diego Muñoz Camargo (n° 1072), ni dans celle consacrée à Francisco de Las Navas et Antonio de Guevara (n° 1074).

— Boturini (Lorenzo). Manuscrit en partie autographe, intitulé « Kalendario indiano ». 22 pp. sur 12 ff. in-folio, soit ff. 163-174 : les 2 premières pages autographes (f. 163, avec titre « Kalendario indiano », années toltèques 4161 à 4576, déchirure angulaire sans manque), et les autres pages en copie ancienne (ff 164-174, avec titre « Kalendario Indiano tulteco, principiando desde la creación del mundo hasta el año de 1821, confrontado con el Europeo », années toltèques 1 à 4160). Le texte
du feuillet autographe placé en tête vient en fait intellectuellement à la suite du texte des feuillets en copie.
Concordance entre la numération des années du calendrier toltèque et celle du calendrier occidental, qui correspond aux années 1 à 4576 du calendrier indien, soit aux années 4032 avant notre ère à 514 de notre ère.
Un des plus grands « antiquaires » du Mexique précolombien, Lorenzo Boturini Benaducci (vers 1702-1755) était
de noblesse milanaise, mais vécut au Mexique de 1736 à 1743 où il occupa un temps le poste de gouverneur de Tlaxcala.
Il se passionna pour les aspects socio-historiques du culte de la Vierge de Guadalupe, et surtout pour les civilisations préhispaniques. Dans le cadre de ses travaux historiographiques, il se constitua une collection de manuscrits anciens indiens et espagnols (environ 160), qui fut la plus vaste réunie jusque là, comparable seulement à celle d’Alva Ixtlilxóchitl au siècle précédent. Ayant suscité l’hostilité du nouveau vice-roi, il vit tous ses biens confisqués en 1743, fut un temps incarcéré
et renvoyé en Espagne. Il y publia en 1746 un ouvrage important, Idea de una nueva historia general de la América Septentrional, dont la seconde partie était constituée d’un catalogue de ses manuscrits et imprimés confisqués, puis, en 1749, le premier volume de son Historia general de la América septentrional.
Les manuscrits de la main de Lorenzo Boturini sont d’une insigne rareté en mains privées, en raison de la confiscation de 1743.

— Veitia (Mariano Fernández de Echeverría y). Manuscrit autographe. 20 ff. in-folio, soit ff. 84-103, avec ajouts, biffures
et corrections.
Réunion de trois textes connexes du juriste, écrivain et érudit mexicaniste Mariano Fernández de Echeverría y Veitia Linaje (Puebla au Mexique, 1718-1779) concernant les calendriers nahuas-mexicas : « Explicación de los cómputos astronómicos de los Indios para la intelligencia de sus kalendarios » (ff. 84 r°-95 r°), « Kalendario tulteco de un año del symbolo Acatl » (ff. 95 v°-100r°), « Noticia de las fiestas que celebraban los Indios de Nueva España en honor de sus mentidos dioses sacada de varios monumentos antiguos, y fidedignos, que tengo en mi poder » (ff. 100 v°-103 v°).
[Gama (Antonio León y)]. – Agüera (Francisco). 13 planches in-folio illustrées au recto (2 dépliantes), soit 5 compositions numérotées I à V en plusieurs états : 9 dessins en copie et 4 estampes originales. Vers 1796-milieu du xixe siècle (ff. 4-16). Demeurées inédites, ces compositions étaient destinées à illustrer le supplément de la Descripción de las dos piedras
de Gama, dans lequel celui-ci traitait largement du système calendaire aztèque. Mathématicien, astronome, archéologue et conseiller politique, Antonio León y Gama (Mexico, 1735-1802) avait l’estime de Lalande et de Chappe d’Auteroche.

— Pichardo (José António). Notes autographes. Années 1790. 1 f. in-folio et 2 ff. in-4, ces derniers sur un bifeuillet avec adresse du Père Pichardo inscrite sur la dernière page d’une autre main de l’époque (f. 18r°-20 r°).
Réflexions et commentaires préparatoires à une dissertation sur les calendriers nahuas-mexicas, comprenant
une critique argumentée des théories d’Antonio León de Gama et une réflexion sur la concordance avec le calendrier occidental. L’érudit oratorien mexicain José António Pichardo (1754-1812) demeure célèbre pour ses travaux mexicanistes et pour
ses recherches ayant permis de fixer la frontière entre le Texas et la Louisiane.

— Ramírez (José Fernando). Important dossier de notes autographes. 135 ff. de formats divers dont 5 illustrés de dessins, un feuillet avec fentes dues à des morsures d’encre.

Probablement à la suite de son étude sur le Codex Borgia, José Fernando Ramírez aborda la question des calendriers méso-américains précolombiens et y consacra plusieurs études, notamment celle, très complète, intitulée « Cronologia de Boturini », éditée en 1903 par Alfredo Chavero dans les Anales del Museo Nacional de Arqueología, historia y etnología (México, t. VII, pp. 167-194).
Il traite ici du système cosmologique nahua-mexica, des sources archéologiques et scripturaires, de la combinatoire
et de l’onomastique calendaires, des concordances chronologiques entre les systèmes indiens et occidentaux, propose
un séquençage visuel comparatif du tonalpohualli, « compte des jours », d’après les principaux manuscrits connus, etc.
Fiche détaillée sur demande.
Le certificat d’exportation sera remis à l’acquéreur.
Partager