Lot n° 75

MIRBEAU (Octave) — Manuscrit autographe signé intitulé « Botticelli proteste ».

Estimation : 200 - 300 €
Adjudication : 250 €
Description
4 ff. découpés et apprêtés pour l'impression, raboutés ensuite. TEXTE PRESENTANT QUELQUES VARIANTES AVEC LA VERSION IMPRIMEE EN LIBRAIRIE, certains passages un peu crus ayant été alors supprimés.

« ... ALORS POURQUOI TOUS LES BARBOUILLEURS, TOUS LES GACHEURS DE COULEURS, TOUS LES SYMBOLISTES ABSCONS, POURQUOI LES MYSTIQUES LARVOYANTS, ET LES KABBALISTES, ET LES PRERAPHAELITES, ET LES DEMONIAQUES, ET LES EMBRYOGENISTES, pourquoi tous ceux qui font des vierges putrides, des princesses inassouvies, des amantes insexuées ; par suite de quelle folie, tous ces ignorants, et tous ces fous et tous ces fumistes, qui ne savent ni peindre, ni dessiner, qui ne savent rien, SE RECLAMENT-T-ILS DE MOI ? Par quelle incompréhensible aberration m'adorent-ils ? Car ils m'adorent, ces cuistres. Je suis leur dieu, une sorte de dieu, tour à tour obscène, à la verge dressée, et angélique, ni homme ni femme, avec des lys bourrant mes plaies, et des ostensoirs fumants en guise de sexe... Ils me dressent des autels, dans les jardins, dans les parcs, dans les lacs de leur âme ? Ma peinture, qui est cependant la négation absolue de la leur, s'érige en religion bizarre, dont les rites se heurtent et se contrarient caricaturalement... Botticelli ! Botticelli ! On n'entend que mon nom parmi les fumées, les cris d'adoration, les soupirs d'extase, les ruts forcenés, les plaintes des martyres. Et, dans ces bouches, ce nom ricane comme une bêtise, ou grimace comme une saleté !! Pourquoi aussi, descendu des ateliers de Montmartre dans les salons des snobs, et des salons dans les bouges, et des bouges dans la rue, ne suis-je suivi partout que par le cortège satanique des uranistes et des lesbiennes ?... Ah ! nom de Dieu !... J'en ai assez de ma gloire... Je ne veux plus de mon immortalité qui porte le stigmate de toutes ces sottises, et de tous ces vices... »

Seconde partie d'un article paru dans Le Journal les 4 et 11 octobre 1896, qui serait intégré dans le premier volume du recueil posthume Des Artistes, publié chez Flammarion en 1922.
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