Lot n° 84

ROUSSEAU (Jean-Jacques) — Lettres de deux amans, habitans d'une petite ville au pied des Alpes. Amsterdam, Marc-Michel Rey, 1761. – Préface de la Nouvelle Héloïse. Paris, Duchesne, 1761. – Recueil d'estampes pour la Nouvelle Héloïse.

Estimation : 5000 - 6000 €
Adjudication : 10 625 €
Description
Ibid., 1761. 6 volumes in-12, veau fauve, pièces d'armes dorées aux angles (lions et alérions), dos lisse orné des mêmes pièces d'armes alternées, tranches marbrées (Reliure de l'époque).Édition originale de La Nouvelle Héloïse, l’un des romans les plus importants du xviiie siècle.
Cette édition fut imprimée sous la surveillance de Rousseau, en Hollande, par Marc-Michel Rey, mais ne reçut l’autorisation d›être commercialisée en France qu’après épuisement d’une contrefaçon parisienne, imprimée à la demande de Malesherbes par le libraire Robin, dont le texte était tronqué. Rousseau eut ainsi « le désagrément de voir horriblement mutiler [s]on ouvrage, et empêcher le débit de la bonne édition jusqu’à ce que la mauvaise fût écoulée », écrit-il dans Les Confessions.
Avec plus de soixante-dix éditions imprimées avant 1800, La Nouvelle Héloïse est probablement le roman qui s’est le plus vendu en Europe au XVIIIe siècle, estime Robert Darnton.
Exemplaire de premier tirage, enrichi à l’époque par la seconde préface dialoguée et la suite des illustrations de Gravelot, publiées séparément par Duchesne, l’éditeur parisien de Rousseau, pour être jointes à l’édition de Marc-Michel Rey.
Le Recueil d’estampes comprend 12 figures hors texte en premier tirage et 47 pp. de texte explicatif, exceptionellement réparties dans les six volumes.
Très précieux exemplaire relié aux pièces d’armes Montmorency-Luxembourg.
Il provient selon toute vraisemblance du château de Montmorency, où Rousseau, invité par le maréchal-duc de Luxembourg et son épouse, fit la lecture de La Nouvelle Héloïse, encore sous presse.
Rousseau narre cet épisode dans un passage célèbre du dixième livre des Confessions : la maréchale de Luxembourg, écrit-il, « avait ouï parler de la Julie ; elle savait qu’on l’imprimait ; elle marqua de l’empressement pour cet ouvrage ; j’offris de lui lire ; elle accepta. Tous les matins je me rendais chez elle sur les dix heures ; M. de Luxembourg y venait ; on fermait la porte. Je lisais à côté de son lit [...]. Mme de Luxembourg s’engoua de la Julie et de son auteur ; elle ne parlait que de moi, me disais des douceurs toute la journée, m’embrassait dix fois le jour. »
Cette relation fut si intense que Jean-Jacques Rousseau réalisa spécialement une belle copie manuscrite de son roman
pour la Maréchale, aujourd’hui conservée à la bibliothèque de l’Assemblée nationale.
Ex-libris manuscrit de J.-P. Cottier au bic en haut des titres.
Deux coiffes usagées, coins émoussés et petites marques d’usure aux reliures ; quelques légères rousseurs éparses et 2 ff. brunis à la fin du dernier volume.
McEachern, nos 1A, P1 et R1 –  Robert Darnton, « Le courrier des lecteurs de Rousseau », Le Grand massacre des chats,
R. Laffont, 1985.
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