Lot n° 217

Jean COCTEAU. Manuscrit autographe signé, Guillaume Apollinaire, [1943] ; 3 pages in-4, avec ratures et corrections.BEL HOMMAGE à APOLLINAIRE, publié dans Comœdia du 6 novembre 1943 pour le 25e anniversaire de la mort du poète.« Guillaume...

Estimation : 1 000 / 1 500 
Adjudication : 2 000 €
Description
Apollinaire avait la tête étoilée par une blessure de 1914. Avec la goutte d’encre qui tremblait au bout de sa plume fée, il étoilait les pages blanches. Après sa mort, il est devenu constellation. Cette constellation porte son beau prénom de chevalier, son beau nom de marbre qui vole. Elle étonne la jeunesse aux fenêtres de la nuit ».Cocteau se souvient de l’appartement du boulevard Saint-Germain, plusieurs petites pièces sous les toits « reliées les unes aux autres par des escaliers de navire. Il s’y mouvait, y déchiffrait les astres et hissait ses voiles, en uniforme bleu, sous un émouvant turban de linges, parmi les statues nègres, les toiles cubistes, les livres, les jeunes revues, ses portraits de Marie Laurencin et du douanier Rousseau. […] Il avait la voix courte, comme essoufflée. […] Il savait que l’ange de la poésie boite et louche et qu’il en tire son charme. Son souffle givrait les vitres. Il n’avait qu’à tacher une feuille, la plier et la déplier, pour épanouir les terribles dentelles du rêve. Un jour il me raconta qu’il tenait le rythme de Zones d’un poème qu’Anatole France prête au disciple de M. Bergeret. Anatole France croit y pasticher le symbolisme – mais il se trompe et, sans le vouloir, invente un style bizarre. Bénissons cette méprise si elle nous vaut l’admirable poème d’Alcools. […] fils d’Apollon, il tenait du dieu le privilège de pouvoir changer un arbre en jeune fille et n’importe quoi en merveille. Sorti de ses chambres, ce roi lune aimait ses camarades et flâner avec eux. Jusqu’au Point du jour où rôde le fiacre de Fantômas, combien de fois déambulâmes-nous, le long de cette Seine qu’il disait maintenue par des livres. […] Je ne veux apporter ici qu’un hommage à la grâce fait homme, un signe de tendresse à cet anarchiste aristocrate, un salut à cette rose des vents. Guillaume Apollinaire fut le troubadour du grand tournoi où Matisse, Derain, Picasso, Braque, Chirico, dressent leurs statues gigantesques, leurs poitrines héroïques et leurs armoiries ».
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