Description
de la revue Ce Soir. Elle lui raconte ses succès, et lui confie ses angoisses d’artiste et son désespoir…[Paris 16-9-1936]. « Avec mon cœur rouge de larmes je te remercie », mais elle le supplie de venir « écouter en salle pleine l’écho unanime du public et qui ne pourrait jamais comprendre à fond l’injustice qui en moi poursuit éternellement ceux qui sont à l’autre bord du “business” »… [25.XI.1937]. « Le succès augmante augmante de soir en soir, je veux avoir mes droits comme les autres à la vie, car j’ai payée ! »… [Bruxelles 18.XII.1937]. Succès grandissant à Bruxelles, « de représentation en représentation, de chanson en chanson ! » Elle se plaint des directeurs qui « font confiance à des Gauty, des Mireille etc. où on renforce les succès avec des tats de chichi et cela ne part pas du cœur du public »… Elle évoque ARAGON : « il a été chez moi avec Elsa et je crois très content de mes nouvelles chansons. Quand paraît son article sur moi ? »… Knocke-sur-mer 20 août. Sa tournée belge est un triomphe, mais elle a besoin de l’appui de ses amis pour ne pas se laisser manger dans « cette lutte atroce », et son cœur continue de souffrir, car malgré son succès elle reste mal aimée et indésirable auprès de ses pairs : « cet automne le procès de l’espionne Oswald va commencer comme je l’ai lue dans les journaux », et elle imagine les « salauds » la mêler à l’affaire et traîner son nom dans la boue. « Je pleure de ma vie dure et lourde »… Nice 21 avril, sur son succès à Nice : « si je te dis que le public se renouvelle 2 fois 3 fois par soir pour m’entendre, que j’impose Anna la Bonne et l’Émigrante dans le plus grand silence, tu comprendras que mon cœur est parfois gros, que les méchancetés ne cesse pas à me poursuivre pour nier des engagements […] Je continue à avoir de nouvelles chansons magnifiques, mon nouveau chef d’œuvre de Cocteau “pousse” et il est très très content et vient de m’écrire une chanson de marin qui reste une splendeur »… Retour prochain à Paris où elle lui demande de l’aider à préparer sa rentrée aux Noctambules : « Dire que j’ai refusé de chanter Sombre Dimanche malgré des promesses publicitaires […] j’ai le cœur gros et un dégoût profond »… 12 novembre. « N’est-ce pas mon Pierrot adoré que tu te rends compte que c’est ton cœur qui doit t’amener demain soir à l’A.B.C. et que tu sais que tu es mon ami que j’aime »… Marseille. Marseille lui a réservé un merveilleux accueil : « j’ai un tel succès qu’on m’a prolongé d’une semaine » ; elle a fait la conquête de la fille de Marcel Pagnol, « Francine qui a 2 mois ! et qui reste une heure entière sur mon bras en me souriant et en m’écoutant – c’est magnifique ! »… On doit refuser des centaines de spectateurs. Mais elle se fait toujours attaquer : à cause de ses chansons engagées les directeurs lui refusent la place qui lui est due et de nombreux engagements, alors que Suzy Solidor fait du « populaire » : « tu le sais j’ai choisie mes chansons naturellement vers la défense de l’homme », refusant toujours la bannière d’un quelconque parti. « Maintenant je veux au moins mériter les injures et aller au Parti Communiste […]. Je me rangerai parmi les hommes qui défendent la cause eux par la politique, moi par l’art »… Fair Crouch, Wadhurst (Sussex). Elle raconte son premier séjour en Angleterre, éblouie par la campagne anglaise et la splendide demeure où elle réside : « pour un être comme moi, qui peuvent produire seulement dans le tourment et dans le maximum d’intensité, un tel séjour lointain dans un confort total mais pas snob, dans le goût le plus parfait, est un beau cadeau pour se détendre, pour se retrouver, après tant de peine, tant de désastre ! […] Aime-moi fort fort – la mort m’a encore plus éloignée des hommes et pourtant, je suis de chair et de sang et avant tout et toujours – et mon cœur qui craint de battre, tellement il est battu ! »… Un jeune poète anglais lui a fait une chanson « phantastique ! ». Elle supplie Barlatier de l’aider, à son retour à Paris, à préparer son nouveau travail, « seule raison de moi-même, seul recours de ne pas devenir folle, de vivre de nouveau ! »… Elle le remercie fréquemment pour son soutien, ses preuves d’amitié et les nombreux articles qu’il fait paraître à son sujet. Elle se bat, et arrive à surmonter son angoisse « parce que toute la salle est avec moi – mais cela coûte des forces de lion ! »… Retour à Bruxelles après 8 ans d’absence : « une salle archicomble » et le public enthousiaste : « tu réalises ce que cela représente pour une artiste »… Jeudi soir. « Mon Pierrot, Je tremble, tu ne l’imagines pas. Mon Dieu, crois-tu qu’ils oseront à revenir pour me siffler ? (les enragés ?) » Sa présence demain à Bobino la rassure… Longue lettre à propos de l’organisation de sa tournée, dont elle souhaite donner l’exclusivité à Ce Soir, et d’un article d’Aragon, évoquant Yvette Guilbert…. Elle est allée à l’AB.C. où elle a vu Agnès CAPRI et MISTINGUETT. Elle trouve Capri très intelligente, au-dessus des autres, mais elle « n’a pas de ventre » ; elle lui rappelle parfois Yvette Guilbert. Quant à la Miss, « je serai bien placer pour la détester, car il y a exactement 3 ans qu’elle a cherché des prétextes pour me faire expulser de France. Eh bien j’aime trop vraiment le music-hall pour me laisser influencer par des faites privées – cette femme est unique et extraordinaire, c’est Tout Paris », etc. Conseils pour l’élaboration d’un programme : il ne faut pas quelque chose de commun, « il faut de la gueule […] une affiche qui attire le bourgeois ! […] moi, BARBARA, WIENER et DOUCET ce serait vraiment de la classe »… Nouveaux projets, lettres pleines de souvenirs, de plans d’avenir, de demandes d’aide ou de remerciements, etc.On joint 4 L.A.S. à divers correspondants (dont une à Jean RENOIR) ; et 7 photographies dont deux avec dédicaces autographes signées.