Lot n° 250

George SAND (1804-1876). — L.A.S., Nohant 19 mars 1857, « à Messieurs Manin, Ulloa et Ary Scheffer » ; 3 pages in-8 à l’encre bleue, avec ratures et corrections.

Estimation : 500 - 700
Adjudication : 1 950 €
Description
Lettre ouverte en réponse à la polémique autour de son roman La Daniella.
[Le roman La Daniella, publié dans La Presse du 6 janvier au 25 mars 1857, a suscité une ardente polémique, bien des lecteurs, notamment parmi les exilés italiens, reprochant à Sand d’attaquer la malheureuse Italie opprimée ; notamment le chapitre XXXVIII (feuilleton du 25 février), où Sand stigmatisait le peuple napolitain, un « peuple de mendiants […] marié avec la paresse et toutes les lâchetés », le narrateur alléguant « qu’un peuple a toujours le gouvernement qu’il mérite d’avoir », lui valut un déluge de protestations. Le Siècle avait publié, dans son numéro du 12 mars, une lettre d’Anatole de La Forge (1821-1892), du 6 mars, contenant le passage suivant : « Les amis de l’Italie, étonnés et affligés comme moi de vous rencontrer dans les rangs de ses adversaires, Manin, Ary Scheffer, Henri Martin, le général Ulloa, et d’autres qu’il est inutile de nommer ici, m’autorisent à vous exprimer leurs regrets ». La Presse du 17 mars (et Le Siècle du 18) publia une lettre de Sand du 14 mars, s’étonnant que ces personnalités aient utilisé « la plume d’un intermédiaire » pour rédiger un manifeste contre elle. Le 19 mars, Le Siècle insérait, outre une réponse d’Anatole de La Forge, une note de Manin, Scheffer et Ulloa, déclarant qu’ils avaient autorisé La Forge à parler en leur nom (et une lettre d’Henri Martin se désolidarisant de cette polémique) ; Sand leur répondit aussitôt par cette lettre ouverte, publiée dans La Presse et Le Siècle du 22 mars. Girolamo Ulloa (1810-1891) avait été impliqué en 1833 dans une conjuration ; placé sous les ordres du Général Pepe en 1848 à la prise de Venise, il fut nommé colonel puis Général de brigade, résistant l’année suivante aux Autrichiens, malgré une infériorité numérique ; après la chute de Venise, il partit pour l’exil avec Daniele Manin, résidant à Paris de 1849 à 1859. Revenu en Italie, il commanda l’armée de Toscane jusqu’à la paix de Villafranca. Daniele Manin (1804-1857) avait pris en mars 1848 la tête du mouvement de libération de Venise, et devint président de la République. Contraint à l’exil après le retour des Autrichiens (21 août 1849), il vécut à Paris en donnant des leçons d’italien. Le troisième personnage est le peintre Ary Scheffer (1795-1858).]
Sand rappelle à ses interlocuteurs qu’ils ont signé la déclaration regrettant les propos de Sand concernant l’Italie, et leur demande « s’il vous convient de signer la déclaration complète : à savoir qu’il résulte de la lecture entière du roman intitulé La Daniella : “que les opinions de Mme Sand ont subi une triste métamorphose ; qu’elle insulte à l’infortune d’un peuple opprimé ; qu’elle prête l’appui de sa plume aux détracteurs de l’Italie ; qu’elle ajoute sa signature au bas de l’acte d’accusation que dressent contre l’Italie d’aveugles et injustes persécuteurs ; que les amis de l’Italie sont affligés de la rencontrer dans les rangs de ses adversaires ; enfin que, de gaîté de cœur, elle lance l’outrage aux fronts sur lesquels elle devrait placer des couronnes”. Vous devez, Messieurs, cette déclaration à M. Anatole de la Forge ou vous me devez, à moi, une réparation d’honneur. Ce n’est pas parce que je suis une femme que vous auriez bonne grâce à la refuser. S’il vous plaît d’assumer sur vous la responsabilité des expressions dont s’est servi votre interprète en parlant de moi, et de faire connaître que ses sentimens sur mon compte sont les vôtres, je me le tiendrai pour dit et ne répondrai pas un mot ; n’ayant plus alors qu’à pardonner une horrible injustice à des hommes qui ont beaucoup fait, l’un pour son art, les autres pour leur patrie. Ce silence et ce pardon seront de ma part une justification plus frappante que des paroles. Les cœurs droits n’y verront point une fin de non-recevoir, mais un acte de respect envers vous aussi bien qu’envers moi-même »…
Correspondance, t. XIV, n°7418.
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