Lot n° 66

*Stéphane MALLARMÉ. — Pages / Avec un frontispice à l’eau[-]forte par Renoir. — À Bruxelles, chez l’Éditeur Edmond Deman, [5 mai] 1891 ; pet. in-4 br. — Chemise à rabats, dos de maroq. bordeaux à nerfs, doublé de suédine grise...

Estimation : 4000 - 6000
Adjudication : Invendu
Description
(en harmonie avec la couv.), étui bordé (Alain Devauchelle).
Édition en partie originale (voir supra) ornée du frontispice de Renoir, eau-forte tirée sur vergé Van Gelder Zonen assez fort (ici à pontuseaux horizontaux) (cf. suivant).

Un des [74] ex. HC (voir détailssupra) sur vergé léger de Hollande portant au verso du f.-t., au-dessous de la justif. : « Exemplaire offert à ».
Mallarmé remettait volontiers à des intermédiaires les dédicaces « à insérer au feuillet qui porte Exemplaire offert à... de Pages », comme il l’écrit à Edmond Bailly, l’éditeur de la Librairie de L’Art indépendant qui lui en vendait aussi. Surtout qu’à Valvins en cette saison : « La paresse à quitter un bord de rivière et le feuillage est inimaginable » (18/6/91, Marchal Corr. 1528). Mais c’est à Deman qu’il demanda pour celle de Maeterlinck le 5/5/61 : « vous pouvez garder quatre exemplaires, ceux de Picard, Verhaeren, Maeterlinck et un autre, dont je vous enverrai les dédicaces ; pour éviter les faux-frais du renvoi en Belgique » (Ibid. 1509).

Envoi autographe signé sur un joli carton glacé (monté sur onglet) :
« A Maurice Maeterlinck
ma déjà ancienne admiration
grande
Stéphane Mallarmé
Valvins, 1891 »

Maeterlinck lui écrira le 12 août 1891 : « Mon cher Maître. / Je ne sais comment vous remercier de l’envoi de ce divin livre qui contient peut-être les suprêmes paroles d’une sagesse déjà si loin de nous ! – En quels volumes, en quels poèmes, trouver ce qui se réalise ici, avec un exclusivisme si naturel, si habituel et si ardent que c’est vraiment la marque d’un Dieu : tirer tout de ce qui n’était pas, et des tremblantes racines noires de toute négation, Jardinier qui ne travaille plus de notre côté de la mort, faire fleurir de telles affirmations, dont la semence ne pourra plus se perdre, bien qu’il ne soit pas dit, qu’il ne lui faille pas pour germer, les fleurs mystérieuses d’une autre vie. Je crois que toute l’essence du travail du poète est indiquée ici, pour la première fois, dans sa nudité et sa simplicité terribles. / Je vous remercie encore et bien profondément, mon cher et divin Maître, et vous dis humblement mon admiration absolue. » (Austin IV p. 293).

Maeterlinck vouait une admiration absolue au poète qu’il rencontra lors de sa conférence sur Villiers le 13 février 1890 à Gand : « charmant, fervent et beau, très-silencieux, ainsi l’ai-je aperçu à Gand », relatait Mallarmé à Mirbeau (Marchal Corr. 1381).
Celui-ci avait assuré sa notoriété par l’article du Figaro du 24 août 1890 dont Mallarmé avait été l’instigateur : « quelle joie me causerait l’article sur Maeterlinck, d’abord que vous raffoliez aussi du livre, et l’éclat fait autour ; il n’y a pas jusqu’au sourire, en songeant à la stupéfaction des gens » (Marchal Corr. 1377). [Du petit tirage à 30 ex. h.c. de La Princesse Maleine en 1889, Maeterlinck avait donné à Mallarmé le 1er des 5 Hollande qui disparut dans les inondations de Valvins. Nous l’avions identifié dans une interview de Maeterlinck en 1912 où il le citait (voir Bibliothèque littéraire d’un amateur [Louis de Sadeleer], Bruxelles, Simonson, 28/5/1988 n° 49 in fine).]
Fines piqûres disséminées, plus concentrées sur certaines pages, petites usures normales, vu le fort vol., à la belle couv. grise glacée impr. en deux tons (2d muet).
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