Lot n° 462

GRIMOD DE LA REYNIÈRE Alexandre Balthazar Laurent (1758-1838). L.A.S. «Grimod de la Reyniere», Cette [Sète] 29 septembre 1790, à Mademoiselle FEUCHÈRE à Lyon ; 3 pages in-4 remplies de sa petite écriture, adresse (fente à...

Estimation : 800 - 1000
Adjudication : 320 €
Description
un pli, petit trou par bris de cachet). Longue lettre amoureuse et gastronomique à sa maîtresse. L'actrice Adélaïde Feuchère (1764-1845) a été engagée au théâtre de Lyon ; c'est là qu'elle rencontre Grimod et devient sa maîtresse, avant de l'épouser. Leur fille naît peu après cette lettre, le 14 octobre ; Grimod est alors dans le Midi pour son négoce. Il a quitté Béziers pour Agde, où il admire le bassin «à 3 niveaux» du Canal royal de Languedoc [Canal du Midi] : «C'est une chose fort simple, mais qui par cela même n'a pu être trouvée que par un homme de génie. [...] Agde est une assez triste ville, mais les dehors en sont charmants et le port qui est formé par l'Héraut est très beau, et le siège d'un grand commerce. C'est à Agde que commence le Canal Royal de Languedoc qui va jusqu'à Toulouse où il se jette dans la Garonne, ensorte qu'il communique avec les deux mers, et qu'il est le siège d'un commerce immense, et le débouché de toutes les denrées du Languedoc pour les 4 parties du monde. Ce canal n'est guerre plus large que la rivière des Gobelins à Paris. Mais il offre dans tout son cours mille choses curieuses [...] on a surmonté les obstacles opposés par la nature tantot il traverse une montagne, percée d'outre en outre et voutée pour le recevoir [...] Tantot il monte sur une autre montagne, au moyen de 7 écluses [...] ce canal dans toute son etendue est entretenu et soigné comme un fils unique [...] c'est la propriété d'un seul particulier (M le comte de Caraman) et qu'il le choye comme son bien. S'il appartenoit à l'état ou même à la province il seroit degradé, et peut-être impraticable dans 10 ans»... Il assure ensuite sa «petite femme» enceinte, de son amour et de sa fidélité, dont elle a apparemment dû douter à cause des rumeurs. Il avoue avoir fait la cour à une jolie dame à Béziers, pour qui il a écrit «deux pieces de vers dont une assez érotique», sans suite, et jure n'avoir eu aucune relation avec une autre femme depuis le 4 septembre 1788 : «Quand ma tendresse extrême pour toi ne m'en eut pas fait un devoir cher à mon coeur, la probité m'en faisoit une loi; et je remplis en cette circonstance le devoir de l'honnête homme avec celui de père et d'amant. C'est une si douce satisfaction pour moi d'avoir un enfant et surtout de l'avoir d'une femme charmante et que je chéris de toutes les forces de mon âme»... Il termine par des considérations gastronomiques, sur les raisins muscats : «on dit ceux de Frontignan meilleurs encore, mais j'ai peine à le croire». Il enverra de Marseille à son amie des grenades, des dattes et des jujubes. «Les fromages sont en route», et devraient arriver dans 15 à 20 jours ; il donne des conseils pour leur conservation. Il a acheté un «vin muscat de 4 ans et délicieux», qu'il vendra fort bien à Lyon. Il évoque une recette de morue. «J'ai pris des arrangements pour recevoir dès l'entrée de l'hyver des perdrix rouges, des rougets et autres bonnes choses de Béziers [...] On mangeroit toute sa famille à la broche que cela ne vaudroit pas ces admirables oiseaux. On n'en servoit pas d'autres sur la table des Dieux, et leur nectar n'etoit autre que du vin muscat. Servi par toi, il sera toujours versé par Hébé, et je serai plus heureux que Jupiter»... Dès que le vent sera favorable, il embarquera pour Marseille. Et il termine : «Je t'embrasse comme je t'aime au risque de t'etouffer».
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