Lot n° 512

MARTIN DU GARD Roger (1881-1958). 27 L.A.S. «Roger Martin du Gard» ou «R.M.G.», 1943-1945, à Mme NOLDE ; environ 47 pages in-8. Intéressante correspondance de la fin de la guerre. Les lettres sont écrites de Nice, Antibes,...

Estimation : 1500 - 2000
Adjudication : 800 €
Description
Figeac, Roquefort... RMG s'inquiète notamment de la santé de l'actrice Nadine VOGEL, femme du réalisateur Marc ALLÉGRET, et de leur petite fille Danielle, confiée à Mme Nolde, réfugiée dans le Lot. Nous ne pouvons donner ici qu'un bref aperçu de ces lettres. «Marc m'écrit que le Poussin [sa fille Danielle] est en bonne santé et profite au maximum de sa cure paysanne. Quelle sécurité pour eux de savoir la petite avec vous. [...] Pauvre Marc, qui assiste, lucide et impuissant, à cet interminable débat contre la mort. [...] C'est un grand repos d'esprit pour lui, et une grande consolation pour Nadine, de savoir le Poussin en si bonnes mains ! Ils sont, l'un et l'autre, obsédés par le rêve d'aller vous rejoindre un jour»... À Nice, de «formidables fortifications se dressent tout le long de la mer, c'est un mur continu, un travail de géants ! [...] la vie devient plus difficile chaque jour. [...] Quelle sinistre époque... De quelque côté qu'on se tourne, on ne voit que des souffrances»... La presse évoque les menaces d'évacuation massive : «Beaucoup de gens sont pris de panique, et filent. C'est, je crois, le but réel de cette campagne énervante. J'ai peine à imaginer que l'on songe à évacuer de force des villes comme Marseille, Toulon, Cannes ou Nice»... On veut certainement «diminuer la densité de la population ; ce qui, au cours des événements éventuels, faciliterait le ravitaillement, le maintien de l'ordre, et les opérations militaires. Possible aussi qu'on souhaite récupérer beaucoup de locaux vides, pour y héberger les populations allemandes bombardées... Abandonner, en ce moment, tout ce qu'on possède ici, papiers, livres, provisions, stocks de pommes de terre, pour partir à l'aventure avec un sac au dos, serait une catastrophe»... Pourtant, lui et son épouse se réfugieront bientôt auprès de leur fille à Figeac, avant de louer un château délabré à quatorze kilomètres de la ville, expérience éprouvante : «on patauge dans le purin et les canards se soulagent dans le vestibule... nous avons du lait, et la cuisine en est transformée... Mais c'est l'isolement total» ; et il est perclus de rhumatismes... Apprenant qu'on bombarde Nice, il se dit tout honteux d'être parmi les privilégiés quand tant d'amis sont exposés, et s'inquiète pour le sort de ses livres, «un précieux instrument de travail qui me serait supprimé. D'autant que j'ai là-bas beaucoup de notes auxquelles je tiens». Ce n'est qu'en décembre 1944, après deux mois de démarches, que l'écrivain quitte enfin le Lot, «ce pays hostile, cette population revêche, ce climat atroce, ce déluge continuel», pour s'en retourner à Nice où, malgré les difficultés de tous ordres et les prodigieux événements se succédant à un rythme vertigineux, il peut à nouveau travailler tranquille et s'assurer un minimum d'équilibre.
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