Lot n° 21

JACOB (Max). Lettres à André Lefèvre. - Exceptionnel ensemble de 47 lettres autographes signées (avec une carte de visite non datée et 2 enveloppes), datées du 31 décembre 1920 au 31 décembre 1943. Belle correspondance...

Estimation : 1500 - 2000
Description
adressée au collectionneur, mécène et bibliophile André Lefèvre (1883-1963). Agent de change jusqu'à 1927, André Lefèvre commença à collectionner dès 1910. Ayant fondé en 1922 la galerie Percier (avec ses amis André Level et Alfred Richet), il fut un grand mécène des artistes cubistes, de l'art primitif africain, … assurant la survie des mouvements artistiques des années 1910 à 1960. Immense bibibliophile (la vente de sa bibliothèque nécessita 4 ventes 1964 à 1968), il fut l'un des plus grands soutiens de Max Jacob. Lettres cordiales, propositions de visites, remerciements… : le ton des premières lettres est assez déférend et traduit la position d'un artiste reconnaissant envers son protecteur : 21 janvier 1924 : "Cher monsieur, Level que j'ai vu ce matin et au sujet de Saint Matorel m'avait annoncé votre invitation et celle de mon vieux camarade le glorieux Picasso, si cher !!" Puis au fil du temps, une amitié s'installe et le tutoiement s'impose. Max Jacob, souvent malade, se retire à Saint-Benoît (19 mars 1923 : "Vous m'aviez promis de venir visiter ma basilique romane aux premiers soleils"), confie ses difficultés à écrire (12 août 1941 : "Je t'enverrai le poème… les avis y sont partagés. Quelqu'un l'a trouvé ridicule et a ri pendant la lecture. Il a plus à d'autres.") et parfois la peinture (29 janvier 1926 : "Vous vous souvenez aussi que je devais vous envoyer une note sur Cornuty dont vous possédez un remarquable dessin de Picasso. La note est faite." ; 25 mars 1932 : "Level m'a téléphoné pour me demander des portraits de moi. Cher André je n'ai vraiment pas le temps !! (…) Je n'ai plus qu'une idée c'est de faire ces 8 gouaches pour retrouver la paix. Il y faut 2 mois environ avec beaucoup de travail, de sorte que je ne bouge plus de l'établi : la planche à assignats !" ; 4 déc. 1933 : "Je te prie instamment de faire un peu de bien au peintre Staly qui devient aveugle et se trouve sans aucune ressource"). Le ton est souvent mélancolique voire inquiet : 1er octobre 1941 : "Cher André, Ledit poème ne sera pas publié puisque mon nom a un profil bien trop sémitique" ; 23 décembre 1941 : "C'est bien le moins qu'on s'écrive une fois par an (...) Un de mes frères a été dépossédé de son humble boutique (...). J'ai reçu la visite de la Gestapo ; ça s'est borné à quelques politesses (...) Voilà ! Voilà ! Voilà! ma vie aura été complète et j'aurai eu de tout - ça n'est pas si mal après tout !". Et le 31 décembre 1943, il écrit : " Tout va provisoirement bien pour moi. Je ne suis pas encore trop "le lépreux" " ; il mourra trois mois plus tard. Correspondance éditée en 2015 par Jean de Palacio : "Max Jacob, Lettres à André Lefèvre (1921-1943)". Brest : Centre d'Étude des correspondances et journaux intimes, Cahier n° 9.
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