Lot n° 26

KESSEL (Joseph). Afghanistan. Manuscrit autographe non signé, non daté (mai 1967). 19 ff., 13,5 x 21 cm, manuscrits au recto (et 4 lignes au verso du f. 5), volants, le dernier taché. Manuscrit de premier jet, avec ratures, corrections et...

Estimation : 3000 - 4000
Description
certains passages entièrement biffés qui témoignent du travail en cours, écriture et narration. Il réunit 5 séquences complètes ou fragmentaires, une 6e inachevée et pour la 7e, une seule note : "récit parlé". Composé en mai 1967, ce manuscrit semble être une première version du texte lu par Kessel pour son long portrait filmé par Igor Barrère et Michel Colomès, tourné en Afghanistan au printemps 1967 ; pour ce film, Kessel lit un texte de sa composition, qui ressemble en plusieurs points au texte de ce manuscrit, certains passages sont identiques (la 2e séquence), d'autres sont amplement modifiés avec variantes ou ajouts (1ere séquence), d'autres entièrement nouveaux. Lorsqu'on suit le film (Inathèque, Voyage en Afghanistan : Id. CPF86608777 et CPF86608778), on entend Kessel tourner des feuilles et il hésite parfois dans sa lecture, cherchant peut-être à relire entre ces lignes corrigées. Destiné à l'émission télévisée "Cinq colonnes à la une", le film fut diffusé les 20 et 23 novembre 1967, en deux volets, sur la première chaîne de l'ORTF. Dans ce manuscrit, la première "séquence" évoque ses liens depuis son enfance russe avec l'Afghanistan ("Qu'ai-je trouvé de plus en Afghanistan ? L'emprise, le charme, l'envoûtement dont là-bas j'ai subi le pouvoir tout de suite, certainement et pour toujours", f. 3) ; la deuxième, la perte de la piste, l'errance du groupe et la nuit dans le désert ("La sagesse eut sans doute conseillé de rester sur place, et pour continuer notre chemin, attendre le jour nouveau. Nous n'avions pas de guide avec nous.", f. 9) ; la troisième, la rencontre avec la jeunesse ; la quatrième, une inondation ; la cinquième, son ami Ali Kohzad qui travailla avec les archéologues français… Ce séjour en Afghanistan avait été organisé par Kessel suite à une demande de mission de l'OMS (il ne publiera pas de rapport officiel) ; il fut reçu avec beaucoup d'égards par le gouvernement, son roman afghan Les Cavaliers ayant suscité une grande fierté nationale. "Il a prévu de découvrir à cette occasion l'est et l'ouest du pays qu'il ne connaît pas encore. (…) A son arrivée à Kaboul le 10 mai, il part pour Kandahar (avec la troupe de tournage et Ali Kohzad). Ils traversent le désert du Kash puis se rendent à Herat. Kessel veut rentrer par le chemin emprunté par Ouroz, mais il n'en obtient pas l'autorisation. Il se rend alors dans les provinces de l'Est, proches du Pakistan. Il est de retour à Kaboul le 2 juin et à Paris le 8." (Kessel, Pléiade tome II, page 1746). Kessel eut des liens privilégiés avec l'Afghanistan. Son premier grand séjour en 1956, avec son neveu Maurice Druon, avait duré plusieurs semaines ; ils traversèrent Kaboul, Kandahar, Hérat, Balkh, les routes caravanières et les vallées reculées. Kessel prit énormément de notes et composa un premier récit, Le Jeu du Roi (publié en 1956 aux Éditions Del Duca, puis repris chez Plon en 1969), qui raconte notamment la préparation du tournage du film La Passe du Diable, sa rencontre avec l'équipe de tournage (Schoendoerffer, Coutard), et ses premières impressions sur le pays. Il lui fallut 10 ans pour composer son grand roman inspiré du même séjour, Les Cavaliers (1967).
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