Lot n° 39

[HEURES IMPRIMÉES].
Heures à l’usage de Paris.
Hore dive virginis Marie secundam usum Romanum cum aliis folio sequenti notates una cum figuris biblie, apocalypsis, chorea Lethi, novisque effigiebus decorate.
Paris, Thielman Kerver,...

Estimation : 8000 - 10000
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Description
1516 (au titre la date de 1516 ; mais almanach pour les années 1506-1530 et colophon 22 décembre 1506).
En latin et en français, impression sur parchemin.

Avec 21 grandes gravures (dont la marque typographique de T. Kerver ; l’Homme anatomique et la marque typographique finale) et 35 petites gravures, bordures gravées ornées et historiées.
Gravures d’après les modèles du du Maître des Très petites Heures d’Anne de Bretagne (Maître de la Rose de l’Apocalypse de la Sainte-Chapelle [MdA]) [« Kleinbilder MdA für Kerver, c. 1497 »] ; Jean Pichore pour Kerver [« Pichore für Kerver, 1504-1506 »] et une série de petites gravures dessinées pour Kerver [« Späte Kleinbilder für Kerver, c. 1512-1515 »].

In-8°, 104 ff., complet [collation : A-N8], caractères typographiques italiques (quelques feuillets avec des caractères romains (Homme anatomique) ou gothiques (Almanach)), impression en rouge et noir, figures en noir, exemplaire réglé à l’encre rouge pâle, initiales rehaussées à l’or liquide, sur fonds peints bleu ou rouge, encadrements alternant gravure sur bois, ou sur métal, fonds réservés ou criblés.

Reliure de veau brun, dos à 6 nerfs avec fleurons dorés dans les entrenerfs et filets dorés en tête et en queue de dos, double filet doré en encadrement sur les plats, médaillon doré ovale au centre des plats, tranches dorées (cuir un peu craquelé et usé).

Quelques feuillets rognés un peu courts, quelques gravures un peu tachées mais généralement en bon état de conservation. Quelques décharges d’initiales peintes.
Dimensions de la reliure : 160 x 105 mm ; dimensions des feuillets : 152 x 95 mm

Absent de Lacombe. – Bohatta, 827. – Moreau, I, 1506, n° 93 – Claerr, T., Imprimerie et réussite sociale à Paris à la fin du Moyen Age : Thielman Kerver, imprimeur-libraire de 1497 à 1522 (Thèse ENSSIB, 2000), tome II, n° 115 (qui cite l’exemplaire de Venise). – Claerr, T., 2014, p. 330 : « Police « Kerver » Pica Italic : cette italique parisienne est bien dessinée, sans doute la meilleure avant Simon de Colines ». – Tenschert et Nettekoven, Horae B. M. V. : 158 Stundenbuchdrucke der Sammlung Bibermühle, Ramsen, 2014, VI, n° 62.1 : notons que les auteurs retiennent la date de 1516 (et non 1506) pour cette édition, en grande partie fondés sur le fait que pour eux la série de petites gravures employées date des années 1512-1515 et ne se trouvent pas dans les éditions antérieures à 1512 (« Späte Kleinbilder für Kerver », ca. 1512-1515). Vervliet (2008 et 2010) retient la date de 1516 pour cette édition. On notera une autre édition parue chez Kerver avec 104 ff., datée 27 octobre 1506, mais imprimée en caractères romains (Moreau, I, 1506, 92 ; almanach 1506-1530) ; voir Tenschert et Nettekoven, Horae B. M. V. : 158 Stundenbuchdrucke der Sammlung Bibermühle, Ramsen, 2014, VI, n° 60.4 : édition Paris, T. Kerver, 4 mai 1512, almanach 1506-1530.

Exemplaires recensés : Venise, Biblioteca nazionale Marciana [d’après Renouard/Moreau, ICP, I, 1506, 93] ; Rome, Biblioteca nazionale, 69.3 A 29 ; Amsterdam, University Library, 974 C 22 ; Tenschert et Nettekoven, VI, n°62.1. Aucun exemplaire recensé dans les bibliothèques en France.

Sur ce caractère italique employé par Kerver, voir Vervliet, 2010, n° 261 : « The ‘Kerver’ Pica Italic [It 79] or Cicero (1516) ».

Cet ouvrage semble contenir l’une des premières occurrences du caractère italique à Paris [en 1512 par Le Rouge, puis en 1514 par Kerver, et celle-ci en 1516 par Kerver qui serait la troisième occurrence].

L’italique est un style typographique inspiré par l’écriture cursive et dont les caractères sont typiquement inclinés vers la droite. Il s’oppose à la typographie en romain dont les caractères sont généralement droits. Dans la présente édition aucune majuscule n’est inclinée : il faudra attendre Claude Garamond pour que les majuscules italiques soient inclinées comme les minuscules qui les accompagnent.
Les caractères italiques, appelés au début « lettres vénitiennes » ont été introduits en France au XVIe siècle, principalement à Lyon, sous l’influence de l’imprimerie italienne et des typographes comme Claude Garamond. Alde Manuce à Venise est le premier à employer le caractère italique dans ses impressions, ce qui a concouru à la renommée de ses éditions de petit format et connu un immense succès. Cette typographie inédite, outre le fait d’être très lisible, permettait de gagner de la place et d’économiser du papier. On accepte généralement que l’édition de Virgile, Venise, 1501 présente la première utilisation des caractères italiques, créés par le graveur et orfèvre Francesco Raibolini (Francesco Griffo) pour le compte de Alde Manuce (exemplaire : BnF, Réserve des livres rares, RES P-YC-1265).
Immédiatement, un libraire lyonnais d’origine florentine, Balthazar de Gabiano copie ce caractère dont il se sert pour imprimer des répliques des éditions vénitiennes (par exemple : Catulle, Lyon, B. Gabiano, 1502 ; voir D. J. Shaw, « The Lyons Counterfeit of Aldus’s Italic Type : A New Chronology », in The Italian Book 1465–1800, Londres, 1993, pp. 117–133, n°9). Par la suite, Gabiano contrefait de nombreuses autres éditions aldines. C’est par ces contrefaçons, sans doute plus que par les éditions originales, que le public français découvre et adopte le caractère cursif aldin. Le succès est « total et irrésistible » (M. Audin), et l’italique connaîtra à Lyon une grande fortune, puisque plusieurs imprimeurs, tels Sébastien Gryphe et Étienne Dolet, publieront des collections entières d’éditions composées exclusivement en italique.

À Paris, il est généralement admis que l’imprimeur Simon de Colines imprime le premier en caractères italiques dès 1528 (Juvénal, Paris, Simon de Colines, 1528 ; Lucain, Paris Simon de Colines, 1528) [Renouard, Bibliographie des éditions de Simon de Colines, Paris, 1894, pp. 125-126] pour les textes latins : « The occurrences of Italic in France were rare and sporadic until Simon de Colines sponsored it in 1528 » (H. Carter, A View of Early Typography (1969), rééd. Londres, 2002, p. 117). Puis, dès 1533, R. Jimenes souligne le rôle pionnier de Simon de Colines dans l’utilisation de caractères italiques pour l’impression de textes français (Jimenes, 2020).

Toutefois, les travaux de Vervliet ont recensé l’emploi de caractères italiques bien avant 1528 et ce dès 1512 (Vervliet, 2010, n° 258, Paris, Le Rouge, 1512 ; n° 275, Paris, Le Rouge, 1513). Le premier emploi par Kerver de caractères italiques se remarque dans des Heures, Paris, T. Kerver, 1514 [Moreau, II, 1514, n° 872] (Vervliet, 2010, n° 231 : « The ‘Kerver’ Bourgeois Italic [It 62] or Gaillarde (1514) »). À noter que l’on ne conserve pas de témoin répertorié et ce caractère italique de 1514 employé par Kerver est connu d’après Murray, 1910, I, n° 268. Dans son ouvrage, The Palaeotypography of the French Renaissance., vol. 2, 2008, Vervliet consacre un chapitre « Early Paris Italics, 1512-1549 » (pp. 287-289). Au sujet du « Kerver Pica Italic », Vervliet indique : « A well designed Parisian Italic, the best of those before Colines…I do not know who engraved this type. Its regularity and smoothness suggest that it was not the work of a minor master ».

Après l’emploi du caractère italique par Kerver en 1514 (aucun témoin conservé), l’imprimeur propose une deuxième impression en 1516. Avec la présente édition des Heures à l’usage de Rome de Kerver, certes marquée 1516 au titre, mais affichant la date de 1506 au colophon et contenant un almanach de 1506-1530, on aurait pu penser que cela repoussait la date de l’emploi du caractère italique à circa 1506. Toutefois, plusieurs points confirment une date de 1516 pour les présentes Heures et non circa 1506 : ces points sont énumérés par Vervliet (« Early Paris Italics, 1512-1549 » (p. 287) : « However several clues militate against such an early date… »). Ceci est aussi avancé par Tenschert et Nettekoven pour qui la « Späte Kleinbilder für Kerver, c. 1512-1515 », série de gravures dans la présente édition de 1516, ne peut en aucun cas avoir figuré dans une édition de 1506.

Colophon [avec la date de 1506] : « Presentes hore pervenusto caractere exarate sunt Parisius per Thielmanum Kerver in vico divi Iacobi ad signum cratis. Anno domini millesimo quingentesimo sexto, die vero vigesimo secondo decembris ».

Provenance :
1. Note à l’encre (écriture du XIXe s.) au recto du dernier feuillet de garde : « Ce livre à l’usage de Mathieu de Vauzelles, avocat général au Parlement de Dombes, en 1549, m’a été transmis par mon père Julien Léonard de Vauzelles [signé] J.B. de Vauzelles ». L’ouvrage est donc transmis sur plusieurs générations de la famille de Vauzelles depuis le XIXe siècle jusqu’au XIXe siècle.

Jurisconsulte, Matthieu de Vauzelles (1490-1561) fut échevin de Lyon en 1524, avocat du roi au Parlement de Dombes (siégeant à Lyon) de 1535 à 1539. Il était aussi homme de lettres et auteur d’emblèmes français dans la manière d’Alciat. Voir Dictionnaire des lettres françaises. Le XVIe siècle, Paris, Fayard, 2001, pp. 1163-1164.

Julien Léonard de Vauzelles (1757-1831) est le fils de Jean-Baptiste de Vauzelles, chevalier héraut d’armes de Saint-Flour, et de Catherine Herculette Guérin. Il est le père de Jean-Baptiste de Vauzelles (qui signe la présente note), premier président de la cour d’appel d’Orléans.

2. Inscription sur le contreplat supérieur : « Fressangle ».

Texte
Sig. A1, Titre en rouge et noir, avec marque typographique de Thielman Kerver (Renouard 499) [caractères italiques]. – Sig. A1 verso, Homme anatomique, légendes en français [caractères romains]. – Sig. A2, Table du contenu des Heures [caractères italiques]. – Sig. A2 verso, Almanach pour les années 1506 à 1530, [caractères gothiques]. – Sig. A3-A8 verso, Calendrier. – Sig. B1-B8, Extraits évangéliques et Passion. – Sig. B8 verso-G1 verso, Heures de la Vierge, à l’usage de Rome. – Sig. G2-H1 verso, Psaumes de la pénitence et litanies. – Sig. H2-I8 verso, Office des morts. – Sig. K1-K2 verso, Heures de la Croix. – Sig. K3-K4 verso, Heures du Saint-Esprit. – Sig. K5-L2, Heures de la Conception ; Messe de la Vierge ; Heures de sainte Barbe. – Sig. L2 verso-M5, Suffrages aux saints. – Sig. M5 verso-N8, Sept vers de saint Grégoire ; Quinze joies de la Vierge et prières. – Sig. N8, Colophon [avec la date de 1506] (voir supra).

Illustration
Sig. A1, Marque typographique de T. Kerver. – Sig. A1v, Homme anatomique. – Sig. B1, Martyre de saint Jean l’Evangéliste. – Sig. B2, Saint Luc. – Sig. B2v, Saint Matthieu. – Sig. B3, Saint Marc (rubrique erronée). – Sig. B3v, Trahison de Judas et Arrestation de Jésus. Sig. B5, Jésus devant Pons Pilate. – Sig. B5v, Flagellation. – Sig. B6, Christ aux outrages. – Sig. B6v, Portement de Croix. – Sig. B6v, Jésus cloué à la Croix. – Sig. B7, Crucifixion. – Sig. B8v, Arbre de Jessé. – Sig. C1, Annonciation. – Sig. C7v Visitation. – Sig. D4, Nativité. – Sig. D6, Annonce aux bergers. – Sig. D8, Adoration des mages. – Sig. E2, Présentation au Temple. – Sig. E4, Fuite en Egypte. – Sig. E7, Couronnement de la Vierge. – Sig. G2, Punitions de David (David’s Punishments). – Sig. H2, Résurrection de Lazare. – Sig. K1, Crucifixion. – Sig. K3, Pentecôte. – Sig. K5, Vierge de l’Immaculée Conception. – Sig. L1, Décollation de sainte Barbe. – Sig. L2v, Trinité et Tétramorphe. – Sig. L3, Christ bénissant et tenant un orbe. – Sig. L3v, Christ de pitié soutenu par un ange. – Sig. L3v, Pentecôte. – Sig. L4, Voile de Véronique. – Sig. L4v, Vierge à l’Enfant. – Sig. L7v, Saint Michel et le dragon. – Sig. L7v, Saint Jean-Baptiste. – Sig. L8, Saint Jean l’Evangéliste. – Sig. L8, Saints Pierre et Paul. – Sig. L8v, Saint Jacques en pèlerin. – Sig. M1, Saint Etienne. – Sig. M1, Saint Laurent et son gril. – Sig. M1v, Saint Christophe et l’Enfant Jésus. – Sig. M2, Martyre de saint Sebastien. – Sig. M3, Saint Nicolas et le miracle des enfants. – Sig. M3, Saint Antoine. – Sig. M3v, Sainte Anne apprenant à lire à la Vierge. – Sig. M3v, Sainte Marie-Madeleine. – Sig. M4, Sainte Catherine. – Sig. M4, Sainte Marguerite. – Sig. M4v, Sainte Barbe. – Sig. M5, Sainte Apolline. – Sig. M5v, Christ ressuscité et instruments de la Passion. – Sig. N1v, Vierge à l’Enfant. – Sig. N4v, Saint Roch. – Sig. N5v, Saint Augustin. – Sig. N8v, Ecu avec instruments de la Passion « Redemptoris mundi arma ».

Voir : Renouard, P., Répertoire des imprimeurs parisiens, libraires, fondeurs de caractères et correcteurs d’imprimerie (nouvelle éd. par J. Veyrin-Forrer et B. Moreau), Paris, 1965. – Claerr, T. Imprimerie et réussite sociale à la fin du Moyen Âge : Thielman Kerver, imprimeur libraire de 1497 à 1522, Lyon (École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques, mémoire d’étude), 2000, 2 volumes. – Claerr, T., « Le rôle de Thielman Kerver dans l’évolution de la typographie à Paris à la fin du XVe siècle et au début du XVIe siècle », in Gens du livre et gens de lettres à la Renaissance, Turnhout, 2014, pp. 323-339, en particulier p. 330 : « Les italiques ». – Tenschert et Nettekoven, Horae B. M. V. : 158 Stundenbuchdrucke der Sammlung Bibermühle, Ramsen, 2014, VI, n° 62.1. – Vervliet, H. French Typography : A Conspectus, London, 2010 : recense tous les caractères romains et italiques gravées en France au XVIe siècle et qui date précisément leur première utilisation. – Jimenes, R. « Défense et illustration de la typographie française : le romain, l’italique et le maniérisme sous les presses parisiennes à la fin du règne de François Ier », in Poco a Poco. L’apport de l’édition italienne dans la culture francophone, Turnhout, Brepols, 2020, pp. 223-261 : « Les deux plus anciens textes français composés en italique que j’ai pu repérer sortent tous deux des presses de Simon de Colines, qui semble avoir joué dans ce domaine un rôle pionnier… ».
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