Lot n° 210

René-Marie LUMINAIS (1788-1870) L.A.S., Paris 13 février 1834, à l’écrivain Émile Souvestre ; 4 pages in-4.

Estimation : 100 / 150
Adjudication : Invendu
Description
député de Loire-Atlantique (1830-1834) puis d’Indre-et-Loire (1848-1849), père du peintre Évariste Luminais. Belle et longue lettre, remerciant chaleureusement d’une dédicace : « J’attendrai avec impatience votre ouvrage, dans lequel il me sera si agréable de me voir associé à l’auteur, sans que cela m’ait donné la moindre peine, […] sans quitter le commode fauteuil sur lequel je m’étale chaque soir avec tant de volupté au coin de mon feu, bavardant avec mes amis, causant de tout un peu, pourvu qu’ils consentent à ce que mon esprit, comme ma personne, reste toujours en robe de chambre ». Il a lu avec intérêt son article sur la Cornouaille… « quand ferez-vous donc une Bretagne poëtique, vous qui la comprenez si bien et qui êtes riche d’imagination et de sentiment ? qui en savez les mœurs, les traditions, les vieilles croyances, et qui avez de plus cet amour du pays qui donne de la vie à toutes les productions ; parce que c’est vraiment de l’amour, de la conviction qui prête à un ouvrage le même intérêt qu’on éprouve au langage d’une mère qui parle de son enfant »... Quant à la politique, il pense « que nous nous trouvons dans un moment de transition et que nous ne sommes encore ni assez éclairés, ni assez avancés pour songer dans ce moment à changer la forme gouvernementale, les esprits n’étant pas selon moi suffisamment préparés, – effrayés qu’ils sont de la République de 93, des inspirations que certains hommes voudraient y puiser et des dissidences et des incertitudes des hommes qui s’appellent d’avenir. Une seule chose serait possible maintenant, parce que le besoin en est senti par les masses qui souffrent ; c’est une nouvelle organisation des intérêts sociaux, qui assurât le matériel de la vie, qui en rendît la condition meilleure : en envisageant notre situation sous ce rapport, des législateurs sages et éclairés pourraient faire beaucoup de bien »... Etc. Il parle de Fourier et des saint-simoniens, et avoue être « républicain de cœur et de conviction ; je déteste le gouvernement actuel ; mais en même tems je ne me dissimule pas qu’on pût avoir une mauvaise République comme nous avons une mauvaise Monarchie […] La République ne peut donc pas rendre tous les Français vertueux comme par une puissance magique : je veux la République mais je crains qu’elle ne surgisse trop tôt »… Etc.
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