Lot n° 211

Françoise d’Aubigné, marquise de MAINTENON (1635-1719) 5 L.A.S. (paraphes), [1671], au maréchal d’Albret ; 15 pages in-4, adresses avec cachets de cire rouge ou noire à son chiffre couronné ou aux armes sur lacs de soie blanche ou rose...

Estimation : 5000 / 6000
Adjudication : Invendu
Description
(mouillure aux bords sup. des deux premières lettres avec légers manques.).
veuve de Scarron, épouse morganatique de Louis XIV, fondatrice de la maison de Saint-Cyr pour les jeunes filles.Intéressante correspondance, parmi les toutes premières lettres connues de Madame de Maintenon, donnant des nouvelles et échos de la Cour au nouveau gouverneur de Guyenne. (Les lettres sont identifiées au dos de « Made Scarron »). 5 avril. Elle parle du jeu de hocca auquel Monsieur et la duchesse de La Vallière ont joué à Amiens. « Mme la contesse y perdit 5300 pistolles Mme de Montespan 4440 Mme de Bouillon 1700 et Mme de Thiange 900. Ces grandes pertes firent croire que lon aboliroit un jeu si ruineux mais les dames sont picquées et Madame la Contesse le doit tenir six sepmaines avec Varangeville. On dit que la cour sera icy le 15 de juin »… 29 juillet. « La Cour est revenüe et a paru fort triste les premiers jours le Roy a senti la perte qu’il a fait [de son jeune fils Philippe duc d’Anjou] mais il l’a senti en homme et la Reyne a beaucoup pleuré »… Elle a tout trouvé comme auparavant. « Jay veu le petit homme [Lauzun] en fonction et dans ses mesmes familliaritées et je nay pas trouvé Mme la Duchesse engraissée. Madame de Thiange lest considerablement et est a Paris depuis quatre jours Madame la Duchesse de Richelieu qui en a receu une visitte […] est dans son lit avec une manière de rumatisme […]. Mr d’Albret [gendre du maréchal] est tres gallant tres magnifique et dit quil a des affaires qui le retiennent icy je ne say a qui il en veut »… On s’en va à Fontainebleau à la fin du mois ; on dit le voyage à Rochefort et à Chambord « rompu »… 3 septembre. « Mr de Lionne est mort et lon ne sait encore qui aura le soin des affaires estrangeres. On avoit fort nommé Mr l’Archevesque de Toulouse [Pierre de Bonzi] mais on dit que les ministres nont pas envie de le mettre en tiers et quils aymeront mieux se charger de lemploy du deffunt. On croit que Mr de Berni [fils de Lionne] conservera la charge voila une grande perte pour la maison d’Estrée le Roy a pourtant escrit et parlé fortement pour Mr de Laon [César d’Estrées] et je croy quil voudra quil soit cardinal. Mme de Lionne a un tres bon procedé elle pleure son mari et ne veut point sortir de son couvent beaucoup de gens croyent que cela ne dependroit pas delle et que sa famille desire quelle y demeure. Vostre contesse de Castres a fort reussy a la cour et nostre belle amie la esté voir je ne lay pas encore veue on est a Versailles et je ni vais point. On avoit dit bien des sottises delle qui sont tres fauces les courtisans croyent que nostre petit homme est baissé pour moy je juge par ce qui men revient quil ny a rien de changé. Il y a icy bien des malades Rouville Troiville le Marquis de Chavault le grand maistre et plusieurs autres que jay oubliés le père Ferrier lest assez considerablement »… 10 septembre. Récit d’une journée à Versailles, où elle a vu leur amie, plus belle que jamais. « Mme de Thiange me demenda quand vous reveniez et parut tres faschée daprendre que vous paseriez l’hiver a Bordeaux. Elle m’en demenda la raison je luy dit que vous aviez pris cette resolution sur les bruits qui couroient de la guerre et que vous croyies mieux faire vostre cour en demeuran en Guienne quen revenant. A la cour on dit que vous estiez fort amoureux de la femme dun conseiller et je dis que ce nestoit pas elle qui vous retenoit je ne vis point nostre amie en particulier ce sera pour St Germain »… Après le dîner avec les dames, elle eut l’honneur d’être de la promenade, « ce qui surprit fort les courtisans et moy aussi [...] je ne mestois jamais attandue a un pareil traittement je suis sure que vous en serez aussy aise que moy »… M. de Barillon est venu incognito, pour voir son fils qui est très mal de la petite vérole. « Troiville est tout à fait devot et il va retirer dans quelque communauté. La petite Coulange sen alla hier a Autry pour trois mois, lhostel de Richelieu croit sen aller a la fin de septembre pour revenir a Noël la cour sen va a St Germain dans huit jours le Mareschal [de] Grammont se meurt et pourra bien estre mort avant que lon ferme vostre pacquet. Mr de Laon est cardinal cela nest pas encore declaré il falloit cette prosperité la pour reparer ce qui est arrivé dans la maison de Lionne depuis deux mois. On dit que Mr de Montauzier a parlé deux fois au Roy pour faire venir le Conte de Guiche […] Monsieur Colbert est mieux et son cinquiesme accez quil a eu aujourdhuy a esté moindre que les autres »… 20 septembre. « On ma dit que le Roy alla voir hier Mr le Mareschal de Grammont et quil luy dit quil vouloit bien que le Conte de Guiche revint pourveu quil se deffit de la charge et quil pouvoit sen accomoder avec son frere. Cela a un peu surpris les courtisans qui n’avoient pas douté que Mr de Lusson neust eu la charge si le Mareschal fust mort. On dit que la cour sen va pour huit jours a St Germain et quelle reviendra a Versailles pour six sepmaines. On dit encore que vous avez envoyé deffendre la chasse a un gentilhomme de Mr de Roquelaure qui est a cinquante lieues de Bourdeaux et que vous lavez permise a un autre qui a quelque liaison avec Mr Costard jay esté tres estonnée dentendre des plaintes de vous car jusques la il ne mestoit revenu que toute sorte de louanges et de benedictions. Ce nest pourtant quaux courtisans que jen ay entendu parler je nay pas veu les gens dont vous vous souciriez davantage. Lhostel de Richelieu sen va dans huit jours et je vais demeurer dans une grande solitude »… Lettres de Madame de Maintenon (éd. H. Bots et E. Bots-Estourgie, Champion, 2009), vol. I, lettres 17, 18, 19, 20, 22.
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